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Expo photo : Pieter Hugo : Voyage dans l’Afrique du Sud, Post Apartheid

10 avril 2015

Figure montante de la photographie contemporaine africaine, Pieter Hugo ne cesse de livrer des images du continent africain et son pays, l’Afrique du Sud. Il a obtenu le prix Découverte des Rencontres Photos d’Arles en 2008, avec son expo évènement sur les dresseurs d’Hyènes, du Nigéria. Son dernier travail, débuté en 2007, intitulé « Kin », véritable témoignage d’une Afrique du Sud, post apartheid, fracturée socialement et racialement, est à voir, à Paris, à la Fondation Henri- Cartier Besson. Des portraits déjà iconiques, d’individus blancs, noirs ou albinos, aux regards directs qui plongent dans l’objectif du photographe côtoient des natures mortes, des images de paysages et des clichés de townships ou de périphéries de Pretoria, en plein chaos. Un voyage dans un pays, en mutation, qui peine à se reconstruire, sur les stigmates laissés par l’apartheid.


 

Loyiso Mayga, Wandise Ngcama, Lunga White, Luyanda Mzanti et Khungsile Mdolo après leur rite d’initiation, Mthatha, 2008. © Pieter Hugo, courtesy Galerie Stevenson, Le Cap/Johannesburg et Yossi Milo, New York

Pieter Hugo est un photographe blanc, citoyen d’Afrique du Sud, dans un pays à majorité noire. « L’Afrique est ma terre natale, mais je suis Blanc. Je me sens africain, quel qu’en soit le sens, mais si on demande à n’importe qui en Afrique du Sud si je suis africain, la réponse sera toujours négative. Je ne me sens pas en phase avec la topographie sociale de cette terre, et c’est sûrement la raison pour laquelle je suis devenu photographe ». Comment reconstruire un vivre ensemble, un « home », comme le dit l’auteur, sur les stigmates de l’apartheid est la question centrale du dernier travail du photographe. Intitulé, « Kin », qui signifie proche, ce projet oscille entre le reportage social et un travail artistique mûrement construit, une immersion dans l’Afrique du Sud contemporaine.


Hilbrow, 2013.© Pieter Hugo, courtesy Galerie Stevenson, Le Cap/Johannesburg et Yossi Milo, New York

Dans son propre pays, l’Afrique du Sud, Pieter Hugo creuse son sillon, là où ça fait mal, et opte pour une démarche salutaire et courageuse. Témoigner du quotidien d’un pays violent, vérolé par des inégalités criantes, revenir sur l’histoire de cette fracture, penser la place des Blancs dans cette nouvelle société, capter des images de la misère la plus crue, qui touche encore une grande partie de la population, bref redonner à l’individu, qu’il soit vagabond, ou autre, son statut d’être humain dans la grande histoire, telle est la force de Pieter Hugo. « Regarder son pays avec un œil critique, c’est se regarder soi-même et regarder son prochain. C’est ressentir le poids de l’histoire et comprendre le rôle que chacun y joue », rappelle le photographe.

En peripherie de Pretoria, 2013. © Pieter Hugo, courtesy Galerie Stevenson, Le Cap/Johannesburg et Yossi Milo, New York


Green Point Common, Le Cap, 2013. © Pieter Hugo, courtesy Galerie Stevenson, Le Cap/Johannesburg et Yossi Milo, New York

L’exposition de la fondation Cartier Bresson, à Paris, tape en plein dans cette société sud-africaine « où règne la violence ; les cicatrices du colonialisme et de l’apartheid ». Sans aucun voyeurisme, le travail de Pieter Hugo est toujours juste, refusant le dramatique, c’est pourquoi ses images, tout en nuance, délivrent un message puissant. Comme ce portrait d’un mendiant noir, saisi au vol dans un carrefour d’une grande ville, littéralement vêtu de loques, qui aspire le visiteur de l’exposition, tant son regard est chargé de misère et de désespérance.

Daniela Beukman, Milnerton, 2013. © Pieter Hugo, courtesy Galerie Stevenson, Le Cap/Johannesburg et Yossi Milo, New York

Alors qu’en Afrique du Sud, une classe moyenne noire émerge, celle de certains anciens Afrikaners blancs, elle, est en plein déclassement. Pieter Hugo a choisi de montrer cette réalité, à travers des portraits de « gueules » cassés ou de blancs pauvres, comme celui de Daniela Beukman. Ces clichés ne sont pas sans rappeler ceux qu’avait réalisés le photographe américain Walker Evans, pendant de la grande dépression de 1929, aux Etats-Unis. « Quand on pratique la photo en Afrique du sud, c’est forcément politique », juge-t-il, conscient de son rôle de passeur.


