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Mourad Bey ou la fabuleuse histoire du converti corse Jacques Santi, devenu Pacha de Tunisie !

17 septembre 2015 - Dernier ajout 3 octobre 2015

Il y a une dizaine d’années, je me suis rendu à la Médina de Tunis afin d’y rencontrer un couple de Franco-Tunisiens, Slimane Ben Miled et Myriam Lassoued qui avaient fait le choix de la Tunisie afin d’y enseigner dans le supérieur. Déjà, à l’époque, notre souci était de montrer que les flux migratoires n’étaient pas à sens unique, qu’en l’occurrence il s’agissait de l’illustration d’un retour « au pays » réussi. Arrivé chez ce sympathique couple d’enseignants, Samia Mouelhi, autre personnalité universitaire de double culture franco-tunisienne, prit un livre qui parlait de la maison de ses amis : « Dar (maison) Daoud » dans cet ouvrage plusieurs autres « Dars » étaient présentées sous le titre : « Maison de la Médina de Tunis ». C’est dans ce livre d’art et d’histoire que j’ai découvert en deux lignes que la dynastie Tunisienne Mouradite était bel est bien d’origine corse ! A la page 160, pour présenter l’histoire « Dar Hamouda Pacha » Jamila Binous l’historienne nous apprend que cette demeure appartenait au : « Fils du converti Corse Mourad, de son vrai nom Jacques Senty, qui avait obtenu le titre de Pacha et le droit de le transmettre à son fils Hamouda… ». Quelques années plus tard, vue l’actualité migratoire, et après quelques recherches, j’ai décidé de vous raconter l’histoire extraordinaire de ce roi ou Bey tunisien de souche corse, une aventure réelle qui n’aurait même pas été imaginée par le plus inventif co-auteur des contes des Mille et une nuits !


 

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N’ayant trouvé aucun portrait ou tableau de Mourad Bey, voici une scène de l’époque tiré d’une expo accrochée à la Basilique Saint Louis de Carthage, retraçant cette période de guerre euro-barbaresque. Pour cette œuvre, quand nous avons pris la photo, nous n’avions pas de guide pour nous informer sur le détail de cette scène. Attention ! Pour ceux qui souhaitent faire des recherches ne pas confondre avec les images de Mourad Bey, le Mamelouk d’Egypte avec notre Mourad Corso Bey Med’in Tunisia. Crédit photo Ahmed Nadjar Med In Marseille.

Réhabiliter l’extraordinaire destin de Mourad Corso c’est aussi parler d’un Bey pour lutter contre la bétise.


Oui car c’est très précisément un fait divers des plus tristes qui m’a remotivé à me remettre sur les traces de notre Pacha corse. Le 14 juin 2015 à Prunelli-di-Fiumorbu, village de Haute-Corse, des instituteurs décident d’utiliser le célèbre titre « Imagine » de John Lenon afin de célébrer la fraternité lors de la fête de l’école. Pour ajouter au poétique message d’amour entre les peuples véhiculé par cette chanson il est prévu que les gamins chantent en 5 langues : le corse, le français, l’arabe, l’espagnol et pour finir l’anglais. Mais c’était sans compter sur l’atmosphère raciste qui sévit si régulièrement en France (et ailleurs bien entendu) des parents focalisant sur la langue arabe ont menacé les enseignants parce qu’ils ne voulaient pas entendre parler arabe. La fraternité d’imagine restera donc dans l’imaginaire de enfants car une minorité de agissante de parents racistes ira jusqu’à inscrire le fameux et ignoble « Arabi fora » (arabes dehors) dans l’enceinte même de l’école ! C’est donc à partir de ce fait divers, de cette bétise ordinaire que je me suis promis de boucler une fois pour toutes mes recherches car d’écrire sur ce destin extraordinaire, c’est bien lutter contre l’utopie raciste de la vie en vase en clos. Puis cela tombait bien, j’allais me rendre pendant l’été en Tunsie. J’ai donc pris quelques jours pour enquêter sur l’histoire de Jacques Senty un captif corse devenu un Roi Musluman à Tunis. Comme l’a écrit mon collègue Michel Bonelli pour une autre histoire histoire fabuleuse, quasi symétriquement opposée, lire son article sur Géronimo d’Alger, nous avons bien vocation à raconter des fabuleux destin qui rapprochent les peuples qui vivent autour de « Marée Nostrum » (Notre Méditerranée).


De Jacques Senty ou Santi à Mourad Corso l’itinéraire d’un esclave devenu Pacha :

