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L’existence inexistante de l’individu.

18 octobre 2014 - Dernier ajout 22 octobre 2014

Erich Fromm a dit : "Si je suis ce que je possède, et que je perds tout ce que j’ai : qui suis-je ?"

De cette simple question est mis en évidence un constat bien navrant : en ces temps où l’individualisme règne, l’on se rend compte, qu’à contrario, l’Homme n’a plus guère de valeur individuelle. L’individu, pour lui-même, comme pour la société, ne compte plus par sa propre personne, mais n’a de valeur qu’en raison de ce qu’il possède et/ou au groupe auquel il appartient. Il finit par n’exister qu’aux travers d’eux. Et n’existe plus, par conséquent, lui-même en sa simple qualité d’individu à part entière. Il s’efface, se confond au groupe auquel il appartient, faisant de ce groupe, non pas, l’addition de plusieurs individus, chacun différent et unique, contribuant tous, pour ce qu’ils sont individuellement, à la force du groupe, mais, hélas, et seulement, l’assimilation d’individualités différentes formant un tout. L’être n’est pas une partie intégrante d’un groupe, mais le groupe est l’intégrité de l’être. L’individu n’est pas la raison d’être du groupe, mais le groupe est la raison d’être de l’individu...


 

Si de manière anthropologique, voire primaire, l’être ne peut vivre seul, en totale autarcie et a donc besoin des autres et d’être sociabilisé et sociable pour évoluer positivement au sein de sa vie, et être équilibré, la relation à l’autre, avec l’autre, pour l’autre et pour soi-même, de manière indépendante et propre à chacun, devient une confusion entre le tout et ses composants. Et cela est valable à tous les niveaux de la société, dans toutes ses sphères, qu’elles soient familiales, professionnelles ou cultuelles. Si pour ne pas être seul, ou exclu, l’individu avance en groupe, en meute, il lui est demandé de le faire à ses dépens, à savoir en cessant d’exister par lui-même, par sa conscience individuelle et personnelle, par un raisonnement propre et réfléchi. Par conséquent le groupe pense et agit pour l’individu, à sa place et lui dicte sa conduite... L’individu n’est donc pas un acteur, un décisionnaire, un apport au groupe, où son opinion et son bien être sont pris en considération et respectés, mais un exécutant, au mieux un faire-valoir. Seul le groupe existe et le groupe n’est qu’un.
Dans une telle ineptie, s’opère, au sein de la société, un séparatisme extrême, qui dès lors, et poussé à son apogée, parque les individus dans des cases, des catégories fermées et hermétiques, ayant pour conséquence l’apparition de codes, normes, valeurs et sous-cultures propres à chacune d’elles. Réduisant ainsi, au minimum, le lien social et l’ouverture à l’autre, et donc l’Union et la solidarité générale. De là, naissent les disparités, les exclusions, les peurs et violences. Le groupe se referme alors sur les individus, et les emprisonne, tout en leur donnant un sentiment de sécurité. Chaque groupe voit et agit alors pour son propre intérêt. L’intérêt individuel du groupe. Préceptes de la lutte du pouvoir et de domination d’un groupe sur l’autre, qui se résume, et c’est là toute l’ironie du sort, en l’expression égoïste et individualiste de l’ego surdimensionné des individus les "plus forts" qui sont formées par le groupe. Et c’est dans cette expression que se construit, et la hiérarchisation du groupe et celle de la société. Traduction de l’instinct le plus primate et bestial de la nature humaine, où l’Homme a besoin du groupe pour exister et de l’appartenance et de l’adhésion d’une pensée collective nécessaire à la subordination des individus, sans laquelle il ne pourrait être et s’exprimer. L’humain ne trouve pas sa force en lui, mais par le groupe, et c’est pour cela que s’il n’adhère pas à la notion d’un groupe, il devient un être isolé et vulnérable. Il n’y a donc pas d’esprit de complémentarité et d’égalité, puisque la personnalité de chaque individu n’est pas prise en considération et exploitée et exprimée pleinement, mais un rapport de force entre mâles dominants qui anéantissent les capacités de chacun à être et à exister indépendamment au groupe.
Et c’est ainsi que l’Homme, s’il perd ses possessions, quelles soient matérielles ou sociétales, tout comme son rapport fusionnel au groupe auquel il appartient, n’est plus rien, et ce, parce qu’aujourd’hui il est dans une relation archaïque avec ce qui l’entoure, humain, mobilier et immobilier, où, il n’y a plus aucune distinction entre lui, le sujet et l’objet de la relation, qu’il finit par ne plus exister.
Le problème n’est donc pas le groupe ou l’objet possédé, mais bel et bien la fusion qui s’opère entre l’individu et eux et qui fait que l’Homme n’est plus, l’Homme a et se confond :
Ce n’est qu’en rompant ce lien fusionnel qui l’assujettît que l’Homme pourra être à nouveau et se révéler. Et comme toute rupture, et de part l’habitude qui a été prise et l’importance qui lui a été donnée, celle-ci sera déchirante et violente.
Tel est, pourtant, le prix à payer pour exister à part entière et gagner le respect de sa condition individuelle d’être humain. Pour autant, cette rupture ne sera pas un rejet du groupe et/ou de ce qui l’entoure, mais une libération de l’emprise, de la dépendance qu’ils suscitent permettant à ce que l’Homme puisse reprendre le contrôle sur sa propre vie et existence et s’exprimer, et trouver sa place au sein de la société, en se suffisant à lui-même.
Ainsi l’autre, le groupe, l’objet sera perçu comme un plus, auquel l’on contribue en échange et non plus comme une nécessité, voire un besoin vital. Cela aura pour effet, non pas de favoriser l’individualisme et la suprématie, mais de permettre l’acceptation de l’autre et de ses différences : car prendre conscience de soi et exister pour et par soi-même, c’est prendre conscience de l’autre et lui permettre d’exister pour et par lui-même. Et c’est ainsi que l’intérêt sera, réellement, général et non plus la généralisation d’un intérêt restrictif car normalisant et qui exclue toute possibilité de diversité au nom de l’uniformisation.

Au nom de la conscience de soi pour la conscience de tous et par la conscience de chacun.
BêMe Rb

 



 

 

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