Daniel Richards, Milnerton, 2013. © Pieter Hugo, courtesy Galerie Stevenson, Le Cap/Johannesburg et Yossi Milo, New York

Celui qui s’est imposé, en quelques années, sur la scène internationale, comme le grand photographe africain, a d’abord été photojournaliste. Autodidacte, ayant grandi au Cap, il a 12 ans quand sonne le glas de l’apartheid dans son pays. Depuis une décennie, il crée une photographie engagée et personnelle, composée à partir du continent africain, comme pour mieux en saisir les spécificités mais aussi les maux.


Abdullahi Mohammed with Mainasara, Ogere-Remo, 2007. Série The Hyena and Other Men, Nigeria. © Pieter Hugo

En 2003, ce sont les albinos sud-africains qui seront son sujet d’étude. Un an plus tard, il revient sur les traces du génocide rwandais avec « Rwanda : Vestiges of a genocide ». Exposée dans différents musées du monde, son œuvre a été récompensé par des prix prestigieux comme le Premier Prix du World Press Photo, le Prix Découverte des Rencontres d’Arles (2008) ou le Prix Seydou Keita des Rencontres de Bamako (2013). Réalisé entre 2005 et 2007 « The Hyena and other men », est sans doute, l’un de ses projets les plus spectaculaires. Le photographe a immortalisé des « montreurs et dresseurs » de hyènes, de singes, de pythons, du Nigéria.

Photo extraite de la série, « There’s a place in hell for me and my friends ». © Pieter Hugo. 2011

Avec « Nollywood » en 2009, il choisit de braquer son objectif sur les comédiens du centre du cinéma africain au Nigéria, « Nollywood », une machine à fabriquer près de 1000 films par an, avec des tournages expédiés en une semaine et des comédiens sélectionnés le jour même, sur place. Un an plus tard, avec « Permanent error » Pieter Hugo signe un travail documentaire photographique sur la vie dans la décharge d´Agbogbloshie, située dans la banlieue d’Accra, la capitale du Ghana, décharge à ciel ouvert pour appareils électroniques, sur une surface équivalente à celle d´un arrondissement. En 2011, il aborde, de front, la question des distinctions raciales, fondées sur la couleur de la peau, à travers son projet « There’s a place in hell for me and my friends ». Il shoote ses amis et sa famille, Africains blancs et fait ressortir sur les photos, la mélanine de leur peau, abolissant ainsi les frontières mentales entre race « dite noire » et race « dite blanche ».


« Ann Sallies, ma nourrice, Douglas », 2013. © Pieter Hugo, courtesy Galerie Stevenson, Le Cap/Johannesburg et Yossi Milo, New York

Pour son dernier projet, « Kin », Pieter Hugo n’a pas hésité pas à porter son objectif sur les traces intimes du passé de sa famille blanche, sa grand-mère, lui-même, son fils, sa femme et de ceux qui l’ont « servie », sous l’apartheid, comme sa nourrice Ann Sallies, qui a travaillé au service de sa famille toute sa vie. Sa position d’artiste en tant que descendant d’Afrikaner oscille entre forte appartenance à cette terre africaine et la conscience des ravages causés par les Blancs et de la difficulté de vivre dans ce continent qui ne lui reconnaît pas d’appartenance. « Les questions raciales et identitaires pénètrent toutes les couches de la société, et les conséquences de la ségrégation forcée jettent une ombre indélébile », explique le photographe. Et de fait, à parcourir l’exposition, nous sommes happés par ces regards durs et infiniment tristes, qui nous signalent qu’il y a toujours quelque chose de pourri au royaume de Mandela.

Exposition Fondation Henri Cartier Bresson, Pieter Hugo, Kin
Jusqu’au 26 avril 2015. 2 impasse Lebouis, Paris 14ème

http://www.henricartierbresson.org/expositions/

Pour voir les sites de Pieter Hugo

http://www.stevenson.info/exhibitions/hugo/albino.htm

http://www.ignant.de/2013/05/08/the-hyena-other-men/

http://www.stevenson.info/exhibitions/hugo/rwanda.htm

 



 

 

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