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Marie la palestinienne, Marie la méditerranéenne…

16 août 2016 - Dernier ajout 17 août 2016

Deux articles sur la foi à la reprise, certains doivent penser que j’ai chuté pendant les vacances ou que j’ai bu trop d’eau bénite occasionnant une crise de foi. Pas du tout, moi l’athée je veux participer au dialogue interreligieux. Et je vous livre un texte superbe d’un ami aujourd’hui décédé le père Antoine Moussali. Né au Liban en 1921, il a dirigé des établissements scolaires lazaristes de Damas, enseigné l’arabe à l’université d’Alger de 1980 à 1986 et a travaillé au Centre d’Etudes Diocésain des Glycines à Alger avant de finir sa vie à Amiens. Je lui dois des heures de discussions passionnantes arrosées d’un excellent whisky, la rencontre avec les moines de Tibhirine et celle de l’association des Amis de Saint Augustin, jeunes chrétiens en Algérie. Son message de paix sera éternel et sa connaissance et ses analyses nous manquent dans un monde où poussent tous les extrémismes.


 

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Notre dame d’Alger

« Les titres coraniques de Maryam »

Le nom de Marie revient à plusieurs reprises dans le Coran. Son rang éminent transparait dans ke fait que deux sourates portent son nom ou celui de sa famille : la sourate 19 qui s’intitule « Marie » et la sourate 3, « la famille de Imrân » le père de Marie. Les titres dont elle est affublée sont éloquents : - Elle est la mère de Jésus (‘Isa) ; elle fait partie des serviteurs, les élus de Dieu. Le verbe istafa (choisir, élire) (3,42) qui est utilisé pour exprimer le choix que Dieu a fait d’elle, est celui-là même qui est utilisé pour exprimer l’élection des envoyés de Dieu, de ses serviteurs (27, 59 ; 35, 32 ; Moïse 7,44 ; Saül 2, 247 ; Abraham 2, 130) – Elle est consacrée à Dieu par sa mère, la femme d’Imrän qui dit : « Je te voue ce qui est dans mon sein et je te le consacre » (3, 35). Ce texte n’est pas sans évoquer un passage du Protoévangile de Jacques, où Anne dit à Dieu : « Lorsque j’enfanterai… je te le présenterai en offrande… » et aussi la prière d’Anne dans le premier livre de Samuel : « Je donnerai à Yahvé le petit homme qu’il voudra me donner, pour toute sa vie » (1, 11) – Elle est exempte de pêché : selon la tradition, Marie et son fils Jésus (‘Isa) font partie « des serviteurs élus » qui sont soustrait aux embûches de Satan (38, 82-83). Ce qui fait penser à Genèse 3, 15 : « J’établirai une inimitié entre toi et la femme… » - Elle est vierge et mère : à l’annonce que lui fait l’ange Gabriel qu’elle aura un fils, elle pose la question suivante : « Comment aurais-je un garçon, alors qu’aucun homme ne m’a touchée et je ne suis pas une prostituée » (19, 20). Comment ne pas se référer à l’annonce faite à Marie dans Luc 1, 34 : « Comment cela peut-il se faire puisque je ne connais point d’homme (3, 47). En réalité, la distance est grande entre le Coran et l’Evangile. Dans l’Evangile, il est affirmé que Marie « a conçu du Saint-Esprit » tandis que dans le Coran l’on insiste sur la toute puissance créatrice de Dieu qui fait ce qu’il veut. Le Coran qualifie donc Marie de « femme qui a préservé sa virginité » (21, 91 ; 66, 12). Comme Jésus (‘Isa) elle est présentée comme étant un signe pour les croyants, et une musulmane type (21, 91 ; 23, 50). Elle est donnée en exemple aux croyants : « Elle était au nombre de ceux qui craignent Dieu » (66, 12). Selon la tradition, elle est considérée avec Aïcha, Khadija et Fatima comme « l’une des quatre meilleures femmes » qui aient jamais existé et qui régenteront les femmes du paradis, les Hûriyyât. En tant que çiddiqa – terme qui signifie « juste, pieuse et sincère » Marie fait partie de ceux qui sont « humblement dévoués au Seigneur » (66, 12 ; 3, 43). Il va sans dire que, pour le Coran, Marie ne peut en aucun cas être appelée Théotokos, Mère de Dieu. Dieu d’ailleurs dans le Coran, fait un procès à Jésus (‘Isa) et l’interpelle avec véhémence : « O Jésus (‘Isa), fils de Marie, est-ce toi qui as dit aux hommes : prenez-moi avec ma mère comme dieux en plus de Dieu ? » Et Jésus de répondre « Gloire à toi ! Il ne me revient pas de dire quelque chose à quoi je n’ai pas droit. Si je reviens pas de dire quelque chose à quoi je n’ai pas droit. Si je l’avais dit, tu l’aurais su. Tu sais ce qu’il y a en moi, mais moi, j’ignore ce qu’il y en toi. Tu es celui qui sait toutes les choses invisibles. Je ne leur ai rien dit d’autre que ce que tu m’as ordonné : Servez Dieu, mon Seigneur et votre Seigneur » (5, 116s). Comme on pouvait s’y attendre, christologie et mariologie sont intimement mêlées. S’il y a, par rapport à Jésus (‘Isa) et Marie, quelques rapprochements indéniables entre le christianisme et l’islam, il y a loin de la réponse musulmane à celle que donne le christianisme à la question que pose le Christ : « Qui dites-vous que je suis ? » (Mt 17, 15).

Bonne lecture et si vous ne comprenez pas tout, rassurez-vous vous n’êtes pas le seul.

L’illustration est une miniature persane qui représente Marie et son fils Jésus

 



 

 

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