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Galère administrative d’une femme piégée

16 novembre 2015

Je ne sais pas si je suis divorcée ou non ?

Amel est une jeune enseignante algérienne qui vit dans les environs de Tiaret, après des études de lettres, elle enseigne l’arabe au collège de son village natal. Aicha sa tante maternelle qui habite à Gardanne vient tous les ans à la même période pour passer les vacances d’été avec sa famille. Elle trouve sa nièce douce et gentille et lui propose d’épouser son fils Hicham qu’elle n’a pas vu depuis longtemps et l’a prévient que son fils était un peu timide. L’arrangement conclut, Aicha fait venir son fils une semaine avant le mariage, et les noces sont célébrées avec faste en Algérie l’été 2011. Quelques jours après le mariage, les « immigrés » le nom que porte la diaspora qui vit à l’étranger rentrent chez eux. Amel attend que le livret de famille soit retranscrit à Nantes ce qui a prend quatre mois, ensuite elle dépose un dossier pour obtenir un visa pour regroupement familial ce qu’elle obtient vingt jours plus tard.


 


Racontez-nous votre arrivée en France ?
Me belle-mère et belle-sœur sont venues me chercher à l’aéroport, c’est la première fois que je venais en France, mon mari n’était pas la car il travaille comme préparateur de commande dans une zone industrielle. Arrivée chez ma belle-mère j’ai saisi que j’aller vivre chez elle, vu que son fils n’avait pas d’appartement. Au début ça se passait bien avec ma belle-famille, même si avec mon mari le mariage n’avait toujours pas était consommé. Je n’osais pas me plaindre à ma tante, car de là où je viens, ces choses on les gardes pour sois et même en racontant l’histoire à ma mère elle m’avait dit « soit patiente ma fille », donc j’ai fait ce qu’on me demandé de faire.

Pourquoi avoir décidé d’habiter seule avec votre mari ?
Après trois mois de cohabitation avec la belle famille, j’ai compris que mon rôle allait se cantonner aux tâches ménagères et essayer d’assouvir les besoins d’un homme qui ne me touche même pas. J’ai fait pression sur ma tante en lui disant qu’il fallait absolument que je vive seule avec mon mari. Après quelques réticences, ma belle-mère a compris ma détermination et nous a trouvé un petit appartement dans le vieux village. Je me suis senti de suite beaucoup mieux. Je pouvais enfin avoir mon chez moi et me concentrer sur ma vie conjugale, comprendre ce qu’il se passait dans la tête dans mon mari.
Qu’est- ce qui vous a poussé à divorcer de votre mari ?
A chaque fois que je demandé à ma belle-famille qu’est- ce qu’il avait Hicham, la réponse était la même : ton mari est « timide » ou il est un « peu spécial » mais il est « très gentil ». J’ai demandé s’il était suivi par un médecin voir un psy la réponse était non. Dans notre nouvel appartement et même avec le débarquement chez moi inopiné de me belle-mère tous les jours sans me prévenir, j’ai saisi ce qui n’allait pas, à un moment je croyais qu’il m’aimait pas par ce que le mariage était arrangé, j’ai même pensé qu’il était homo aussi, mais ce n’était rien de tout ça, mon mari est autiste. J’ai prévenu mes parents que je ne pouvais passer ma vie avec un homme dans cet état, ils ont compris ma détresse, donc j’ai demandé le divorce.

Décrivez nous l’ambiance après la demande de divorce ?
L’ambiance est devenue lourde ma belle-mère ne m’adressait plus la parole, nous avons décidé d’un commun accord de divorcer à l’amiable, je ne supportais plus cette vie, j’ai signé les papiers qu’il fallait chez l’avocat et je suis rentrée chez mes parents en Algérie ou j’ai repris ma vie d’avant. Heureusement que j’avais demandé une année sabbatique avant mon départ, ce qui m’a permis de garder mon poste d’enseignante. Quelques mois après ma voisine de mon ancien appartement m’appelle pour me dire que j’avais reçu une convocation pour passer devant le juger, j’ai appelé ma tante pour savoir qu’elle avait fait, aucune réponse, j’ai essayé de contacter l’avocate pareil, aucune nouvelle. J’ai même envoyé des mails laissé des messages mais personnes ne me réponds, je ne sais pas si je suis divorcé ou non ?
J’ai décidé de revenir en France pour être fixé sur mon sort, je suis partie donc au consulat pour demander un visa car en rentrant en Algérie ma carte de séjours d’un an avait expirée, à ma grande surprise ma demande a été refusé, je ne sais plus quoi faire maintenant.

Le cas d’Amel n’est malheureusement pas isolé, depuis les années quatre-vingt, certaines familles maghrébines vivant en France, ramènent des jeunes filles du bled dans le but de les marier à leurs enfants malades, drogués ou des repris de justice, en cachant souvent les tares de leurs fils dans l’espoir d’une guérison, d’un retour au droit chemin ou encore simplement pour les caser. Malheureusement ses mariages arrangés, dépassant parfois les limites de l’éthique, sont voués dans leur majorité à l’échec. Il y a des femmes qui restent ici pour refaire leur vie et d’autres comme Amel préfèrent quant à elle rentrer dans leur pays d’origine. Celles qui retournent au pays sont plus nombreuses que l’on ne croit, loin des clichés de la profiteuse prise au piège.

Les noms et les lieux dans cet article ont été changé sur demande de l’interviewée

 

 

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