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Les PEP, petite histoire d’un grand mouvement de l’éducation populaire

27 novembre 2015

Nous continuons notre enquête sur l’insertion des jeunes migrants dans le système éducatif français. Un peu d’histoire d’une structure leader en ce domaine dans notre région. Les PEP : les Pupilles de l’Enseignement Public. Cette année cette association fête son 100ème anniversaire. Elle a été créée en 1915 par des enseignants et des membres de la société civile pour aider les orphelins, les victimes de guerre, les enfants de mutilés et de réformés de l’école publique. Son fondateur et son premier secrétaire général sera Xavier Léon (1868 1935, secrétaire général de 1915 à 1935), il le restera jusqu’à sa mort. Philosophe, ami de Durkheim, il a été aidé dans son action par le ministre Painlevé et surtout par Louis Liard (1846 1917, président du comité d’initiative de 1915 à 1917) un des réformateurs de notre système éducatif qui a organisé l’enseignement supérieur et crée les universités. C’était à cette époque une œuvre de secours et d’assistance mais aussi d’éducation à la solidarité, d’éducation par la solidarité, une réponse à l’horreur de la grande guerre qui avait saigné le corps enseignant de la III° République, détruit dans le nord et l’est les établissements scolaires et privé de leurs parents ou du chef de leur famille de nombreux enfants.


 

Un séisme national d’une ampleur inégalée. Quelques chiffres : 600 000 veuves et autant d’orphelins, 1,4 million de morts et 3,5 millions de blessés. Rapidement la structure crée des associations départementales sous la loi de mai 1916 à titre d’œuvres de guerre autorisées à faire appel à la générosité publique. Elles sont présidées par des inspecteurs d’académie, des recteurs ou des hommes politiques. Ces associations départementales se réunissent le 18 mai 1917 en une fédération nationale, reconnue d’utilité publique le 16 août 1919, qui devient leur trait d’union. En 1926 les associations départementales étendent leur assistance aux pupilles de l’école publique que sont tous les enfants et adolescents fréquentant ou ayant fréquenté les établissements d’enseignement public qui ont besoin d’assistance matérielle ou morale. Elles le régime de la loi de 1901. Dés 1920 c’est la première colonie de vacances pour redonner la santé aux petits citadins. Puis l’ouverture d’un sanatorium à Odeillo dans les Pyrénées Orientales en 24 et la première école de plein air pour enfants chétifs en 26, années qui voit aussi la création de quatre écoles d’apprentissage pour orphelins. En 27 premier orphelinat laïc à Verrières et en 29 une école de plein air et de perfectionnement à Laverrerie. Après la seconde guerre mondiale les PEP obtiendront l’agrément fédération de vacances autre domaine de leur investissement. Pendant ces premières années d’existence de grand hommes président à la destinée des PEP : Léon Bourgeois ( 1851 1925, président de 1917 à 1925) grand commis de l’Etat et président de la Société des Nations, Paul Lapie (1869 1927, président de 1925 à 1927) vice-recteur de l’académie de Paris, Paul Painlevé (1863 1933) professeur de mathématiques à l’Ecole Polytechnique, plusieurs fois ministre, il développera les colonies de vacances et les écoles de plein air, Théodore Steeg (1868 1950) le président de la période sombre de l’occupation qui préservera le mouvement contre les pires ennemis de l’école laïque qui après-guerre fixera les objectifs majeurs de l’association : les aides sociales, le développement des colonies de vacances et l’aide éducative aux enfants de santé fragile. Les années 50 voient l’apport d’éléments vraiment neufs avec les interrogations sur l’école ; le primaire qui s’articule avec l’enseignement préscolaire et le collège, la concurrence de l’école parallèle des médias, l’explosion démographique scolaire avec la massification de l’enseignement secondaire et des partenaires de l’école différents : les parents et leurs structures ou les associations. C’est aussi le temps ou les PEP se développent dans les domaines les plus proches de l’école complémentaires de l’activité scolaire : classes de découvertes, aides à l’enfance en difficulté, jonction avec la politique de santé et début du développement de l’action en faveur de l’enfance handicapée. En 1953 création du premier institut médico-pédagogique dans le Cher et d’une école de rééducation pour jeunes aveugles et mal-voyants à Villeurbanne. Des hommes politiques prestigieux sont présidents : Edouard Herriot (1872 1957, président de 1949 à 1957) et Vincent Auriol (1884 1966, président de 1957 à 1964), un président du conseil et un président de la république. Tous les deux militants des PEP, attachés à la laïcité et à la promotion de la solidarité. Sous la présidence Auriol nous verrons se créer le premier centre médico-psychy-pédagogique (1961 à Beauvais) et les premières classes de neige (1961). La période des trente glorieuses améliorant la vie des français les PEP s’orienteront plus vers les loisirs ludiques et éducatifs. Le président Beslais (1888 1973, président de 1964 à 1973) renforcera la communication de la structure en créant un bulletin interne de liaison. Mais le temps de la crise économique revenant, les PEP accéléreront leur mutation pour mieux répondre à ce nouveau défi. Dés 1974 appel du président Jean Deygout (1929 2011, président de 1973 à 1995) aux associations départementales pour aider les enfants en difficultés soit en gérant des établissements d’accueil, soit en aidant à leur intégration. Message visionnaire. Il donnera une nouvelle impulsion aux PEP en consolidant leur réseau et malgré un contexte économique se dégradant il leur permettra de rester un grand mouvement social et éducatif en mettant par exemple en place dés 1978 une coordination nationale pour les activités de vacances et loisirs. En 1986 marque un grand tournant dans la continuation, les PEP mettent en place des actions de soutien scolaire pour les enfants momentanément hors de l’école (le SAPAD service d’assistance pédagogique aux enfants malades ou accidentés). Des nouvelles orientations et la structuration du mouvement continue : 1987 création d’une structure nationale classes de découvertes et d’environnement, déjà des préoccupations écologiques, 1992 signature de la charte nationale de l’accompagnement scolaire, là aussi un temps d’avance, 1996 adoption du projet PEP 1996-2000 étendant la mission de la structure à tous les orphelins de la société, 1998 adoption d’une nouvelle politique dans le domaine sanitaire, social et médico-social. Montée en puissance de la technicité des équipes. Au début des années 2000, le tourisme social s’ajoute au champ d’action vacances et loisirs pour repenser au mieux ce champ de compétence. Mais l’école de plus en plus fragilisée mobilise aussi toute l’attention des PEP, c’est le projet 2000-2005 avec « L’Ecole, pour une société plus solidaire complété par le projet PEP 2005-2010. Les présidents qui se succèdent ont largement participé et impulsé ces changements, Christian Nique (1948, président de 1995 à 2000) ancien conseiller auprès du président Mitterrand pour l’éducation, il insistera notamment sur le besoin d’évaluation des actions, Michel Claeyssen (1934, président de 2000 à 2003) qui fait de la lutte contre l’échec scolaire une priorité en ouvrant ses actions à tous les enfants qui en ont besoin et plus aux seuls enfants de l’école publique. Il sera suivi dans ce sens par Joël Balavoine (1950 2010, président de 2003 à 2010), le soutien des PEP à la l’insertion des jeunes migrants dans le système éducatif français était déjà logiquement inscrit dans les évolutions qui s’élaboraient dans la structure. Toujours à la pointe de l’innovation sociale et éducative les PEP avaient décelé très tôt ce nouveau défi à relever. Dans une prochaine communication nous vous ferons découvrir comment les PEP 13 deviendront la structure associative référence en la matière.

 

 

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