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Expo de l’été : L’artiste Mona Hatoum, d’origine palestinienne, à Beaubourg.

15 juillet 2015

Une rétrospective de l’artiste contemporaine Mona Hatoum est à découvrir au Centre Pompidou de Paris, jusqu’à fin septembre. D’origine palestinienne, cette artiste, qui vit sa vie en exil, n’a eu de cesse de s’emparer de la question de la guerre et des frontières. A partir d’une réflexion sur le sort réservé à la Palestine, aux siens mais aussi au Liban, pays où elle est née, elle a tissé sa propre géographie du monde, qu’elle expose inlassablement. Avec une attention quasi obsessionnelle pour les cartes du monde, elle décline ces frontières à travers différents supports et installations, tapis, savons, boules de verre, hémisphère terrestre en néon... Mais son œuvre protéiforme questionne aussi, plus largement, le rapport à la réalité avec des meubles et autres objets familiers, qu’elle détourne en les agrandissant. Elle s’empare également de son propre corps, et distille des fragments de sa peau ou de ses cheveux dans ses créations sur papier.


 

Mona Hatoum en 2015

« J’ai grandi à Beyrouth dans une famille qui avait souffert d’une perte très douloureuse et vécu avec un sentiment de dislocation », c’est ainsi que l’artiste d’origine palestinienne, Mona Hatoum, née à Beyrouth, se remémore son enfance. Et cette épreuve de l’exil, de la guerre, de la domination sociale, traverse toute son œuvre d’artiste. Ses parents, Palestiniens de Haïfa, sont exilés au Liban en 1948, et n’obtiendront jamais la nationalité libanaise, mais le passeport britannique. « C’était une manière de les décourager de s’intégrer à la situation libanaise », analyse celle qui est devenue une des représentantes incontournables de la scène artistique contemporaine internationale. L’exposition du Centre Pompidou qui lui est consacrée, propose la rétrospective la plus complète, à ce jour, de l’artiste, avec pas moins d’une centaine d’œuvres, conçues de 1977 à 2015.

Mona Hatoum a aujourd’hui la nationalité britannique. En 1975, alors en voyage à Londres, la jeune Mona est surprise par la guerre civile libanaise. Ne pouvant regagner son pays d’adoption (Le Liban), elle est contrainte de rester dans la capitale britannique et entame des études d’art (Byam Shaw School of Art, puis la Slade School of Fine Art). Elle y vit depuis cette époque, partageant son temps entre la capitale britannique et Berlin. L’artiste ne fait donc pas partie de la « scène libanaise », mais est davantage associée à celle des artistes internationaux. L’exil, mais aussi le voyage sont également au cœur de son œuvre. Car Mona Hatoum, toujours en mouvement, multiplie les résidences d’artistes à l’étranger. Elle s’est d’ailleurs rendue à Marseille en 2012, à l’occasion de Marseille 2013, invitée par le Cirva, (Centre international de recherche sur le verre et les arts plastiques). Elle y fit créer des formes en verre rouge, sorte d’organes ou créatures étranges, éléments pour son installation intitulée « Cellules » que l’on peut voir à Beaubourg.

Installation de Mona Hatoum, "Cellules", réalisée, en partie, à Marseille en 2012 au Cirva


Hétéroclite, son travail a débuté à la fin des années 1970, par des performances et des vidéos, puis s’est enrichi de photographies, installations diverses, détournements d’objets, photographies, sculptures en métal et œuvres sur papier.
De grande qualité, les vidéos de ses débuts, parfois chocs, sont autant de tentative de repossession du corps humain, malmené par le monde qui nous entoure, la guerre, les conflits, la violence, le contrôle social et politique. Ces œuvres performatives explorent « les notions de déplacement et d’éloignement, de souffrance et de révolte, d’urgence et de provocation, d’énergie et de résistance aux évènements politiques qui affectent les pays en voie de développement, mais font aussi écho aux tensions et à l’opposition des années Thatcher, où, dans un contexte de décolonisation, le gouvernement britannique adopte une position post-impériale et accorde peu d’importance aux artistes étrangers ».

Les performances vidéos chocs des années 1980. Mona Hatoum

L’univers de Mona Hatoum s’est étoffé, au cours des années 2000, d’une expression poétique, voir surréaliste avec un détournement d’objets familiers. Ainsi, à Beaubourg, les visiteurs pourront déambuler entre d’étranges râpes à fromage, pliables de l’époque victorienne, agrandies aux dimensions d’un paravent.

Les râpes à fromage surréalistes des années 2000

Ces Grater Divide sont à la base des objets inoffensifs du quotidien et agrandis à la taille humaine pour en faire des structures menaçantes.

Les grenades en verre

« +and », œuvre cinétique qui utilise le sable

Autre découverte, le « +and », œuvre cinétique qui utilise le sable. Sur le sol, un étrange bac à sable, tout en cercle, fait l’objet de constantes mutations quasi hypnotiques. Un bras pivotant et motorisé, qui affleure la surface du sable, divise le cercle en deux parties, l’une plate, l’autre faite de sillons. Cette symbolique envoûtante du cycle la vie aborde le thème des forces opposées qui régissent la force vitale.

