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A lire : "Sociologie de Marseille" de Peraldi et Samson

2 juillet 2015 - Dernier ajout 4 juillet 2015

Michel PERALDI en collaboration avec Claire DUPORT et Michel SAMSON, nous ont livré en avril 2015 « Sociologie de Marseille » aux éditions La Découverte dans la collection Repères-Sociologie. Ce petit ouvrage de 124 pages au prix abordable de 10,00 € s’essaie à nous faire la sociologie de notre cité phocéenne. Tâche des plus ardues et logiquement incomplète au regard de l’absence de statistiques ethniques et d’enquêtes sur les origines des français naturalisés comparés aux français "de souche" plus traditionnelle.


 

Donc nous ne savons pas qui habite réellement dans notre ville et cela par pudeur un peu trop républicaine, interdiction légale et surtout aveuglement des pouvoirs publics qui n’ont jamais voulu voit cette commune et en général le pays tel qu’il est vraiment. Notre bon PERALDI, nous fait donc la sociologie de la ville avec les données qu’il a pu glaner se trainant un chiffre noir, sans jeu de mot, qu’il essaie de deviner de la population réelle de notre Marseille. De quoi faire sourire les sociologues et les démographes de la planète. Avec environ nos 850 000 habitants nous ne sommes plus que le 84ème port du monde, loin du trafic des poids européens que sont Rotterdam et Hambourg. Une grande ville pauvre vivant sous perfusion de l’Etat et qui ne doit son salut qu’au gigantesque plan de rénovation urbaine et de construction qu’est Euroméditerranée. Circulez, il n’y rien à voir d’autres.

Le livre est divisé en huit chapitres : I La possibilité d’une autre ville – II Chronologie d’un désastre – III La ville perfusée – IV Des pauvres contre les pauvres ? L’invention des quartiers nord – V La fin d’un système migratoire – VI Le grand décrochage – VII Une gentrification paradoxale – VIII L’urbanité confisquée ? qui sont en fait un vrai catalogue de notre décadence : désindustrialisation, naufrage portuaire, stagnation démographique, appauvrissement des habitants, économie parallèle du cannabis, clientélisme… C’est Cosette City, en plus je ne ferai pas l’affront de vous rappeler que la misère est plus belle au soleil. Le pauvre halé fait plus classe. Nos chercheurs sont bien propres sur eux, aucune dénonciation virulente des erreurs cumulées des politiques, des édiles locales et de l’Etat dans cette gabegie qui dure depuis plus d’un demi-siècle. Nous payons quand même l’absence d’un projet socio-économique viable pour la deuxième ville de France, ce qui devait être la vitrine de la France méditerranéenne, fait un peu échoppe délabrée.

