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PERIPLE D’UNE VIE

23 décembre 2015 - Dernier ajout 24 décembre 2015

Chacun de nous a déjà écouté, avec plus ou moins d’attention, les anecdotes, les aventures, le récit passionnant de la vie de nos anciens : nos parents, nos grands parents.
De vrais exemples pour les générations futures, leur parcours est très souvent synonyme de courage et d’espoir.

Moncef, 65 ans, quitte sa Tunisie natale, pour arriver en France à la fin des années 70.
Une vie faite de hauts et de bas, un passé éprouvant, un futur incertain, des enfants et petits-enfants qui, malgré des décennies en France, sont selon lui, encore pointés du doigt.

Il y a des histoires qui ne s’effacent pas, et le « voyage » de nos anciens ne doit pas tomber dans l’oubli.


 

Je suis dans le train qui me mène à ce que je crois être l’Eldorado, et je laisse derrière moi la terre de mes ancêtres, ma mère, ma famille, ma vie...

J’ai quitté le domicile familial à l’âge de 16 ans. Enfin « domicile familial » c’est un bien grand mot. Nous habitions mes 6 frères et moi, dans une espèce de cabane, faite de paille, de bois, et de planches de zinc. Lorsqu’il pleuvait il nous était impossible de dormir la nuit.

Nous étions pauvres, et je dis ca parce qu’il il n’y a pas de honte à être pauvre, au moins à cette époque là, nous étions insouciants et vivions en paix.

Moi, j’allais à l’école. Une école située à plusieurs kilomètres. En hiver, en arrivant en classe, je passais mon temps à me réchauffer au lieu de suivre les cours.
Il n’y avait pas de routes, ni de transports, alors avec les petits voisins qui allaient aussi étudier, nous étions obligés d’emprunter des chemins dans les montagnes, même nos chaussures souvent abimées ou trouées ne supportaient plus le poids de la marche...

Nous ne mangions à notre faim que très rarement. La vie dans ma campagne proche de la frontière avec l’Algérie était rude : pas d’eau, pas d’électricité bref aucun confort

Alors, je n’ai eu d’autres choix que de quitter mon village natal, pour aller travailler et subvenir aux besoins de ma famille.
J’étais un jeune adolescent, je ne connaissais pas la ville, mais je devais me débrouiller. Je gagne alors la capitale Tunis, et me fonds dans la masse, mais inutile de vous dire que cela n’a pas été de tout repos.
En ville le racisme a l’égard des « campagnards » sévissait. On se faisait arrêter, la police nous demandait clairement de retourner chez nous. Chez nous ? Mais nous étions dans notre pays.
Non ! Il fallait retourner dans notre village. Pourquoi ? La pauvreté transparaissait derrière nos visages ? Nos vêtements... ? À vrai dire je ne sais pas !

Et vint le jour où je décide de quitter ce pays qui est le mien, pour essayer de sortir de ma condition.

La Lybie, l’Irak, la Turquie…
La galère, la misère…
Mais les migrants, de toutes origines, étions solidaires entre nous et c’est une chose que je n’oublierai pas.
Quelques mois après, je me souviens avoir enfin réussi à prendre un train à destination de l’Europe.

Pendant ce périple, j’ai toujours prié Dieu pour que la police aux frontières « m’attrape » et me renvoie « chez moi », c’était tout de même contradictoire mais j’étais déchiré entre le mal de la patrie et l’espoir d’une vie meilleure.

Partir de son pays a été pour moi un déracinement cruel, un mal terrible.
A cela, s’ajoute la peur de l’inconnu : quel serait mon avenir dans ce pays que je ne connais pas et où ceux qui sont arrivés avant moi, notamment pour « reconstruire » la France, sont parqués dans des "bidonvilles » ? Mais ça je ne l’ai su et vu qu’à mon arrivée.

Qu’est ce que j’allais devenir moi, le petit campagnard du fin fond d’un village reculé de la Tunisie ?

Les débuts ont été extrêmement difficiles. Nous vivions à plusieurs dans une chambre de foyer pour travailleurs.
Une pièce d’une dizaine de mètres carrés. Les uns sur les autres, je me souviens avoir attrapé toutes sortes de maladies, et des poux. Ca n’était pas l’hygiène, enfin si peut être un peu, mais c’était surtout les conditions de vie !

Je ne parlais pas la langue, je ne connaissais pas le pays. Je savais juste qu’il fallait que je travaille.
Et la maçonnerie, comme une corvée que les « autres » ne voulaient pas effectuer, se présente à moi.
La maçonnerie…
Elle a bouffé ma vie.
La maçonnerie a bouffé ma santé, ma patience, ma joie de vivre, mon âge...
Vous voyez mes mains ? Regardez mes mains. Je ne vous montre pas mon dos.

Et pourtant j’étais jeune et beau. Mais ca ne suffisait pas…
Je peux dire que la France m’a épuisé avant l’heure !

Moi,
Mon corps était en France mais mon cœur et mon esprit étaient eux préoccupés par le sort des miens restés au pays.
J’étais comme un orphelin...
Et je m’adresse à ceux qui aujourd’hui rejettent l’étranger, l’immigré, le réfugié,
Ont-ils seulement connu "l’exil" ?

Puis lorsque j’ai pris conscience que le retour au pays n’allait pas se faire aussi vite que ce que je pensais, je me suis marié à celle que j’aimais et qui était restée au pays.

A l’époque, fin des années 70, le regroupement familial était beaucoup plus simple. Il n’a fallu que quelques mois pour que mon épouse me rejoigne. Sa venue avait allégé le poids de ma solitude. A deux, je me sentais plus fort et prêt à bâtir une vie dans le sud de la France.

Et nous avons eu nos enfants.
Des enfants, à qui je souhaite évidemment, une vie meilleure, parce que leur éducation n’a pas été facile. Partagé entre la culture de mon pays d’origine et celle de mon pays d’adoption, j’ai dû élever et éduquer mes enfants, avec un seul objectif : qu’ils soient de bons éléments dans leur pays qu’est la France !

Et lorsque l’on a eu qu’un modèle d’éducation qui a été celui de la dureté, de la rigueur et bien nous ne sommes pas très adroits quant à la transmission de certaines choses.
Il y a des mots que l’on ne dit pas. Il y a des choses qui ne se disent pas.
Chez nous, chez moi, les marques d’amour ou de tendresse n’existaient presque pas.

 

 

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