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Pour l’écrivain Vélibor Colic : "Il n’y a pas de lieu géographique pour mes Tziganes, il y a un lieu métaphysique"

17 novembre 2014

Ecrivain bosniaque réfugié en France depuis 1992, alors qu’il fuyait la guerre en Bosnie, Vélibor Colic, écrit, désormais en français. Auteur d’Archanges (2008), Jésus et Tito (2010) ou Sarajevo Omnibus (2012), il vient de faire paraître Ederlezi, chez Gallimard. Avec « Cette comédie pessimiste », Vélibor Colic nous embarque sur la route des Tziganes des Balkans, à travers l’espace et le temps. Entre comédie et tragédie, on suit les déambulations d’un orchestre, conduit par le charismatique chanteur Azlan, à travers un XXIème siècle génocidaire. Cet orchestre de musiciens mi-anges, mi-démons devient, sous sa plume, la métaphore de l’éternel retour d’un peuple tzigane, maints fois exterminé par les Européens. L’auteur est en résidence à l’association Peuples et Culture Marseille, depuis le mois de juin 2014 et jusqu’à la fin de l’année. Nous avons eu la chance de le rencontrer.


 

J"e m’appelle Azlan Tchorelo, Azlan Bhtalo et Azlan Chavoro Baïramovitch et je suis mort ce matin. Hier encore j’étais un homme, un Rom et un parrain, mari, oncle, frère-maintenant je suis juste un corps, long et froid, avec quelques taches gris cendre sur mon visage. Hier encore j’étais chanteur, arnaqueur, ange noir, maître du couteau et bourlingueur, aujourd’hui je me trouve sur une table en métal, déposé quelque part dans un hôpital à Calais", ainsi débute le sombre et lumineux roman Ederlezi de Vélibor Colic.

L’écrivain Vélibor Colic, auteur de Ederlezi, comédie pessimiste Gallimard


Ederlzi est un œuvre où grouillent la vie et la mort, celle des Tziganes. La magie, les croyances, les rires, les pleurs, le quotidien d’un petit village, Strehaïa, berceau de musiciens qui vont parcourir les Balkans pour vivre ou survivre de leur musique, avec à leur tête Azlan, le chanteur. Le roman traverse trois périodes de l’histoire du XXème siècle. L’orchestre d’Azlan sera exterminé dans un camp nazi en 1943, il se réincarne en 1993 en pleine guerre yougoslave, pour finir par crever dans les camps de migrants à Calais. Ederlzi, signifie fête de la Saint-Georges où le peuple tzigane célèbre l’arrivée du printemps.

De quel village est originaire l’orchestre que vous suivez dans le livre, Ederlezi ?

Vélibor Colic : J’invente. Pour « Ederlzi », roman sous-titré « comédie pessimiste », je suis parti de la comédie grecque. Certains de mes collèges pensent que les mythes sont l’origine de la littérature. Je pense qu’à l’origine du roman moderne européen sont la comédie et la tragédie inventées par nos amis grecs, comme disait Milan Kundera, un romancier ne doit rien à personne, sauf peut-être à Cervantès. Le lieu, le village du roman « Ederlezi » s’appelle « Strehaïa » c’est un village qui existe peut-être, mais surtout qui se déplace. Il n’y a pas de lieu géographique pour mes Tziganes, il y a un lieu métaphysique. Donc aucune importance géopolitique, géographique, ni espace-temps, c’est une géographie vivante qui change, Strehaïa se déplace régulièrement, dans le temps, dans l’espace. Là-bas, où je suis né, la géographie est vivante, elle change. J’ai aussi situé mes Tziganes dans un village pour rappeler que dans les Balkans, les Tziganes ne sont pas des nomades, ce sont des grands voyageurs, ils partent au printemps et ils reviennent passer l’hiver à la maison. Ils ont une maison. En France, on croit qu’ils sont nomades. Ce sont des vagabonds, mais pas des nomades.

Comment avez-vous découvert cette culture tzigane ?

