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"La maison brûle, et nous regardons ailleurs"

4 décembre 2015 - Dernier ajout 5 décembre 2015

Une tribune de Nassera Benmarnia

"La maison brûle, et nous regardons ailleurs" Cette métaphore, utilisée jadis par Jacques Chirac à propos de l’urgence écologique, résume parfaitement la situation politique actuelle.
Après la tuerie du 13 Novembre dernier, le comportement des français est plus que jamais déterminé par la peur. À la peur du chômage, de la crise, l’angoisse des fins de mois, s’ajoute la peur du terrorisme aveugle et meurtrier.
Dans ce climat oppressant, nous arrivons à un moment déterminant du combat engagé de longue date entre deux France.
Celle du repli, du racisme assumé, celle qui fantasme sur le grand remplacement tout en rêvant du grand nettoyage, a bien sûr le vent en poupe.


 

Zemmour peut tranquillement appeler au bombardement de Moelenbech, probablement avant d’exiger celui des quartiers nord de Marseille, Robert Ménard annoncer la création de milices à Béziers sous le patronage de Charles Martel.
Le comble est que ce sont les rares voix exprimant leur dégout devant ce danger qui sont traités, au mieux de naïfs, au pire de complices objectifs de Daech.
Face à cette déferlante de haine, une autre France peine à se faire entendre. Elle est divisée sur les causes de la crise actuelle autant que sur les moyens d’y remédier, mais se rejoint sur une idée simple, celle que tous les enfants de ce pays peuvent, doivent, faire France ensemble, sous peine de voir disparaître cette communauté unique au monde, qui transcende origine, classe, religion, qui provoque l’étonnement et l’envie des étrangers, et qui s’appelle la république française.
Cette France ci est bien sûr divisée profondément. Les enfants des ex colonies dénoncent l’hypocrisie des grands principes mesurés à l’aune de la discrimination, les pauvres, constatant la perte de substance du politique, désertent les urnes, les privilégiés tendent à s’affranchir de leur devoir de solidarité.
Mais elle rejette de toutes ses forces la volonté d’ ’apartheid, la dénonciation commode de l’ennemi intérieur, la théorie du choc des civilisations.
Face à des enjeux aussi graves, l’élection de dimanche prochain peut paraître à certains futile, voire dérisoire.
Il est vrai que la composition de la prochaine assemblée régionale ne bouleversera pas l’équilibre géopolitique, pas plus qu’elle n’influencera à court terme la courbe du chômage.
Il n’en reste pas moins qu’elle mesurera, et ce pour la dernière fois avant l’élection présidentielle, l’état du rapport de forces entre les 2 France.
L’extrême droite, qui prospère toujours dans le malheur, risque de connaitre une percée spectaculaire dans notre région, et même, si elle l’emporte, faire de la région PACA une vitrine de l’ordre nouveau qu’elle appelle de ses vœux.
Face à cette menace concrète et immédiate, la droite classique semble tétanisée par l’ampleur du défi. Elle aura pourtant à choisir très vite, entre la résistance et la passivité, voire la complicité objective, qui signerait à terme sa disparition.
La vérité oblige à dire que la gauche dans son ensemble est à peine mieux lotie. En son sein, certains espèrent prospérer sur la ruine de leurs alliés, tandis que les autres échafaudent des combinaisons politiciennes en oubliant que les électeurs auront le dernier mot.
Face à un si sombre constat, que peut faire un simple citoyen ?
Le pire serait d’abdiquer, de se retirer du débat, laissant alors le champ libre à la pire vague réactionnaire que notre pays ait connu depuis l’occupation. Cela signerait une victoire de plus de cette France rétrograde, belliqueuse et celle la serait probablement décisive, dans la perspective de 2017.
Plus que jamais, ceux qui refusent d’aussi funestes perspectives peuvent le faire savoir en exerçant leur droit de vote en toute lucidité. Cela ne résoudra pas tous les problèmes, mais sera l’occasion de ne pas céder à la paranoïa actuelle, d’affirmer sa foi dans la promesse républicaine en dépit des reculs et des trahisons, parce que les seuls combats perdus d’avance sont ceux que l’on refuse de mener.
Dimanche prochain, au delà des régionales, il s’agira d’un référendum sur la France que nous voulons, dont la quintessence est célébrée par Jean Ferrat,
"Cet air de liberté au-delà des frontières
Aux peuples étrangers qui donnaient le vertige
Et dont vous usurpez aujourd’hui le prestige
Elle répond toujours du nom de Robespierre
Ma France"

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