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Fin des contrats aidés : chronique d’une casse sociale annoncée dans les Bouches-du-Rhône

8 septembre 2017 - Dernier ajout 9 septembre 2017

La nouvelle est tombée comme un couperet, presqu’en catimini, fin août, le gouvernement et la ministre du travail, Muriel Pénicaud ont décidé de mettre un terme aux contrats aidés. Balayant d’un geste, tout un pan et un travail de plusieurs années de l’économie française. Et ce pan qui vivote, à coup de précarisation rampante, constitue pourtant les bases arrières de notre cohésion sociale, ou du moins, ce qu’il en demeure encore aujourd’hui. Ce sont les emplois dans le social, dans la culture, dans l’aide aux handicapés, dans l’éducation nationale, dans les associations caritatives, dans l’aide aux personnes âgées, dans les hôpitaux. Dans l’impossibilité de se retourner si rapidement pour trouver une solution viable, les structures se voient, du jour au lendemain, totalement désorganisées pour cette rentrée. La grogne s’organise peu à peu.


 


Le mauvais cadeau de la rentrée est arrivé : le gouvernement a annoncé le non renouvellement de 160 000 contrats aidés d’ici la fin de l’année, sur toute la France. Il prévoit de maintenir uniquement 293 000 contrats aidés en 2017, contre les 456 000 signés en 2016, avec, à terme, une nouvelle baisse en 2018. Selon le ministère du travail, ces contrats "subventionnés par l’État" sont "précaires, souvent à temps partiel" et ne peuvent être "l’instrument majeur de la politique de l’emploi". Pour la région PACA, ce sont 30 000 qui n’auraient pas été reconduits.
L’opacité semble de mise dans la communication du nouveau gouvernement. Ce que déplorent surtout les acteurs économiques concernés par ces suppressions, c’est ce brusque changement de cap de la politique de l’emploi, et surtout le manque total de communication et de transparence. Les associations, et les employeurs ont eu comme seul interlocuteur leur agence pôle emploi qui ne dispose ou ne peut divulguer d’informations claires et précises. Du coup, cela sentait le roussi dès juillet, et c’est fin août que le mot d’ordre a été donné à toutes les agences pôle emploi d’annoncer que les enveloppes pour ce dispositif d’emplois aidés étaient bel et bien…vides. D’ordinaire, la circulaire de programmation des contrats au second semestre est publiée en juin. Or, fin août, personne ne connaissait encore les clés de répartition adressée aux préfets. Si ce n’est que l’éducation, les urgences sanitaire et sociales et l’Outre-mer seraient prioritaires.

Le bien-fondé des contrats aidés n’est pas ici en discussion. On en reconnaît aussi les limites, surtout quand leur usage détourné servait à recruter des salariés hyper qualifiés, notamment dans le domaine de la culture, qui peinaient à trouver ailleurs du travail. Mais dans le marasme social ambiant, ils servaient encore de rustine à des secteurs entiers de l’économie française, qui sans eux, vont, devoir mettre la clef sous la porte. Le problème est que cette brusque annonce du gouvernement laisse subitement à l’agonie de nombreuses structures associatives et également des institutions publiques, éducation nationale, secteur hospitalier, et ceci dans le contexte de baisse drastique de financement public et de dotations de l’Etat aux collectivités.

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Photo d’une mobilisation des centres sociaux du 2 octobre 2014 devant la préfecture.© Claire Robert/Med In Marseille

Priver les centres sociaux des Contrats aidés, « C’est un peu comme tirer sur une ambulance »

A Marseille, en interrogeant les structures, souvent prises au dépourvu, juste au moment de surcroît de travail à la rentrée scolaire, la consternation à propos de décision abrupte est partagée.
Exemple, au centre social Saint-Gabriel de Marseille, où la directrice
Danielle Galus, n’a pu obtenir une réponse définitive et ferme de pôle emploi que fin août, sans avoir le temps de mettre en place d’autres alternatives pour une rentrée sereine. Ainsi 5 Contrats aidés, à plein temps, n’ont pu être renouvelés. C’étaient essentiellement des postes d’animations, proposé à jeunes éloignés du marché de l’emploi et des séniors. Le centre assure diverses missions, notamment, les temps périscolaires, dans des écoles, pour les enfants, des accompagnements à la scolarité (pour 30 groupes d’enfants) et des animations de rue. Ainsi, la directrice ne sait-elle pas si elle pourra assurer les diverses missions du centre, en 2018. Car, les contrats à plein temps prévu, sont retoqués à temps partiel et il est difficile de trouver des candidats pour des postes de quelques heures par semaine.

