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La Parole Libérée, Théâtre et immigration depuis les années 1970

12 octobre 2017

« Le théâtre militant », créé par des immigrés en France, qui a émergé en pleine vague de tueries de Marseille (1973), s’ancrait d’abord dans la lutte pour des conditions de vie décente et une reconnaissance du droit de vivre en dignité sur le sol français. Il se faisait dans les cités, dans les quartiers, sur les places publiques, en majorité par des immigrés. S’adressant autant aux Français qui ne voulaient pas voir cette population qu’aux immigrés eux-mêmes, il était à la fois un théâtre de reconnaissance et un théâtre de combat. Une rencontre rétrospective s’est tenue vendredi dernier au Théâtre de la Mer, à Marseille.


 


Image DR Théâtre de la Mer

La rencontre autour des mémoires du théâtre d’Immigration, organisée par l’association nationale Génériques, à l’occasion de la biennale du RHMIT PACA a permis d’évoquer le travail mené par des troupes engagées, en France et aussi à Marseille, depuis les années 1970. Symboliquement organisée dans le théâtre de la mer, rue de la Joliette, à Marseille, cette rencontre a donné la parole aux pionniers, à travers trois Chibanis : Hedi Akkari, de la troupe Al-Affisa du Mouvement des Travailleurs Arabes, Hechmi Ben Frej, du collectif d’action et de diffusion culturelles arabes en France et Smaïne Idri, du théâtre El Halaqa.

Avant le Théâtre de la Mer, le mythique Théâtre de la porte d’Aix

Avant le Théâtre de la Mer, le mythique Théâtre de la porte d’Aix
n’a jamais eu, véritablement, de lieu dédié. L’un de ses fondateurs, l’emblématique Smaïne Idri, rappelle que ce théâtre est directement issu des luttes militantes des années 1970 et de la constitution du MTA (Mouvement des Travailleurs Arabes). En choisissant la forme du théâtre, la troupe pouvait plus facilement diffuser ses idées auprès d’un public immigré souvent illettré. La représentation théâtrale se faisait, là « où on nous laissait le droit de jouer », car les acteurs, parfois sans papiers, prenaient tous les risques, la liberté d’associations était refusée aux immigrés et finissaient souvent au poste de police, « sous les sarcasmes des policiers »…Ces représentations étaient généralement suivies de débats et discussions « plus efficaces qu’un tract ».

Le Théâtre El Halaqa, créé à Aix-en-Provence. Halaqa, a pris le nom algérien de cette place du marché où se rassemblent les passants.
Créé par des étudiants algériens venus faire leur étude en France, El Halaga est né, dans le cadre des luttes sociales et politiques des années 1970. D’abord réunis autour des luttes palestiniennes, ces étudiants ont vite été saisis par les conditions misérables de vie des immigrés en France, et notamment à Aix-en-Provence et Marseille.

Le théâtre jouait son véritable rôle cathartique pour des populations

Ce droit à l’expression théâtrale fut arraché à la France de De Gaulle, et fut concomitant de diverses autres luttes, comme celle de sans-papiers, et antiracistes, avec les meurtres racistes, perpétrés, entre autres, à Marseille en 1973 sur la population immigrée.
Les immigrés étaient, à l’époque venus seuls en France, (avant le regroupement familial qui date de 1974) mal logés, s’entassant dans des bidonvilles et soumis au bon vouloir des patrons et souvent aussi sans papiers. Hedi Akkari, de la troupe Al-Assifa, actif dans les années 1970, rappelle que ce théâtre était militant et voulait dénoncer les conditions de vie des immigrés. Il s’adressait aussi à un public de Français.

L’aventure du théâtre Halaqa prendra fin, dans une sorte de scission autour de la question Sahraoui et les déchirements entre les Algériens et Marocains.
Puis ce sera la rencontre avec l’écrivain algérien Nabile Farès, en 1974, qui permettra d’entrer dans une nouvelle phase, à l’aube des années 1980 et de fonder le Théâtre de la Porte d’Aix, ancêtre du Théâtre de la Mer. Les mots du grand écrivain algérien (auteur, entre autres su « Champ des Oliviers » ou « Mémoires de l’absent ») ont permis à la troupe de porter les espoirs et les luttes de ceux qui tentaient de se faire une place en France. A travers des pièces telles que « Dialogues d’immigrés en France », et « Histoires de Malika et de quelques autres ».

« La parenthèse enchantée des années 1980 »

« La parenthèse enchantée des années 1980 », avec la gauche au pouvoir apporta aux quartiers des subventions permettant de développer des projets culturels, là où les années 70, avaient été de véritables déserts culturels. Fondé à Alger par l’écrivain Kateb Yacine, le théâtre de la Mer a donné son nom à son petit frère marseillais. Frédérique Fuzibet, co-fondatrice et directrice du Théâtre de la Mer est revenue sur la personnalité charismatique et fédératrice d’Akel Akian, décédé en 2012. Metteur en scène et écrivain, il a mis en scène Tahar Ben Jelloun, Driss Chraïbi, Kateb Yacine, Aziz Chaouk et écrivait aussi ses propres textes. A travers le questionnement sur l’exil,, choisi ou subi, il tendait des ponts entre quartiers Nord et centre, dans la cité phocéenne.
Aujourd’hui, le Théâtre de la Mer poursuit sa vocation de transmission des mémoires avec des ateliers théâtre menés auprès de primo-arrivants réfugiés. Un travail de militance qui se poursuit donc pour que le théâtre reste encore cette lumière dans la nuit, ou comme le dit Frédérique Fuzibet, qui cite le poète Pasolini et il faut continuer à être « des lucioles ».

Vidéo : retraçant certains moments de la rencontre

 



 

 

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