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Rencontre avec l’écrivain marocain Issam-Eddine Tbeur

14 décembre 2015

Nous avons profité de la présence de l’écrivain Issam-Eddine Tbeur à Marseille pour la conférence sur « Villes du Maghreb réalité et fiction » pour l’interviewé,
Issam-Eddine Tbeur est professeur agrégé de français, formateur à l’école Normale Supérieure de Rabat, Lauréat à plusieurs reprises du prix de la nouvelle, dans le cadre de concours organisés respectivement par le magazine Tel-quel en collaboration avec Tarik Éditions (deuxième prix, 2007), l’institut français de Casablanca (premier prix, 2008) et l’Association marocaine des Enseignants de Français (premier prix, respectivement en 2009 et 2010). Certains de ses textes ont été publiés dans le magazine Tel-quel et dans des recueils collectifs :
2009, « Aïn Ayiss », nouvelle parue dans le recueil collectif Une ville une œuvre, Anthologie de nouvelles sur les villes du Maroc, L’Harmattan
2012, « Nom de quartier, le nom… », nouvelle parue dans le Volume II, intitulé Poème urbain, de l’ouvrage collectif Casablanca Œuvre ouverte, Le Fennec
2013, « Le Repas de Noël », nouvelle parue dans le recueil collectif Nouvelles marocaines, Casa-Express Éditions, 2013
En 2015, publication de son premier recueil de nouvelles intitulé Rires et insignifiance à Casablanca, chez Virgule éditions.


 


Vous êtes venus cette semaine à Marseille pour la conférence sur « Villes du Maghreb entre réalités et fictions » afin de parler de votre livre, pouvez-vous nous parler de votre nouvelle ?
J’ai été invité pour participer à la table ronde consacrée au thème de la ville dans la fiction (Des romans et des villes), en tant qu’écrivain marocain. Deux romancières de Tunisie et d’Algérie (Azza Filali et Maïssa Bey) étaient également invitées à ce débat, animé par Rania Mouffoq. Je ne suis pas romancier mais nouvelliste. Le texte pour lequel on m’a invité est donc une nouvelle qui a été publiée en 2012 dans un recueil collectif consacré à Casablanca (Casablanca Œuvre ouverte, paru chez Le Fennec). Présenté en deux volumes, cet ouvrage est fait de textes exprimant des sensibilités différentes et portant des regards croisés sur la « ville blanche ».
J’ai été ravi de pouvoir exprimer ma vision de Casablanca, ma petite expérience urbaine en fait. Ce texte me tient à cœur, parce qu’il constitue en réalité l’unique « autobiographie » dans mon registre d’écrivain (je viens de publier cette année un recueil de nouvelles intitulé Rires et insignifiances à Casablanca, paru chez Virgule éditions). Dans cette nouvelle, qui a pour titre « Nom de quartier, le nom : Al Firdaous, l’Hermitage… », je raconte un épisode de ma vie et de celle de ma petite famille, quand pour des raisons personnelles nous avons déménagé d’un quartier du centre de Casablanca vers une zone un peu plus excentrée, et comment nous avons vécu notre changement de mode de vie (d’un duplex au Maârif à un petit appartement de l’habitat social, avant de revenir vivre dans un quartier plus « convenu »). C’est donc le récit d’une « transhumance » urbaine, que je raconte à la fois comme un « dépaysement » et comme un enrichissement. Cela m’a intéressé en réalité de réfléchir et d’écrire sur cette expérience urbaine, qui m’a permis de raconter l’évolution étonnante de la population du Firdaous, ce quartier au doux nom édénique, mais qui s’est peu à peu transformé en un véritable petit enfer : bruits, promiscuité, violence quotidienne, etc. L’évolution des mœurs des riverains vers une tension quotidienne et permanente est d’ailleurs liée, comme je le raconte aussi, aux bouleversements politiques et historiques qui ont touché certaines villes du Maghreb, dès 2012. L’immolation par le feu de Mohamed Bouâzizi, le jeune diplômé chômeur tunisien à qui on a interdit de vendre sa marchandise ambulante, avait créé des émules dans notre quartier, et je raconte dans ma nouvelle tout ce que cela a occasionné comme désagréments, jusqu’à rendre pour nous invivable le « Firdaous » nous poussant à déménager et aller nous installer dans un autre quartier de Casablanca, là où nous vivons actuellement.
C’est cela donc le sujet de ma nouvelle. J’en ai un peu parlé, pour répondre aux questions de la modératrice de cette table ronde sur mon rapport à ma ville, la place qu’elle occupe dans mes nouvelles et la dimension politique (liée aux événements du printemps arabe justement) qu’on peut lire dans certains de mes autres textes (notamment la nouvelle intitulée « Les hirondelles de Casablanca », et qui figure dans le recueil Rires et insignifiances à Casablanca récemment paru chez Virgule éditions).

Trouvez-vous qu’il y a des points commun entre la Ville de Marseille et de Casablanca ?
Des points communs entre Casablanca et Marseille ?! Je pense à une chanson de Chaâbi marocain, d’un chanteur populaire qui s’appelle Stati :

Plus sérieusement, c’est la première fois que je viens à Marseille, et j’avoue que je n’ai pas été dépaysé. Certains quartiers populaires et l’ambiance qui y règne rappelle les rues animés de Casa (et d’autres villes du Maroc j’imagine). Même si les deux villes ne partagent pas le même espace méditerranéen, elles ont ce point commun : l’âme de ses gens, leur convivialité et la grande générosité rencontrée en peu de temps et avec une spontanéité déroutante. Je crois que la présence d’une forte population immigrée contribue à cette impression de continuité entre le Maghreb et la France. Je n’irai pas jusqu’à répéter le cliché sur Marseille, comme première ville arabe de France. Cela témoigne du riche passé de cette ville, comme terre de croisement et de métissage culturel. C’est cette histoire, passée et présente, de Marseille, qui me plaît.

Pensez-vous écrire un jour un livre sur la ville de Marseille ?
Pourquoi pas, si on veut bien m’offrir une résidence d’écriture (rires !). Je me suis promis en tout cas d’écrire un texte sur cette belle expérience humaine qu’il m’a été donné de vivre durant ces trois jours, et pendant lesquels j’ai rencontré un beaucoup de personnes sympathiques et accueillantes.

Comment un marocain aujourd’hui perçoit-il le climat politique en France ?
Je le trouve naturellement délétère, à cause de la montée en puissance du FN et de la propagande facile qui lui permet d’appâter les foules. L’extrême-droitisation de la France est un mauvais signal envoyé aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur de l’hexagone. J’imagine l’inquiétude que peut ressentir la population musulmane, sans parler de celle des autres français qui réprouvent les idées et discours fascistes et qui se trouvent eux aussi réduits à l’impuissance devant cette absence de perspectives politiques. J’ai énormément d’amis français que cette situation rend amers et désespérés.

Le livre "Rire et Insignifiance à Casablanca est disponible à la librairie le Transit au 5 Boulevard de la Libération, 13001 Marseille

 

par Zoheir Sabri - Dans > Des Livres



 

 

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