« Impenetrable », installation de Mona Hatoum

L’autre pièce spectaculaire, qui emplit un large espace à Beaubourg est l’installation intitulée, « Impenetrable » Un grand cube suspendu de 3 mètres de côté a été agencé à l’aide de barres de fil de fer barbelé. Cette structure légère, aérienne, suspendue à 10 centimètres au-dessus du sol est, de loin, d’un réel esthétisme. Sauf que lorsque le visiteur s’approche, sa vision est rapidement assombrie par la découverte des fils de barbelés, rappelant, ceux des camps, des prisons ou des check Points.

« Impenetrable », installation de Mona Hatoum



Mona Hatoum puise également dans ses racines et reprend des thèmes iconiques du Moyen-Orient qu’elle réadapte.

Le « Keffieh », brodé de cheveux de femmes

Ludique et déroutante, l’installation intitulée « Keffieh » est inspirée du couvre-chef arabe traditionnel, avec son motif blanc et noir caractéristique. Sauf que le Keffieh que Mona Hatoum livre ici, est brodé avec des mèches de cheveux humains. « La délicate broderie de longs cheveux de femme subvertit ce symbole de la masculinité et suggère le long labeur de la colère retenue et des protestations silencieuses. »

« les douze fenêtres « Twelve Windows », 2012

De la même manière, la proposition « les douze fenêtres « Twelve Windows », conçue en 2012-2013, expose douze pièces de broderie palestinienne traditionnelles, dans un espace traversé par des câbles d’acier. Ces panneaux ont été brodés par des femmes artisanes, réfugiés dans les camps palestiniens du Liban et employées par une ONG libanaise (Inaash). L’objectif est de préserver un art traditionnel menacé d’extinction par la dispersion des Palestiniens dans la région. « L’action de broder devient ici un acte de résistance face aux ruptures causées par l’exil ». Chaque « fenêtre » représente, par ses motifs, ses points et ses dessins, une grande région de Palestine. « Les panneaux forment une carte visuelle de la Palestine, une métaphore de son territoire morcelé ».

Au fil de la visite, on tombe sur cette notion de frontières floues, problématiques ou conflictuelles que l’artiste se réapproprie continuellement. Ainsi, dans « Present Tense » (1996-2011), Mona Hatoum a disposé sur le sol, 2 200 pains de savon à l’huile d’olive, savons traditionnellement fabriqués dans la ville de Naplouse au nord de Jérusalem. En y enfonçant des perles de rocaille en verre rouge, elle a tracé la carte définie par les accords de paix d’Oslo de 1993, entre Israël et Palestiniens et délimité visuellement les territoires qui devaient être restitués à l’autorité palestinienne. Résultat, elle fait ressortir le territoire totalement morcelé en îlots disjoints laissé au contrôle palestinien.

Les points chauds du globe vus par l’artiste

Autre géographie proposée par l’artiste, celle d’un hémisphère terrestre, d’environ 1,5 mètre de diamètre. Des tubes de néon rouges tracent le contour des continents à la surface de ce globe, revisité. L’œuvre, « Hot spot » (« points chauds »), suggère que les « points chauds », les points de conflit, ne se limitent plus aujourd’hui à quelques régions frontalières mais s’étendent au monde entier.

L’installation "Map (clear)" de 2014

De son côté, l’installation Map (clear) de 2014, visuellement très belle couvre une grande partie de l’exposition de Beaubourg. Mona Hatoum a conçu une carte du monde géante, composée de billes de verre, de 20 mm de diamètre. Mais les billes ne sont pas fixées au sol, de sorte que la carte est instable et vulnérable puisque les vibrations des mouvements des visiteurs peuvent en faire bouger des parties, voire la détruire.

La rétrospective de Beaubourg a le mérite de dévoiler l’entière création de Mona Hatoum. On peut ainsi suivre l’évolution de son travail, au fil des années. Et c’est la première fois que sont restituées certaines vidéos de ses débuts. Comme celle, où l’artiste se met en scène, allongée sur une table et enroulée dans de la cellophane avec des organes sanguinolents qui débordent peu à peu de son corps. Ce corps, elle le questionne et l’expose. Avec « Corps étranger » (1994), sa dernière performance, Mona Hatoum filme l’intérieur de son corps, à l’aide des techniques médicales modernes (endoscopie, coloscopie, échographie...). Images qu’elle projette au sol, dans une pièce circulaire. Ce corps donc, « On peut marcher dessus. Il est avili, déconstruit, objectifié. Par ailleurs, c’est le corps terrifiant de la femme tel que la société le construit. […] Je voulais que cette œuvre parle du corps sondé, envahi, violé, déconstruit par l’œil scientifique », explique l’artiste.

Vidéo "so much I want to say"

On pourra également découvrir l’une de ses premières performances, intitulée Unemployed (chômeurs), filmée dans les rues de Londres, pour dénoncer le chômage des années Thatcher.
A l’entrée de l’exposition, on est également rapidement happé par une vidéo, intitulée « So much I want to say (1983) ». Cet autoportrait filmé, où Mona Hatoum tente de s’exprimer, alors que sa bouche est bâillonnée par deux mains masculines est particulièrement frappant et peut directement renvoyer à la censure à laquelle est exposée l’artiste, ou à sa condition de femme.

 



 

 

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