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Un livre utile dans notre contexte : " L’exercice de la peur, usages politiques d’une émotion "

19 août 2016 - Dernier ajout 29 août 2016

« L’exercice de la peur, usages politiques d’une émotion » ce petit ouvrage de 82 pages restitue le débat de Patrick Boucheron et Corey Robin animé par Renaud Payre et Corinne Manchio, intitulé « Entretien autour de la peur », qui s’est tenu à Sciences Pô Lyon le 27 novembre 2014 dans le cadre du « mode d’emploi » organisé par la Villa Gillet. Cet écrit paru au PUL en 2015 est le fruit d’une réflexion avant les événements de Charlie Hebdo, de novembre 2015 à Paris, etc. Il n’en pas moins d’une actualité criante. Dans son introduction Renaud Payre nous rappelle que la peur est constitutive de l’autorité politique.


 

Elle contribue sans aucun doute à la capacité dont disposent certains acteurs de solliciter et d’obtenir une forme soumission à l’autorité qui dépasse la presque saine peur du gendarme pour se replier dans l’imprécise raison d’état mère de bien des dérives. Nous en avons l’exemple tous les jours dans les propos des politiques, des hauts fonctionnaires de l’état et des journalistes à la botte. Selon P. Boucheron : « on connaît le mot d’ordre de tous les dirigeants dans l’histoire du monde : faire peur, à défaut de faire croire – sans jamais rien faire comprendre : assurément le meilleur moyen de se faire obéir ». Corey Robin nous indique que l’astuce est d’utiliser la menace des ennemis de l’extérieur comme prétexte pour réprimer les ennemis de l’intérieur ».


Et je me permets de rajouter aussi que le pouvoir a toujours fabriqué son ennemi extérieur et désigné celui de l’intérieur. La peur est entretenue par un travail politique. Celui-ci est facilité par les périodes de crise que nous traversons. Quand la menace est réelle le gouvernement par la peur s’institutionnalise par le discours et la loi. La menace devient risque, la terreur probabilité. Cela va arriver, mais on ne sait pas où et quand et par qui, mais ne vous rassurez pas nous faisons le maximum qui n’empêchera pas notre malheur. Je résume les propos et les écrits qui saturent nos médias. Je vous pousse à aller découvrir les exemples pris dans l’histoire et surtout les rappels à l’ouvrage de P. Boucheron « Conjurer la peur : Sienne 1338. Essai sur la force politique des images – Seuil, 2013 ». Corey Robin nous rappelle la distinction de Carl Schmitt entre ami et ennemi avec le postulat qu’une nation ou une quelconque communauté est une unité soudée par la peur d’une autre nation ou d’une communauté qui fait figure d’ennemi. Là dedans nous pouvons y mettre « Je suis Charlie », « L’Etat Islamique », « les intégristes tapis dans nos banlieues ». C’est la dimension horizontale. Dans la dimension verticale nous avons la peur des exploités menacés par la prédation des exploiteurs et la peur des nantis d’être dépossédés par les plus pauvres. La politique de la peur se fait par étape, la première consiste à identifier un objet dont le public devra avoir peur, la deuxième interpréter la nature et expliquer les raisons de sa dangerosité enfin y faire face. Cette manœuvre est une source intarissable de pouvoir politique. Avec ces quelques lignes j’espère vous avoir donné l’envie de lire ce texte passionnant. Pour finir un extrait de Burke : « Le fanatisme ne consiste essentiellement qu’à se comporter à l’égard du concret den dévastateur et en destructeur ; mais celui des musulmans était capable aussi de tout genre de sublime et sublimité affranchie de tous les intérêts mesquins, est unie à toutes les vertus de la grandeur d’âme et de la bravoure. Leur principe était la religion et la terreur, comme celui de Robespierre la liberté et la terreur ». Enfin Hegel fait de l’islam le principe exégétique de la forme jacobine du fanatisme, qui consiste à soumettre toutes ses actions à la transcendance d’un Absolu et Souad Ayada reconnaît dans l’idée de terreur la trace d’une affinité transhistorique qui l’Occident et l’Islam. Sans doute doit-on s’en souvenir, dés lors que l’on assiste, partout dans le monde, à la dangereuse extension du domaine de l’exercice de la peur. Bonne lecture, évitez d’amener ce livre à la plage et d’essayer d’en lire un passage pour endormir les enfants. Plus j’écoute Valls, Hollande, Ciotti ou Sarkozy plus j’envisage l’échange de mon vieux chat contre un pitbull ou un rottweiler et quelques armes de poing. Moi peur, jamais, enfin presque…

 



 

 

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