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Les tunisiens et l’immigration : ce rêve devenu cauchemar

16 octobre 2015 - Dernier ajout 19 octobre 2015

Joindre la rive Nord de la Méditerranée, ce nouvel univers tellement idyllique à ses yeux, fuir la réalité fade du pays, des conditions de vie on ne peut plus austères... Ca se passe comme ça dans la tête d’un candidat à l’immigration. Cette virée vers l’Europe est sensée résoudre ses multiples problèmes, financiers notamment, mais est ce que le vieux continent est vraiment un eldorado ? Peut-être... Bien que l’Afrique soit une terre immensément riche. Malheureusement, la pauvreté mentale de ses dirigeants la ruine, jour après jour. Si le phénomène de l’immigration se pose avec acuité de nos jours, c’est certainement à cause de la gabegie, du népotisme, des détournements de fonds et d’autres maux de même acabit.
Poussés à l’extrême par ce sentiment d’injustice et de privation, de nombreux tunisiens, mais aussi d’autres jeunes de différentes nationalités sont prêts aux risques les plus démesurés, comme ces traversées de la mort en embarcations de fortune, prenant des proportions le plus souvent dramatiques...


 

Ca ne date pas d’hier
La Tunisie n’est devenue source de populations migrantes qu’à partir de la deuxième moitié des années soixante du XXe siècle.La Méditerranée, loin d’être une barrière naturelle entre les peuples riverains, leur a servi au contraire de trait d’union et de voie de communication, transportant les vagues humaines du Nord vers le Sud et vice versa, que ce soit à l’occasion des guerres et des conquêtes qui se succédèrent au fil des siècles, ou pour y vivre et s’y installer. L’immigration a commencé du Sud de l’Europe vers le Maghreb au cours de la seconde moitié du XIXème siècle et avant la colonisation française, elle avait pour motivation principale le travail. Après l’indépendance des pays maghrébins, le courant migratoire s’est inversé du Sud vers le Nord.
Depuis, les pays méditerranéens et le monde ont connu un grand changement. Les pays occidentaux acquièrent une forte croissance économique et leur mode de vie et de consommation ont bouleversé une autre fois l’ordre établi. Le désir d’appartenir à ce système mondial proposé par les pays du Nord, synonyme de développement et clé d’enrichissement, a pris le dessus sur le sentiment patriotique et national. Le désespoir, le désarroi et la crainte d’un avenir incertain ont remplacé les aspirations des peuples à l’indépendance et à un avenir meilleur pour les nouvelles générations. Des changements profonds se sont produits, ils ont touché les fins fonds de la campagne des pays du Sud, dont la Tunisie.
L’immigration, qui était à l’origine une escapade temporaire d’hommes jeunes célibataires, est devenu un fait de société qui n’épargne aucune région du pays, aucune classe, aucun niveau scolaire, sans faire de distinction entre hommes, femmes et enfants.
Après la révolution….
Au lendemain de la révolution, une lueur d’espoir a surgi partout en Tunisie pour annoncer aux damnés de la terre des temps nouveaux, le temps du partage, le temps de l’espoir et d’une nouvelle espérance. Ce sentiment était fort chez les couches défavorisées qui ont conduit la révolution dans l’arrière-pays pour dénoncer la marginalisation et le dénuement qui les a frappés des décennies durant. Mais, l’illusion a vite cédé la place à la désillusion, la reconstruction du pays et de la société s’est avéré rude et longue. Désespérés, certains disent que le printemps arabe s’est transformé en un hiver glacial... Quatre années après la fuite de l’ex-président Ben Ali, rien ni personne ne parvient fermement à susciter la confiance ou à rassurer les Tunisiens. Au contraire, semble-t-il ! Plus l’on s’éloigne du 14 janvier, plus le doute s’installe, plus l’espoir s’étiole, plus la solidarité retrouvée se disloque et plus l’enthousiasme se sublime en méfiance...
Le désespoir a regagné de nouveau les esprits, dans cette effervescence postrévolutionnaire émaillée de défis de toutes sortes, et l’attraction de l’Europe a opéré de nouveau, au point que l’afflux des Tunisiens vers le Nord dans les premiers mois de la révolution a redoublé d’intensité !

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Café Marseillais fréquenté par des Tunisiens issus de l’immigration.

Et puis on découvre la réalité…

Le Nord n’est pas le Paradis. C’est au contraire souvent un enfer pour les immigrants. C’est là où on risque le plus l’humiliation, la discrimination et le rejet. C’est ce que les candidats à l’immigration clandestine doivent comprendre. Quand bien même cette partie du monde aurait quelques aspects paradisiaques, cela ne lui donne pas le privilège de voir son chemin bordé d’une haie de cadavres.

Et si le bonheur n’était pas ailleurs ?
Tout migrant, à travers les âges et les générations, ne peut qu’adhérer à cette vérité : rien ne remplace ce sentiment de fierté d’être chez-soi, au milieu des siens, et ce même moyennant des conditions extrêmes. Un gros travail de sensibilisation passerait par là, tout comme une réelle volonté de l’Etat de véhiculer un message fort auprès des jeunes : l’avenir ne pourrait promettre sans eux. Et cette résolution n’aurait aucun effet, sans mesures concrètes visant à impliquer la jeunesse dans cet effort collectif de développement, sans une réelle contribution de leur part dans la transformation du pays et sa reconstruction. Les perspectives actuelles sont certes très limitées, faute de moyens, de climat propice, mais le fait est que la volonté et l’état d’esprit laissent également à désirer.
Bourguiba, précurseur en la matière, avait réussi il y’a des décennies à bâtir un modèle en la matière, une nation pérenne, où il fait bon y vivre... Cette parenthèse de 23 ans a laissé des traces, l’héritage est lourd, mais à la portée d’un peuple qui a prouvé maintes fois, que l’impossible n’était pas tunisien. L’urgence pour ce peuple, c’est de se donner des raisons fortes de rêver de la Tunisie. Nul ne le fera à sa place. Et rien n’est possible sans les hommes !

 

 

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