Malgré le MUCEM, les Terrasses du Port, nos nouveaux hôtels, notre stade qui va nous couter un bras si ce n’est les deux et des croisiéristes déportés ici par leur tour opérator, nous sommes comme le disait Coluche, la première ville arabe traversait il y a quelques années par feu Paris-Dakar qui n’est plus organisable sous sa forme première que par la Légion Etrangère. Nous avons perdu le savoir faire de nos métiers de la mer et de l’industrie échangés pour des emplois mal rémunérés dans la distribution et le commerce. Seuls les fonctionnaires nationaux et territoriaux se sont sortis du marasme. Marseille, capitale provinciale et administrative que se partagent les précaires, les gratte-papiers et les salariés du monde associatif en crise. Avec un îlot de résistance bourgeois : quelques riches commerçants, des avocats, des médecins et des politiques. Les cadres attendus que devaient attirer le renouveau de la ville ne sont pas encore au rendez-vous et notre jeunesse ne produit pas beaucoup d’Einstein en culotte courte ou de Marie Curie en jupettes. Ceux qui décrochent un diplômes ont tendance à aussi à décrocher de la ville. Même du côté de la pègre, nous avons perdu nos caïds, nos gangsters flamboyants, c’est le cimetière des éléphants délinquants. Ils meurent vite, jeunes et parfois rôti dans leur décapotable. « Ne m’encule pas Tony », enfin chez nous ce serai « Ne m’encule pas Ali ». Encore qu’au regard des statistiques nous ne sommes plus la Chicago des années trente. Mais où sont nos Mémé Guérini, notre Zampa et notre Belge fumé un beau matin. Pitoyable. Mais dans cette sociologie de Marseille, il me semble qu’il manque des pages. L’islamisation vraie ou ressentie de la cité est passée à la trappe. Où nos chercheur sont des déficients visuels ou ils ne fréquentent pas la même ville que moi. En moins de dix ans, le nombre de femmes et de jeunes filles voilées à exploser, les signes extérieurs de l’identité musulmane aussi. Dans certains quartiers, le vendredi jour de prière important, il n’est pas rare de croiser des groupes de jeunes dans une autre tenue que la traditionnelle du pays d’origine pour aller prier. Cette piété véritable identité de consolation connaît une forte expansion. Piété de bric et de broc parce que ceux qui la pratiquent sont des ignorants en religion comme des ignorants en laïcité ou en pratiques démocratiques et républicaines. Ils singent un wahhabisme d’importation très éloigné de l’islam de leurs pères. Et ils ne sont pas du tout CHARLIE, enfin, pas pour les mêmes raisons que moi. A part l’éternel rappel de Marseille Espérance nos experts ont oublié ou omis le fait religieux de la sociologie de Marseille. Je voudrai bien leur demander pourquoi. C’est vrai la république ne compte pas les adeptes des cultes, elle s’intéressait avec M. FENNEC un peu aux sectes et encore. Donc religion pas de repères à Marseille. Bon maintenant si vous faites un master de sociologie ou pour votre culture personnelle vous pouvez acheter l’ouvrage. Il est diplomatiquement bien fait et regroupe des statistiques utiles dans bien des domaines ainsi qu’il possède une bibliographie très riche qui vous permettra d’approfondir vos connaissances. Enfin pour 10,00 € vous ne voulez pas l’adresse et le téléphone du recruteur pour le Jihad dans le 15ème arrondissement, ce serai sociologiquement incorrect. Aller pour ceux qui ne la connaissent pas, la vraie devise de notre cité : « Sous quelqu’empire que ce soit, la liberté entière » - « Sub cujus imperio summa libertas ». Salut les chercheurs et la prochaine fois trouvez un peu plus.

PS : Juste une méchanceté pour être égal à moi-même. Dans « Gouverner Marseille » le duo Peraldi-Samson pointait la fin des gangs corses, au moment de la parution du livre dans Le Monde, journal dont Samson était le correspondant, paraissait une double page sur la nouvelle génération de bandits corses opérant à Marseille et sur la côte. Personne n’est prophète en son pays et même dans son quotidien. Pourtant de là à jeter un voile pudique sur l’islam à Marseille, ça me tracasse. Sinon "Gouverner Marseille" reste un must pour comprendre les jeux et enjeux politiques à Marseille, de la gestion communautaire des politiques aux jeux perfides des syndicalistes corrompus.

Michel PERALDI, sociologue, directeur de recherche au CADIS, CNRS/EHESS, a publié notamment « Gouverner Marseille » La Découverte, 2005 et l’excellent « Cabas et containers » activités marchandes informelles et réseaux migrants transfrontaliers chez Maisonneuve et Larose, 2001.

Claire DUPORT, sociologue, est chargée de recherche à l’EHESS-Paris et à Tranverscité-Marseille, et professeur associée à l’université Aix-Marseille.

Michel SAMSON, journaliste, documentariste, est coauteur de « Gouverner Marseille » il également co-réalisé d’excellents documentaires sur la vie politique à Marseille avec Jean-Loui Comolli. Une autre source précieuse (voire unique dans son genre) pour mieux comprendre les luttes de pouvoirs à Marseille. Grâce, entre-autres, aux chroniques réalisées autour des élections municipales : http://www.13productions.fr/boutique/docus/148-marseille-contre-marseille-coffret-.html

 



 

 

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