Par pur hasard, ma maison natale était à quelques centaines de mètres du quartier tzigane. Chez nous, en Bosnie, on les appelait les Tziganes Blancs, car ils avaient des maisons, ils étaient mieux intégrés. J’ai grandi avec les enfants tziganes du quartier. Entre 1997 et 2001, j’habitais en Hongrie, je traînais beaucoup dans le quartier tzigane de Budapest. Je suis toujours émerveillé par ce peuple. Le piège qu’il faut éviter avec les Tziganes, c’est de les présenter comme les victimes éternelles et des anges. En littérature, il y a beaucoup d’ennemis mortels, mais le pire est le bon sentiment. J’espère que, dans ce roman, j’ai évité ce piège. Ils sont tous sauf des anges, ils sont écorchés vifs, l’émotion est présente. Il passe beaucoup plus vite que nous de l’amour à la bagarre, il y a moins de filtre. Ce ne sont pas des diables non plus. Pour écrire ce livre, j’étais dans leur oralité, dans leur musique et dans leurs sentiments, mais je n’ai pas étudié leur culture. Gabriel Garcia Marquez a dit que c’est faux de prendre un écrivain pour un intellectuel, car c’est surtout un être émotif.

Vous décrivez la tragédie de ce peuple et également leur culture empreinte d’une grande spiritualité, faite de croyances multiples, dans les diables, les anges, les vampires ?


Ils ont leur système de croyances qui dépend de nombreuses choses. Chez nous en Bosnie, la plupart des Tziganes étaient musulmans. En Serbie, vers Belgrade, ils sont orthodoxes. Mais, ils sont surtout beaucoup dans leur oralité et leur église, c’est la chanson, leur héritage. Ils possèdent des histoires et les légendes sur presque tout. Chaque évènement dans la vie, bon ou mauvais peut s’appuyer sur leurs croyances. J’ai opté pour raconter de nombreuses histoires sur le Bélouga, parfois c’est le roi de tous les Roms, parfois c’est leur dieu, c’est une sorte de métaRom. J’ai aussi inventé quelques histoires qui viennent de l’Europe de l’Est, Macédoine, Bosnie, Serbie. Il y a un proverbe terrible chez les Tziganes que je n’ai pas mis dans le livre qui dit : qu’il faut mieux être un chien, qu’une femme chez un Tzigane. Leurs croyances se croisent avec le pays où ils sont. En Bosnie, les croyances de Tziganes se croisent avec l’Islam, très light, car ça picole beaucoup. En Bosnie, l’Empire ottoman à cinq ou six siècles.

Pensez-vous que sur ces croyances, les Tziganes ont quelque chose à apprendre à l’Occident en mal de repères, autres que matérialistes ?

C’est certain que la meilleure chose qui puisse nous arriver est d’échanger, nous pouvons apprendre beaucoup de choses d’eux, ils sont très attachants, drôles mais eux aussi sont curieux, même s’ils sont très méfiants. En tout cas, même si l’Occident ne veut pas apprendre des choses d’eux, on peut déjà les laisser un peu tranquilles…..Dans mon livre, il y a trois rendez-vous entre ces deux mondes, le nazisme (camp de concentration en 43), la guerre d’ex-Yougoslavie (1993) et la démocratie qui les expulse à Calais (2009), et à chaque fois les Tziganes paient. Nos réponses européennes successives ont été démesurément violentes or l’intégration passe par le social. Je travaille régulièrement dans les quartiers difficiles et dans les lycées, et il me semble que le problème est plus social que racial.

Vous êtes en résidence à Marseille, Marseille vous inspire-t-elle ?

Non, pas pour le livre que je suis en train d’écrire. Mais je prends des notes pour un futur travail qui pourrait s’intituler Marseille Blanche. Des nombreux recueils parlent de Marseille Noire. A Marseille, toutes les histoires commencent par « je ». Marseille est une ville touchante, même si parfois je pète les plombs ici ! Cette ville n’est pas que noire, ni que blanche.

Ouverture de la seconde partie de la résidence de Velibor Čolić à Peuple et Culture, Marseille. L’auteur sera à Marseille jusqu’au 14 décembre et mènera un atelier d’écriture au lycée Mistral, rencontrera des collégiens et des lycéens pour échanger sur sa pratique d’écriture.
La résidence est marquée par des rencontres avec d’autres auteurs en résidence (Laurence Vilaine à la Marelle, Kossi Efoui à la Boutique d’écriture), et avec le guitariste, Louis Winsberg. Mais aussi par des invitations à Marcel Jouannaud, accordéoniste pour une lecture musicale d’Ederlezi, roman paru chez Gallimard cette année, et au Courrier des Balkans, et à leurs co-rédacteurs en chef, Jean-Arnault Derens et Simon Rico. Construction des états, circulation des hommes et des instruments de musique seront en questions. Les rencontres se dérouleront à Marseille et dans certaines bibiothèques du réseau départemental.

http://www.peuple-culture-marseille.org/activites/residence/dimitri-bortnikov/velibor-colic-2014

 



 

 

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