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Samim Bolaky : "Moussa est libre, mais pas libéré"

8 mars 2016 - Dernier ajout 9 mars 2016

Moussa Ibn Yacoub, de son nom de naissance Puemo Maxime Tchantchuing, est un humanitaire français, âgé de 28 ans et membre de l’ONG Baraka City. Parti dans le cadre d’une mission pour venir en aide aux Rohingyas, une minorité musulmane persécutée en Asie du sud-est, il est arrêté au Bangladesh et placé en détention provisoire le 22 décembre 2015. Les autorités bangladaises l’accusent alors d’« activités suspectes ».
Apres plusieurs rebondissements, les avocats de Moussa ont enfin réussi à obtenir une mise en liberté conditionnelle le 1er mars denier.
Samim Bolaky, avocat de Baraka City, en charge du dossier de Moussa, revient pour nous sur cette affaire.


 

Tout d’abord, avez-vous eu des nouvelles de Moussa ? Comment va-t-il ?

Il se repose, il se refait une santé. Comme vous le savez, il a été extrêmement amaigri pendant ces soixante dix jours de détention, donc il revient doucement à la vie « normale ».
Il prend connaissance de manière détachée de l’engouement qu’il a suscité.
Je pense, par ailleurs, que c’est une bonne chose qu’il ne soit pas immédiatement rentré en France, en tout cas qu’il n’en ait pas la possibilité. Ça lui permet de « remettre les pieds sur terre » de la plus douce des manières, et pas violemment. S’il était revenu immédiatement, ça aurait pu être quelque peu traumatisant pour lui.
Sortir de la détention, revenir, et voir autant de monde qui le connait, qui pense à lui, et le soutient...
Je pense que c’est une bonne chose qu’il revienne doucement au quotidien.

Par qui est-il pris en charge actuellement au Bangladesh ?

Alors… il est pris en charge par les soins de l’association qui l’emploie « Baraka City », et de ses proches.
Il est dans un hôtel tout à fait convenable dans lequel nous avions pu résider nous-mêmes lorsque nous étions sur place. Et il me semble que l’un de ses frères est toujours là bas avec lui.

Selon vous, qu’est ce qui a permis sa mise en liberté ?

En réalité, il y a plusieurs facteurs. Il faut savoir que, concrètement dans le dossier, pour nous qui y avons accès, il n’y a pas grands choses.
C’étaient plus des consignes qui étaient données de ne pas exécuter la mise en liberté. Puisque vous le savez, nous avions obtenu une mise en liberté en janvier dernier lors de la sixième audience à laquelle nous avions plaidé, et qui, finalement, n’a pas pu trouver effet.
C’est un dossier un peu délicat. Il y a peu de dossiers d’étrangers, donc les uns et les autres se rejetaient la balle et ne voulaient pas prendre de décisions concrètes. Même lorsque la mise en liberté a été prononcée, le président du tribunal a décidé de ne pas lui donner effet, et a contredit le jugement d’un des juges.
Il faut savoir que c’est une cour qui se trouve dans les profondeurs du pays, une contrée à la frontière birmane qui ne connait aucun occidental. Ce sont des tribunaux qui n’ont pas l’habitude de gérer des dossiers de cette envergure là. Donc ils ne voulaient pas se mettre en défaut et prendre une décision.
C’est la raison pour laquelle la décision est finalement intervenue dans un pourvoi en cassation, par la cour suprême, qui a la différence de la cour de Cox’s Bazar, siège à la capitale. On a pu cette fois ci avoir une décision juste, puisqu’on a eu affaire à des juges plus aguerris. C’est quand même la cour suprême ! On n’est pas sur une petite cour de province. La cour suprême a une connaissance du dossier beaucoup plus complexe que celle des petites cours et c’est, je pense, ce qui a pu faire pencher la balance en faveur de Moussa.

Quelles sont les conditions de mise en liberté de Moussa ?

La condition principale c’est, effectivement, l’interdiction de quitter le territoire bangladais avant la fin de l’enquête. Lors des mises en liberté, il y a généralement une caution qui est exigée et dans le cas de Moussa, c’est un montant infiniment subsidiaire. Converti en euros cela équivaut à peu prés à cent vingt euros.
Ensuite deux issues possibles à cette affaire : soit au terme de cette enquête, il y a un abandon des poursuites, et dans ce cas là Moussa est remis en liberté. Soit il est poursuivi devant une juridiction correctionnelle et dans ce cas, il faut qu’il puisse se présenter à son procès. Donc, cette interdiction de quitter le Bangladesh, c’est garantir sa présence au procès. Il doit justifier du lieu où il réside. Il y a l’un de mes confrères Bangladais qui est allé jusqu’à se porter « garant » pour permettre sa sortie.
Ce sont, tout de même, des conditions tout à fait habituelles et banales.

Êtes-vous plutôt confiant pour la suite ?

Bien sur ! Même si la mise en liberté ne préjuge pas de ce qui va se passer par la suite, c’est tout de même un élément qui permet de donner une certaine ligne, c’est-à-dire qu’à l’instant T, les juges ont considéré qu’il n’y avait pas suffisamment d’éléments dans le dossier pour justifier son maintien en détention. Donc effectivement, ça nous rend quelque peu optimiste, même si Moussa est libre mais pas libéré.
Il faut continuer les efforts, ne pas relâcher la pression sur les autorités judiciaires bangladaises, mais néanmoins, cette libération conditionnelle permet de souffler un peu, parce que soixante dix jours c’est extrêmement long.
Dans le cadre de la défense, le fait de vivre au jour le jour était très irritant, en plus des atermoiements de la justice Bangladaise.
Nous sommes et restons optimistes, du moins a moitié, mais c’est déjà mieux que rien.

Dans un article du « Courrier de l’Atlas »,Kamdem Tchantchuin, frère de Moussa, avait confié qu’il remettait en cause la désignation de Karim Achoui en tant qu’avocat de Moussa.
Pouvez vous nous dire si, aujourd’hui, Karim Achoui, est toujours l’un des avocats en charge du dossier ?

Sauf omission de ma part, il ne me semble pas que Karim Achoui ait été officiellement dessaisi.
En fait, je ne pourrai pas répondre à cette question.
Ce que je peux vous dire, c’est qu’effectivement, si l’un ou les frères de Moussa ont pu remettre en cause sa désignation, moi a la place qui est la mienne, parce que j’étais présent sur place avec mon confrère Achoui, je peux dire qu’il ne me semble pas que Moussa ne l’ait pas désigné. En tout cas, s’il n’a pas été choisi des le départ, Moussa ne s’est pas opposé a sa présence et a entériné de facto en signant les documents à nos deux noms, sa désignation.
Apres effectivement, sur les conditions dans lesquelles il a été nommé au départ, je les ignore. J’ignore dans quelles circonstances, il a pu être impliqué dans le dossier. Karim Achoui a été remis en cause, mais je ne peux pas vous dire si aujourd’hui il est l’avocat de Moussa ou pas.
Ça, honnêtement, c’est une question qu’il faudrait poser à Moussa, parce qu’officiellement, sur le papier, il l’est toujours. En tout cas, il ne me semble pas qu’il ait reçu un élément lui indiquant de ne plus intervenir dans ce dossier. C’est Moussa qui en sa qualité de « client » décide de qui sont ses conseils.

 

par EMNA REZGUI - Dans > Actualités



 

 

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