A l’heure où la lutte contre la radicalisation est la cause numéro 1 en France, les centres sociaux qui peinent à survivre, faute de subvention pérenne, sont acculés. Pour Richard Cochet Joseph, délégué départemental de l’Union des Centres Sociaux, le secteur n’a pas de position de principe sur le maintien des Contrats aidés, mais déplore cette suppression brutale qui n’a pas pu laisser le temps de trouver d’autres solutions. Face à des situations de terrains, de plus en plus compliquées, avec des quartiers en souffrance, et de nouvelles problématiques à gérer, cette suppression des contrats aidés, « C’est un peu comme tirer sur une ambulance », estime le porte-parole. Les centres sociaux des B-D.R avaient 500 employés sur 4000 salarié en contrat aidés, en moyenne cela faisait 6 contrats aidés par centre, en 2016. Avec la décrue permanente de moyens : « On va devoir réduire la voilure », en clair, encore moins d’offres sociales, pour des territoires confrontés à des problèmes sociaux croissants. Côté financements, les financeurs publics optent pour des financements au projet et à l’investissement et moins au fonctionnement, or ce sont ces derniers fonds qui permettent de pérenniser des actions. Tandis que les financements de la politique de la ville nécessitent sans cesse de multiples dossiers de rendus en amont et en aval des projets, chronophages pour les équipes de direction. En plus, cette année, le Conseil Général devrait retirer son aide.

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Public d’un centre social, ici lors d’une réunion logement à l’Agora. Photo © Med In Marseille

Remettre à la rue des personnes fragiles

Pour la communauté d’Emmaüs, qui est organisée en autonomie financière, la fin des contrats aidés ne va pas entraver leur activité. Mais, Kamel, le directeur d’Emmaüs Pointe Rouge, estime que le non renouvellement de 5 contrats aidés sur les 7 que comptait son antenne, est surtout préjudiciable en termes humains. Car les personnes qui travaillaient à Emmaüs en contrat aidés avec des parcours d’insertion chaotiques, avaient réussi à gagner en autonomie financière. Une mère célibataire d’une petite fille, avait, ainsi, pu sortir du foyer dans lequel elle vivait pour louer un appartement en ville. Un autre salarié, de 60 ans, se retrouve dans quelques mois, à la case RSA. L’association Fripes Insertions, créée à Emmaüs Pointe Rouge et qui emploie une vingtaine de salariée en Contrat aidé, va, quant à elle, souffrir de la fin de ces contrats.

La grogne gagne

La grogne s’organise. Le gouvernement semble avoir un peu reculé et a assuré aux représentants des maires de France, qui ont été reçus vendredi 1er septembre au ministère de la Cohésion des territoires que les préfets vont pouvoir "piocher" dans d’autres budgets afin d’assurer une rentrée scolaire et des activités périscolaires dans de "bonnes conditions", ; c’est ce qu’annonçait l’Association des maires de France qui participait à cette réunion. Ces décisions seront prises "au cas par cas", selon les besoins des communes. Le 30 août, l’Association des Maires de France (AMF) dénonçait « une approche strictement comptable » qui menace la gestion quotidienne des services publics locaux. Car les maires comptaient sur ces effectifs pour assurer l’organisation de la rentrée scolaire. De fait, la rentrée n’a pu être assurée dans différentes régions, comme à la réunion, notamment dû au manque d’effectifs pour surveiller les cantines scolaires ou accompagner les enfants en situation de handicap. Les maires de certaines régions France demandent un moratoire sur la suspension des contrats aidés, pour fin 2017 et 2018.

Les associations culturelles exsangues
Côté culture, le Syndeac, Syndicat National des Entreprises artistiques et Culturelles, appelle la ministre du Travail à reconsidérer sa position et à maintenir le nombre de contrats aidés dans le secteur non marchand en 2017 comme en 2018. Le Syndicat note aussi que : « Pour les acteurs du secteur public de la Culture, comme dans le champ de l’éducation ou du social, cette décision vient s’ajouter à la longue liste de coupes de subventions opérées du fait de la baisse des dotations aux collectivités territoriales, tandis que ces emplois sont déterminants dans la capacité de nos petites entreprises à se structurer. Dans un secteur économique fragile, la fin de ces aides à l’emploi beaucoup plus efficaces et durables que les dispositifs issus du FONPEPS aurait un effet négatif immédiat sur les projets artistiques et culturels sur tout le territoire. »
De son côté, l’Union des Centres Sociaux des Bouches-du-Rhône qui regroupe une cinquantaine d’associations gérées par les habitants, vient d’écrire une tribune que nous avons relayée sur notre site. En attendant des prochaines annonces du gouvernement, la casse sociale est bel et bien, en marche forcée.

 



 

 

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