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#Tousvoilés : les hommes se voilent pour afficher leur solidarité

7 avril 2016 - Dernier ajout 8 avril 2016

Mercredi 30 mars dernier, Laurence Rossignol, ministre des Droits des Femmes affirmait au micro de Jean Jacques Bourdin, à propos des femmes musulmanes voilées : "Il y a des femmes qui choisissent. Il y avait aussi des nègres americains qui etaient pour l’esclavage"
Une comparaison qui a suscité un tollé sur les réseaux sociaux.
D’autant plus que nous le savons, en France, le voile des musulmanes, déchaine les passions, même les plus folles. Plusieurs personnalités ont fait une sortie fracassante sur le sujet. On retiendra les declarations de la philosophe Elisabeth Badinter qui appelle au boycott pur et simple des grandes marques qui commercialisent le voile islamique.
De son côté, Manuel Valls considère que "le voile est un asservissement de la femme"

Des declarations qui ont poussé le CCIF (comite contre l’islamophobie en France) à former une action de groupe contre les propos abjects de la Ministre.

De leur coté, les internautes se saisissent des réseaux sociaux, pour exprimer leur solidarité à l’égard de ces femmes qui ont fait le choix de porter un foulard.
Une opération #Tous voilés, à laquelle de nombreux hommes se sont joints, a été lancée afin de mobiliser et apporter un soutien à ces femmes constamment prises pour cible.

Nassurdine Haidari, ancien élu socialiste à Marseille et président du CRAN PACA (conseil représentatif des associations noires de France) et Moungi Rouaiguia, porte parole du CRI Marseille (coordination contre le racisme et l’islamophobie) nous ont fait part de ce qui les a motivés à participer à cette campagne.


 


Quelle a été votre réaction suite aux propos de la Ministre des Droits des Femmes, Laurence Rossignol ?

Nassurdine : J’ai écrit une tribune en réaction aux propos de Mme Rossignol qui s’intitule « Des youpins étaient pour les camps de concentration » parue notamment dans le Nouvelobs, dans laquelle j’explique qu’il y a un racisme toléré et un racisme réprimé. Tant qu’on réprimera un certain racisme en cautionnant un autre, on ne luttera pas ensemble contre toutes les formes de racisme. La ministre ne peut pas emprunter la rhétorique des plus grands esclavagistes et des organisations ségrégationnistes pour parler des femmes qui ont choisi de porter un voile.
Le voile ne peut pas se résumer à un outil d’asservissement et de soumission de la femme.
C’est un choix fait en toute conscience, qui s’inscrit dans une spiritualité profonde.
Et je pense que ceux qui le dénonce comme un instrument politique, eux font de la politique avec le voile.

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Nassurdine Haidari

- Moungi : Je ne suis absolument pas étonné de ces propos. C’est un discours que je combats depuis des années. C’est dans la ligne politique développée depuis un certain temps en France, et plus particulièrement quand ca concerne la communauté musulmane. Il y a un racisme structurel dont on ne se cache même plus.
Les paroles de la ministre sont dans la politique du gouvernement en place. Et la droite comme la gauche sont d’accord pour taper sur les musulmans sans aucun problème.

Pourquoi avez vous participé a cette campagne #Tousvoilés lancée sur les réseaux sociaux ?

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Moungi Rouaiguia

- Nassurdine : Je me sens solidaire des ces femmes, qui se sont senties insultées par la ministre Laurence Rossignol et par le premier ministre de la République française. Ils ont franchi un cap dans la stigmatisation de ces femmes là. Je pense qu’il y a une formidable occasion de repenser le voile différemment en Europe notamment.
Je suis conscient que dans certain pays le voile peut être forcé mais ce qui connaissent le terrain en France et qui travaillent sur ces questions là savent que 99% des femmes qui le portent en France le font de manière volontaire.
C’est un cheminement spirituel et intime que personne ne peut juger, mais les hommes et femmes politiques en font un objet de conquête du pouvoir.
Je trouve que cette conquête qui se fait sur le dos de ces femmes voilées, elle est très agressive, très identitaire et raciste. C’est une façon de m’associer à ces femmes, partager durant un court moment leur peine, leur désarroi. Montrer qu’un bout de tissu ne pouvait pas avoir autant de signification. Il faudrait arrêter de parler à la place de celles à qui on ne donne pas la parole aujourd’hui.

- Moungi : A vrai dire nous travaillions avec un groupe sur comment organiser la riposte et il y avait une possibilité qui nous était offerte par le journaliste Nadir Dendoune, qui a lancé un appel sur facebook. Il était naturel que je participe à ce mouvement et que montre ma solidarité avec ces femmes.
Le voile, sans jeu de mots, c’est pour se voiler la face. Il n’est pas une finalité en soi car nous savons très bien que la grande majorité des femmes en France, sont libres de le porter ou pas.
C’est un moyen pour ne parler d’autres choses : ce que j’appelle moi l’art de diversion massive. On fait diversion pour ne pas parler des vrais problèmes de notre pays.
La question du voile ne les a pas dérangés plus que ça quand il fallu décorer le roi d’Arabie Saoudite. Mme Badinter a des actions au sein de la société Publicis, une société qui travaille à redorer le blason de l’Arabie Saoudite.
On veut "émanciper" les femmes contre leur gré. L’émancipation des femmes passe par l’éducation, l’emploi, une indépendance financière et sociale etc. . Et la première chose qui a été faite avec la loi de 2004 c’est exclure les jeunes filles voilées de l’école.
Et avec tout ca, ils sont complices de ceux qui veulent que les femmes restent à la maison, de ceux qui considèrent que la femme et inférieure à l’homme . Je n’ai pas la prétention de parler au nom des femmes mais je parle de ce que je vois.

Les participants de cette campagne sont dans leur grande majorité issus de culture, tradition, religion musulmane.
Ne regrettez vous pas le manque de solidarité de citoyens français non musulmans ?

Nassurdine : Je peux comprendre que certaines personnes ne se sentent pas ou n’ont pas le courage de participer à cette opération au vu de la stigmatisation qui est d’une rare violence.
Nous sommes en pleine campagne de prévention contre la haine et le racisme, dans laquelle on nous explique que ça commence par des mots, et les mots qui sont employés sont très stigmatisants à l’encontre des femmes voiles et in fine à l’encontre de la religion musulmane et des musulmans. C’est la communauté musulmane qui est visée dans son ensemble. Il est vrai qu’il n’y a pas assez de personnes d’origine non maghrébine ou non issues de culture musulmane qui s’associent à cette campagne mais c’est une opération qui mérite toute notre attention. On ne peut pas continuer dans ce clash identitaire.
Nous les défendons au nom de la liberté de conscience, au nom de la laïcité et nous ne faisons pas de la politique avec ces femmes là.
Elles peuvent disposer de leur corps comme bon leur semble, nous n’avons pas a imposer une façon de s’habiller.
Le premier ministre, en cautionnant et affirmant de tels propos, aura une responsabilité dans toute violence commise a l’égard de ces femmes portant un voile en France !

- Moungi : C’est à nous de mener le combat. Je regrette évidemment ce manque de solidarité des autres citoyens qui ne sont pas directement concernés. Nous devons dénoncer ces propos islamophobes avec force et s’ils sont la, tant mieux. Ils ne sont pas forcément sensibles à cette question car les médias dominants ont bien fait leur travail et ont fini par mettre dans la tête des gens que le voile asservit les femmes.

 

par EMNA REZGUI - Dans > Actualités



 

 

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