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Les identités disparues : l’identité provençale

1er octobre 2015

Nous vivons selon les commentateurs une crise de l’identité française, des propos provocateurs d’une Nadine Morano aux théories construites d’Alain Finkielkraut jusqu’au polémiste Eric Zemmour et le succès de son ouvrage « Le suicide français », de nombreux politiques et des intellectuels pointent cette atteinte à notre souveraineté intellectuelle et spatiale. Le slogan du Front National : « On est chez nous » traduit simplement cette angoisse naturelle chez l’être humain d’empiétement de son territoire au sens le plus large : sa langue, ses coutumes, son espace public, sa religion, sa façon d’être en général, souvenons-nous des mots terribles d’une certain Jacques Chirac sur le bruit et les odeurs ou de Jean-Marie Le Pen sur ses déclinaisons sur la force de son amour pour ses enfants, pour sa femme, pour ses cousins qui s’amenuise plus la parentèle est éloigné référence très claire à l’étranger.


 


Comme le tigre solitaire ou le paysan de nos provinces nous tenons à quadriller nos terres, à marquer notre territoire et à faire comprendre à l’intrus qu’il n’est pas le bienvenu. Pour cela nous travestissons nos pulsions animales sous le couvert de l’histoire et nous nous inventons une France éternelle aux racines profondes et une Europe parée de toutes les vertus des « Lumières » que personne ne sait définir avec précision. Nous serions des blancs de culture judéo-chrétienne, raccourci utile. Mais la construction même de l’état nation que nous connaissons aujourd’hui n’a pu se faire qu’en éliminant les entités politiques et culturelles qui existaient autour de lui à la naissance de la France que nous daterons à l’avènement d’Hugues Capet, roi élu en 987 dont le territoire en propre allait de Paris à Orléans. Son père était Hugues le Grand duc des francs et sa mère Hedwige de Saxe était ce que l’on appellerait aujourd’hui une allemande. Il créa une dynastie qui allait durer huit siècles et il mit fin au règne des Carolingiens. Pour que la carte de notre pays ressemble à celle des livres de classe d’aujourd’hui il fallut attendre 1860 et l’annexion de la Savoie et du Comté de Nice pris sur le tout nouveau royaume d’Italie. Nous reviendrons sur les détails et la chronologie de la constitution de notre nation dans différents articles et pour aujourd’hui nous allons juste nous intéresser à la Provence et à la langue provençale, langue de notre ville Marseille qui perdura dans son emploi jusqu’aux environs de la guerre de 14 et qui a disparu de nos usages en un siècle environ. A Marseille où nous entendons maintenant principalement le dialectal algérien, tunisien, marocain et le parlé des Comores qui voisinent avec le Français c’était le provençal qui côtoya pendant près de 400 ans le français langue du conquérant du nord qui pris possession de la terre provençale en 1481 à la mort du roi René d’Anjou descendant d’un frère de Charles V. Ce qui veut dire que de 987 année de la création du royaume de France jusqu’en 1481, la Provence qui approximativement rassemblait les départements des Bouches du Rhône, du Var, du Vaucluse et les Alpes de Haute Provence n’était pas française, mais un état indépendant. La bataille de Bouvines, la Guerre de Cent-Ans, l’histoire de Jeanne d’Arc étaient des événements qui lui étaient étrangers. Sa langue qui appartenait à une branche de la langue d’oc commune à tout le sud de la France et qui dérive du latin était parlée par tout un peuple et le latin était la langue des érudits son écriture s’imposait dans tous les textes légaux et religieux. La Provence rentra dans le royaume de France part héritage et liens parentaux et du fait que la dynastie qui la gouvernait n’avait plus d’héritier. L’administration qui s’installa à la fin du XVème siècle était vécue comme étrangère par les locaux et ce fut une perte d’indépendance et d’identité profondément dure à admettre. La France s’imposa et en l’espace de cinq siècles elle imposa ses souverains, ses lois et sa langue au détriment de toute une culture et en abolissant les libertés locales. Un provençal devint sujet du roi de France et citoyen de la république française sans que personne ne lui demande jamais s’il était satisfait de la chose. Il n’était pas un migrant arrivé au gré des flux engendrés par la misère ou les guerres mais il vit son être profond se dissoudre dans l’identité de ses nouveaux maîtres. Son organisation territoriale disparu la première et pour finir en 2015, sa langue est presque morte et sa culture résiduelle : les santons, les fifres et galoubets, le costume arlésien, les treize desserts et pour quelques uns le souvenir du dernier des grands poètes en langue provençale : Frédéric Mistral, nom qui évoque celui d’un vent bien connu. En écoutant les gens parler, il reste peut-être quelque chose l’accent, l’accent de Marseille qui résonne quelques fois entre deux mots de dialectal. Les provençaux de naguère sont dissous dans l’appellation générique et trompeuse de méditerranéens. Qui englobe tous les habitants qui vivent autour de cette mer et serait l’héritière de patries aujourd’hui disparues. En cent ans avec l’instruction publique qui délivrait son enseignement en français et interdisait l’usage du provençal, une langue qui existait depuis des siècles s’est éteinte. Elle n’avait pas su décrire la modernité, n’avait plus d’état protecteur, n’était plus langue des affaires et ne survit qu’un temps dans le cloisonnement du monde rural qui éclata après la guerre de 14 et la disparition de toute une génération de jeunes locuteurs décimés par les combats. Marseille et la Provence qui furent celtes, grecques, romaines, provençales et angevines devinrent française et maintenant cette identité qui n’a finalement qu’un siècle de véritable hégémonie se voit contester son territoire et sa culture par d’autres venus d’horizons lointains s’ajoutant à cela l’arrivée d’un culte étranger dont les pratiquants exigent avec une légitimité de présence de moins d’un demi-siècle la construction de lieux de culte qui n’est freiné que par des artifices législatifs et le manque d’argent mais si ils en avaient les moyens ils érigeraient de vrais cathédrales de ce dieu intrusif. Alors comment ne pas parler de choc démographique sans légitimer les thèses extrémistes. Nous étions dans des changements qui ont duré des siècles mais qui ont liquidé une culture complète et maintenant cette mutation va au rythme du progrès des transports et des flux migratoires et nous pouvons comprendre et surtout nous devons comprendre les peurs qu’elle engendre sans cela nous risquons la confrontation entre des individus et des cultures qui sont dans une concurrence pour ne pas devenir minoritaire sur une terre ou sous peu différentes légitimité d’occupation devront cohabiter. N’oublions pas que l’identité provençale elle n’a pas survécu, elle existe encore chez quelques rares individus mais sa dissolution est totale. Alors sur un terroir ancien comme le notre, le multiculturalisme peut-il exister où la loi du nombre réglera-t-elle a plus ou moins longue échéance le sort des groupes en présence. Nul ne le sait, même le christianisme et ses branches catholiques et protestantes après vingt un siècles de règne sur les esprits semblent rentrer en récession et devenir des éléments d’un folklore désuet. Il n’y a pas eu de Provençale éternelle comme il n’y a pas de France éternelle. Les nations, les empires comme les cultures sont mortelles, seuls les gens qui se réveillent le matin là où ils résident sont les éléments constitutifs d’une identité passagère et fluctuante.

 

 

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