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TUNISIE : POURQUOI LES PERSONNALITÉS AUTORITAIRES REFUSENT-ELLES TOUJOURS LES DÉBATS TÉLEVISÉS CONTRADICTOIRES ?

3 décembre 2014 - Dernier ajout 4 décembre 2014

« JE VAIS VOUS COUPER LA LANGUE »

Les débats contradictoires retransmis en direct à la télévision ont toujours effrayé les personnalités autoritaires du monde arabe, peu habituées aux critiques et aux questions gênantes. Elles préfèrent généralement les monologues ou les interviews complaisantes, préparées à l’avance avec les journalistes de leur choix.

A ce titre, Moncef Marzouki n’est pas à sa première expérience de refus de débat télévisé. En 2008, sur la chaine « Al Jazeera », un général égyptien, ancien vice-ministre de l’Intérieur de Moubarak, avait menacé d’interrompre la discussion en direct avec Marzouki et de lui « couper la langue » (sic) s’il continuait à émettre des critiques.


 

Pour mémoire, je vous livre cet extrait de l’entretien réalisé avec le président en 2009, lorsqu’il était encore l’un des leaders de la résistance démocratique.
Extrait :

Moncef Marzouki : « J’ai eu en janvier 2008 un débat contradictoire sur la chaîne internationale Al Jazeera avec un général égyptien, ancien vice-ministre de l’Intérieur du régime de Moubarak. Devant quarante millions de téléspectateurs, ce général a menacé de me couper la langue parce que j’avais « osé » affirmer que la police était au service d’un pouvoir corrompu et que sa fonction n’est pas de protéger la société contre le crime organisé mais, au contraire, de protéger le crime organisé contre la société, à savoir : la corruption financière, les meurtres politiques, la falsification systématique de la volonté populaire par la manipulation des scrutins et des urnes, etc. Ce qui est le plus intéressant, c’est la manière dont les téléspectateurs ordinaires ont réagi à ce débat : sur les blogs, les sites Internet, les forums, etc. la majorité des téléspectateurs d’Al Jazeera crachaient littéralement des injures à l’égard de cet officier égyptien. Tout le monde répétait à l’envi, si cet homme menace de couper la langue d’une personnalité connue et respectée devant des millions de téléspectateurs, qu’est-il capable de faire à un pauvre citoyen lambda dans les sous-sols de son ministère ? ».

Extrait de Vincent Geisser, « Dictateurs en sursis », entretien avec Moncef Marzouki, éditions de l’Atelier, 2009 *.

Aujourd’hui, en Tunisie, on ne menace plus de couper les langues, mais on préfère les coudre, méthode sans doute plus efficace pour ne pas affronter son passé et surtout son avenir.


*http://www.amazon.fr/Dictateurs-sursis-revanche-peuples-arabes/dp/270824159

 



 

 

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