Si la période de son règne est plus précisément cité (1612 ou 13 à 1631) la date exacte de sa naissance est introuvable. Aucun document ou livre d’histoire que j’ai pu lire ou parcourir(2) ne m’a apporté de réponses. Du reste, ce qui est étonnant, c’est qu’à ma connaissance aucun n’ouvrage d’histoire ou de fiction romancée ne traite exclusivement de la vie d’un personnage aussi important mais j’y reviendrai par la suite. En tout état de cause, c’est par bribes que l’on peut reconstituer un bref récit de sa vie car chaque historien n’accorde à la vie du fondateur de la dynastie des Mouradites que quelques lignes ! Alors que l’on n’a pas sa date de naissance, il est étrange de constater que les historiens affirment presque à l’unisson qu’il fut enlevé vers l’âge de 9 ans lors d’une razzia barbaresque sur les côtes corses. Selon un document qui me semble sérieux il serait né à Levie en Corse du Sud, quand d’autres parlent de Calvi. Une autre source, quasi officielle, affirme qu’il serait « originaire d’une famille catholique de Elui, en Corse ». C’est son excellence le consul de France Alphonse Rousseau, consul, mais également historien qui l’écrit dans les « Anales Tunisienne » un livre d’histoire sur la régence de Tunis, page 46. Sauf que pour ma part je n’ai pas trouvé de commune ou village qui s’appelle Elui en Corse. Moi-même je ne peux vous confirmer mon scoop mais « inchalah » je dénicherai un jour des éléments incontestables sur sa date et son lieu de naissance. Sa mort est plus facilement identifiable, puisque son tombeau est bien à l’intérieur du Mausolée des Mouradites qui jouxte la Mosquée Hamouda Pacha à Tunis.
Pour en revenir à la vie et l’œuvre de Mourad Bey appelé également Osta Moratto Corso, gionanni Santi ou Senty selon l’orthographe ou la langue. Sa vie sociale commença au plus bas de l’échelle humaine possible vu qu’il était esclave. Rien de grave en fait pour l’époque car tout aussi bizarre que cela puisse paraitre, la méritocratie chez les barbaresques était bien plus spectaculaire que dans notre république. On peut le dire car passer du statut de captif à celui de Roi c’est comme si je vous disais qu’un migrant ou réfugié pourrait d’ici trente ans ouvrirait le journal de 20 heures depuis l’Elysée ! Pour bien comprendre cela je vous propose un autre corse qui eut une autre ascension social par la guerre Napoléon 1er himself : "L’esclavage de l’Orient est celui que l’on voit dans l’écriture sainte ; l’esclave hérite de son maître, il épouse sa fille. La plupart des pachas ont été esclaves ; grand nombre de grands vizirs, tous les Mameluks, Ali-Bey, Mourad-Bey, l’ont été et ont commencé par remplir les plus bas offices dans la maison de leur maître, et se sont élevés par leur mérite ou la faveur. En Occident, au contraire, l’esclave fut toujours au-dessous du domestique ; il occupait le dernier rang. Les Romains affranchissaient leurs esclaves ; mais l’affranchi ne fut jamais considéré l’égal d’un citoyen né libre". (Napoléon Bonaparte, "Campagnes d’Egypte et de Syrie 1798-1799", t 1 p. 234)
Et c’est exactement ainsi que de janissaire (militaires convertis capturé en pays chrétiens) au service de Romdnan bey prit du galon car il était courageux et méritant.Tant et si bien qu’il gravit les échelons jusqu’à diriger des troupes et fini par succéder à son maitre pour devenir Bey. En bon djihadiste il guerroya de temps à autres les chrétiens mais son rôle en tant que Bey était surtout de prélever l’impôt et mater les révoltes. Ambitieux et avide de richesse et de gloire, son activité favorite était le pillage en mer via la course (ancien terme pour désigner la piraterie). A force de Razzier les mers et les côtes il était devenu si riche et si puissant qu’il imposa la supériorité du titre de Bey à celui de Dey il obtint même le titre honorifique de Pacha en 1631. Pour peu de temps car s’est éteint la même année. Voilà en résumé cette incroyable histoire, digne d’être porté à l’écran car la vie de Jacques Senty alias Mourad Bey est selon moi encore plus fabuleuse que celle de Lawrence d’Arabie dont le film obtint 7 Oscars et reste à ce jour un chef d’œuvre du cinéma.

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Dar Hamouda Pacha, la maison du fils de Mourad Bey à Tunis. Pour la petite histoire, Mourad Bey épousa également une captive corse (ou allez savoir s’il ne l’a pas enlevé lui même) qui lui donna son premier héritier mouradite Hamouda Pacha. De ce fait, on peut dire que cette dynastie, est 100 % d’origine corse ! Dar Hamouda Pacha abrite désormais un restaurant de charme.

Un Pacha Corse une histoire qui dérange certains des deux côté de la méditerranée ?

Si notre cette histoire n’est pas plus connue c’est sans doute qu’elle dérange les nationalistes « pure race » des deux côté de la méditerrané. Et pourtant d’avoir une dynastie corse en Tunisie beaucoup de gens ordinaires, sans parler des humanistes des deux rives, trouverons cela merveilleux ! N’en déplaise aux parents d’élèves raciste de haute Corse qui m’ont fait faire cette article. Mieux je vous le raconterai dans un prochain article, il semblerait que les Husseinites, la dynastie suivante qui régnera jusqu’à la fin du protectorat Français serai aussi issue de Corse, à priori de la famille Orsini de Sartène.
Voilà ainsi va la vie, les amours, les guerres, la paix l’amour et mélange depuis la nuit des temps. Pour anecdote mon confrère journaliste « Med in Marsielle » votre dévoué Michel Bonelli m’apprend pour l’occasion que son grand père, né en 1905 vivait aussi en Tunisie. Et pour ma part je vais aussi finir par un clin d’œil familiale, c’est avec l’image de mon petit neveu corse par alliance richard, que je clôture cet article. Il y a quelques mois il m’a dit si un jour tu as la possibilité de publier notre photo tu inscriras dans ton journal que nous en sommes à la deuxième génération de mariage mixte algéro-corse. Cela tombe bien, car Michel Bonelli nous a trouvé une autre aventure extraordinaire, encore un captif corse qui a fini Roi en Afrique du Nord et cette fois-ci il vous emmènera en Algérie !

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Je dédie cet article aux futurs enfants de ce joli couple Franco-Algéro-Corse. Puissent-ils incarner un avenir d’amour, de paix et de prospérité en méditerranée. Pace-Salam à tutti !

 

 

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