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Hommage aux « soldats indigènes » qui libèrent la Provence et Marseille il y a 72 ans. (Par Chérif Lounes)

29 août 2016 - Dernier ajout 11 septembre 2016

LE 28 AOÛT 2016 marque le 72è anniversaire de la libération de la ville de Marseille.

L’affaire dite du "burkini" sur les plages méditerranéennes et les graves débordements qui s’en sont suivis en Corse ont relégué à l’arrière plan de l’actualité la commémoration du débarquement de Provence du 15 août 1944.

Par Cherif Lounès


 

Ce jour là déferlèrent dans le Midi les divisions de Tirailleurs, de Zouaves, de Spahis, de Goumiers, de Tabors, de Chasseurs d’Afrique, etc. Le mot d’ordre des combattants de cette armée composée en grande partie de soldats musulmans était : « vive la France ! ».

Cette même armée avait déjà combattu et vaincu les occupants allemands en Tunisie. En 1943, au sein du Corps expéditionnaire français, commandée par le général Juin, elle s’illustra durant la campagne d’Italie. Les Goumiers et Tirailleurs marocains participèrent à la libération de la Corse en septembre/octobre 1943. Les montagnards berbères endurcis livrèrent de vifs combats aux cols de San Stefano et de Teghime.

Libération de la Corse

Monument au col Teghime

Les combattants africains aguerris formeront le fer de lance de la future Première armée française sous les ordres du général de Lattre de Tassigny lors du débarquement sur les côtes de Provence. L’Armée d’Afrique libère Toulon et elle arrive aux portes de Marseille le 23 août 1944. Après de terribles combats, notamment lors de la prise du mont de Notre Dame de la Garde, durant lesquels s’illustreront les combattants maghrébins de la 3è DIA et particulièrement les 3è et 7è Régiments de Tirailleurs Algériens, Marseille est enfin libérée le 28 août 1944. Devant une foule en liesse, un important défilé au son de la nouba se déroule le lendemain sur le Vieux-Port. La libération de la capitale du sud coïncidera avec celle de Paris.

Défilé de l’Armee d’Afrique à Marseille

L’épopée des soldats indigènes va se poursuivre tout le long du Rhône, en Franche-Comté et en Alsace, jusqu’à la libération totale de la patrie. Ces hommes du sud traverseront le Rhin et livreront leurs derniers combats jusqu’au Danube.

Les hauts faits d’armes de l’Armée d’Afrique et ses innombrables victoires permirent à son commandant, le général de Lattre de Tassigny, de siéger en compagnie des chefs alliés pour obtenir la capitulation de l’armée allemande. Dans son ordre du jour numéro 9, il écrira à ses soldats africains : « De toute mon âme, je vous dis ma gratitude. »

De son côté, le général de Montsabert écrira : « C’est grâce à l’Armée d’Afrique que la France a retrouvé non seulement le chemin de la victoire et la foi en son armée, mais aussi et surtout l’honneur et la Liberté. »*

Décorations gagnées au front

Il importe qu’au-delà des anciens combattants, la Nation, tout entière liée par les sacrifices consentis pour sa liberté, enseigne et évoque régulièrement le souvenir de l’Armée d’Afrique.

Durant 130 années d’existence, de 1832 à 1962, que ce soit sous la Monarchie, le Second Empire ou la République et même quand la France paraissait réduite, occupée, humiliée, l’Armée d’Afrique lui est demeurée fidèle. Elle a vaillamment soutenu plusieurs guerres notamment quand la France fut envahie en 1870, 1914 et 1940. L’ensemble des guerres auxquelles elle a participé a coûté un million de vies humaines à l’Armée d’Afrique.*

Quant à Marseille, 72 ans après, il n’y a toujours pas de lieu dédié à l’Armée d’Afrique marquant la libération de la citée phocéenne. Il reste à espérer qu’on ne va pas attendre 90 ans pour le faire, comme on a attendu 2006 pour inaugurer un mémorial musulman à Verdun en souvenir de la terrible bataille de 1916 et de la forte participation des soldats de l’Armée d’Afrique lors de cette hécatombe dont on vient de célébrer cette année le 100è anniversaire.

Pour toutes ces raisons et devant l’inquiétant développement des tensions sociales de toutes sortes qui envahissent notre société desemparée par les nombreux attentats qui bouleversent la nation et devant les troubles internationaux, il est crucial de faire appel à la mémoire et au souvenir de l’Histoire de France.

* L’Armée d’Afrique 1830-1962, sous la direction du Général R. Huré. Editeur Charles Lavauzelle. Paris 1972

 

Lounès Chérif. Ancien étudiant de l’Institut d’études politiques, il obtient une licence et une maîtrise de droit à l’université d’Aix-Marseille. Il est aussi diplômé en criminologie. Diplômé en Droit canonique, il s’intéresse aux sources du droit et à l’étude des religions. Acteur associatif, il est passionné par l’histoire et par celle de la colonisation en général et de l’Algerie en particulier. Ancien réserviste de l’armée, il écrit et anime des conférences sur l’Armée d’Afrique dans laquelle son père, engagé en 1937, a servi durant toute la Seconde Guerre mondiale de 1939 à 1945.

 

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