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LES MARCHEURS POUR L’EGALITE ONT RENDU HOMMAGE A LEUR CAMARADE BOUZID KARA.

10 février 2017 - Dernier ajout 11 février 2017

Pour les 25 ans de la marche en 2008, avec l’appui de Marilaure Mahé notre rédaction avait entamé une démarche de réhabilitation de l’épopée la plus important des luttes pour l’égalité dans notre pays. Une page d’histoire qui s’inscrit dans le récit national, même si les médias l’avaient rebaptisée « Marche des beurs » et qu’ils continuent de le faire aujourd’hui. Notons qu’il fallut attendre 2013 pour la voir repositionnée au premier plan, notamment grâce à un film de fiction intitulé "La Marche"*. Dans l’histoire vraie Bouzid Kara fut l’un des personnages emblématiques de cette aventure, il nous a quitté le 15 décembre 2016. Un homme atypique et attachant. Les marcheurs ont tenu à lui rendre hommage notamment par une plaque commémorative déposé vendredi 27 janvier au cimetière de Puyricard. Marilaure nous en fait le récit :


 

Quarante jours après le décès de notre ami Bouzid Kara, Farid L’Haoua, le père Christian Delorme et moi nous sommes rendus au carré musulman du cimetière de Puyricard pour déposer sur sa tombe une plaque qui disait ceci :

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Plaque en mémoire de Bouzid Kara, déposé par ses camarades marcheurs de 1983
"A BOUZID, NOTRE FRERE DE LUTTE DANS LA MARCHE POUR L’EGALITE ET CONTRE LE RACISME DE 1983, TES AMIS MARCHEURS."

Le lendemain c’était Youcef Sekim, Lackdar, Abdelsatar dit Amstar et Malika Boumediene qui étaient descendus de la région Rhône Alpine pour se recueillir sur la tombe de notre ami. J’avais demandé à la rédaction de Med In Marseille de nous accompagner, Enzo et moi.

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Après nos retrouvailles au cimetière, nous sommes allés rendre visite à sa famille à Aix. Dans l’appartement familial, Il y avait des cousins de Enzo, des frères et sœurs de Bouzid et sa mère. Nous avons même eu longuement au téléphone son frère Mohamed, linguiste à l’université de Metz. Il ne pouvait pas être là avec sa famille en ce quarantième jour après le décès de note ami. Au téléphone, le docteur Mohamed Kara dont le nom est imprimé sur la couverture de plusieurs livres de sa discipline, évoqua l’année 1984 quand est sorti le livre de Bouzid sur la marche pour l’égalité. Lui, son cadet de deux ans, qui était alors étudiant, fut très impressionné, nous dit-il, que son frère ait pu écrire un livre et il nous fit part de sa surprise de ne voir sur la couverture que son prénom.

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Livre "La Marche" de Bouzid Kara
Au centre de la couverture du livre La Marche : La signature "Bouzid"

En effet, ce n’est pas banal de ne signer un livre que de son prénom. Quelle signification cela pouvait-il avoir ? Que cet opus ne pouvait pas être suivi d’autres livres ? Qu’il l’avait écrit davantage en tant que témoin, qu’en tant qu’écrivain ? Mais qui a lu le livre de Bouzid, sait qu’il savait écrire. Et ceux qui le connaissaient savaient qu’il avait en tête des tas d’autres écrits, dont un manuscrit égaré quelque part à Paris.
J’avançais que peut-être, comme nous tous les marcheurs qui - tout en étant fiers d’être allés jusqu’au bout de notre défi - avions du mal à réaliser la portée nationale de notre action, nous continuions, même en public, à parler à nos proches, nos copains, nos cousins, nos parents et que pour cela un prénom suffisait.
Ne disait-on pas dans les réunions Djamel de Bondy, Nordine de Nanterre, Farid de Aulnay, Saïd de St Etienne, Fathi de Marseille… Momo de radio Beur, Moktar de radio soleil ?
Nous avons passé un moment à nous souvenir. Etre reçus autour d’un repas, servi sur une grande table, nous a rappelé à Malika, Amstar, Youcef et moi les accueils chaleureux qui venaient récompenser nos dizaines de kilomètres quotidiens sur le bitume des départementales. Amstar évoque un soir où après un diner, nous avions été répartis les uns chez les autres. Moi j’en prends deux, moi j’en prends trois, disaient les personnes qui nous accueillaient. Quelques blagues scabreuses nous reviennent en mémoire et nous font rire, tout cela filmé par Ahmed de Med In Marseille. Et moi je repense à cette soirée de novembre 1983 passée avec Bouzid à Besançon chez des militants du PCI Jean Claude et Malika qui participèrent à notre éducation politique, une scène que je raconte dans mon roman sur la marche.
Bien sûr la disparition de Bouzid est triste pour nous, pour sa famille, pour sa mère, pour son fils. Il nous manquera, ses rires, ses coups de gueule et sa tendresse, nous manqueront. Mais nous avons aussi ri et souri en pensant à lui. La nostalgie partagée juste le temps d’une rencontre renforce nos liens pour nous sentir plus unis.

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De gauche à droite : Youssef, Malika, Marilaure et Enzo Kara.
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En 2013, lors des célébration du trentenaire de la marche : de gauche à droite : Djamel Attalah, Malika Boumédienne, Marilaure Mahé, Bouzid Kara et Fatima...
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Photo de l’arrivée de la Marche pour l’Egalité et contre le racisme le 3 décembre 1983, elle figure dans le livre "la Marche" de Bouzid.
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Une image fraternelle tiré du journal "Sans Frontière" dédié à la marche : Bouzid Kara, embrasse affectueusement sa camarade Marilaure Mahé.

* Le film "La marche" par Nabil Ben Yadir sur une idée et un scénario de Nadia Lakhdar le pitch du film est inspiré de la vraie histoire :


En 1983, dans une France en proie à l’intolérance et aux actes de violence raciale, trois jeunes adolescents et le curé des Minguettes lancent une grande Marche pacifique pour l’égalité et contre le racisme, de plus de 1000 km entre Marseille et Paris. Malgré les difficultés et les résistances rencontrées, leur mouvement va faire naître un véritable élan d’espoir à la manière de Gandhi et Martin Luther King.
Ils uniront à leur arrivée plus de 100 000 personnes venues de tous horizons, et donneront à la France son nouveau visage.

 



 

 

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