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RADICALISATION EN PRISON, TEMOIGNAGE D’UN ANCIEN DETENU

14 janvier 2016

Après les attentats commis par l’organisation terroriste Daesh contre Charlie Hebdo et l’Hyper Casher, et plus récemment au Bataclan et à Saint Denis, les différentes autorités et les médias ont dressé les portraits de jeunes Français ayant participé à ces tueries, et, en effet, la case prison revient dans plusieurs de ces profils.

La radicalisation en détention, un aspect de leurs parcours auquel le gouvernement en place n’a apporté que très peu de réponses, hormis l’isolement de ces détenus au sein des établissements pénitentiaires..

Karim, 29 ans, a passé trois ans entre la maison d’arrêt de Grasse et le centre de détention de Tarascon dans les Bouches du Rhône, il revient pour nous sur cette période.


 

- Quel a été votre parcours avant votre incarcération ?

J’étais au lycée. J’ai réussi à décrocher un BEP Vente et aller jusqu’à un baccalauréat Commerce que je n’ai malheureusement pas obtenu. J’ai alors quitté le milieu scolaire mais je n’arrivais pas à trouver un emploi stable. Je me suis débrouillé et j’ai pu voyager un peu dans plusieurs pays d’Europe, l’Australie et même la Nouvelle Calédonie. Puis à mon retour en France, je ne faisais rien. C’est là que les petits délits ont commencé. Ils se sont accumulés et j’ai fini en prison.

- Comment se déroulaient vos journées en prison ?

Et bien… (soupir)
Les journées se suivaient et se ressemblaient comme on dit. Toujours les mêmes rituels. 6 heures du matin, les surveillants passent dans les cellules vérifier que tout le monde est bien en vie. Les suicides étaient nombreux en prison. Puis, on avait la possibilité de sortir en promenade : une heure le matin et une heure l’après midi. Les détenus passaient 22 heures sur 24 en cellule, à tourner en rond.

Il y avait très peu de détenus qui travaillaient, suivaient des cours, ou des activités au sein de la prison et les listes d’attentes étaient sans fin.

- Comment expliquez-vous le fait que de jeunes détenus se tournent vers la religion pendant leur détention ?

Les personnes s’accrochent à la religion comme à un dernier espoir, elle leur permet de mieux accepter l’incarcération, l’ennui et la solitude. Il y a des gens qui supportent moins l’enfermement que d’autres. Ca leurs permet juste de tenir le coup alors qu’à l’extérieur, la religion ne les intéressait pas du tout.

- Ce fut votre cas ?

Moi j’ai reçu un minimum d’éducation religieuse étant petit, j’avais donc les bases. Mais il est vrai qu’à des moments, on a besoin de se réfugier auprès de quelque chose : Dieu pour certains, ou l’écriture par exemple pour d’autres, sinon la drogue ! Ca dépend de chacun. Il faut être fort mentalement pour ne pas basculer, ou développer de la haine et je crois que la religion ça aide. J’aurais pu moi aussi développer ce sentiment de haine qui peut être dû à l’incarcération, aux conditions de vie en prison, aux humiliations mais je m’en suis plutôt bien sorti, même si personne ne sort indemne de la prison

- Avez-vous assisté à la radicalisation de détenus autour de vous ?

Oui j’ai vu des jeunes changer de comportement du jour au lendemain. Ce n’est pas à l’aspect physique ou vestimentaire que l’on peut considérer une personne comme pouvant être radicalisée, violente ou non ! C’est dans le discours. Lorsqu’un détenu tombe dans le fanatisme alors que l’on sait qu’il n’a jamais sérieusement étudié l’Islam, et qu’il essaie de rassembler les détenus pendant la promenade pour leur tenir un discours extrémiste, là oui on peut parler de radicalisation. Il y a des jeunes qui ont une certaine fragilité et qui sont influençables, ce discours peut trouver écho chez ceux là. .
Mais ils étaient tout de même très minoritaires, parce qu’il ne faut pas oublier que dans beaucoup de cas, la religion a été plutôt salvatrice, c’est comme se racheter une conduite : d’anciens détenus qui sont sortis de la délinquance et mènent une vie normale maintenant. Je pense aussi que c’est pour cela qu’il faut plus d’interventions d’imams en prison. Il n’y en a pas assez. Il faudrait que ces jeunes qui peuvent basculer dans l’extrême, puissent être entendus, et suivis par des aumôniers qui leurs donneront la bonne compréhension de l’Islam, ça peut être une réponse à ce problème.

- Après les attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Casher, avez-vous remarqué des changements au sein de la prison ?

Oui les surveillants étaient beaucoup plus stricts et méfiants. J’ai une anecdote à ce sujet. J’attendais mon tour pour la tondeuse et je ne voulais pas me raser au rasoir, j’avais donc une barbe plus longue que d’habitude. Les surveillants m’ont tout de suite demandé ce qui se passait, pourquoi je me laissais pousser la barbe, quand je leurs répondais que j’attendais de recevoir la tondeuse et que je ne voulais pas me raser, je voyais le soulagement sur leurs visages.

- La déchéance de la nationalité Française pour les binationaux nés en France et condamnés pour terrorisme défendue par le pouvoir en place,, qu’est ce que vous en pensez ?

C’est tout simplement de la discrimination, de l’hypocrisie : la France ne veut se regarder en face.. Ca n’est pas une solution, on le sait, ça ne sert qu’à en fait stigmatiser une partie de la population. Les binationaux ne sont pas des Français comme les autres alors. Les terroristes capables de faire de tels actes se fichent à mon avis de la déchéance de la nationalité !

 

 

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