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Etat des lieux 2016 à la cité de l’Ariane à Nice.

4 mars 2016 - Dernier ajout 5 mars 2016

Nous sommes partis à la rencontre de jeunes issus des quartiers populaires de Nice plus particulièrement ceux du quartier de l’Ariane situé au Nord-est de la ville. Basé au sein de la ville de Christian Estrosi, ce quartier est notamment connu pour sa sulfureuse réputation qu’elle ne mérite pas toujours. L’Ariane est devenu en prés de 30 ans, une citée défavorisée aux infrastructures inexistantes et aux lieux vétustes qui comptent à ce jour environ 15 000 habitants même s’il est difficile d’obtenir un chiffre précis. Composé de 62% d’HLM et d’un taux élevé de chômage qui touche 1/3 de sa population, l’Ariane est l’un des plus vieux quartiers de Nice. Dans ce quartier qui a connu plusieurs vagues d’immigration en quelques décennies, un problème d’identité semble être posé. Pour la métaphore, rappelons qu’un fil d’Ariane, en plongée sous-marine est le filin que le plongeur tire derrière lui afin de pouvoir retrouver son point de départ, et remonter à la surface. Depuis des années cette cité à touché le fond, nous sommes donc partis voir les jeunes de la cité pour savoir si ce quinquennat leur a redonné un peu d’oxygène. Ils se sont confiés sur leur quotidien au sein de la cité, leur parcours personnel et leur vision de la politique actuelle. Entretien à cœur ouvert avec une jeunesse au visage fermé.


 


Ce jeudi 03 mars, nous arrivons dans l’antre de la cité décidés de prendre le pouls du quartier, à N-1 des présidentielles en donnant la paroles aux jeunes de la cité. Nous traversons le quartier qui est situé en périphérie de la ville, excentré entre un vieux cimetière et des usines qui témoignent de son histoire. En bas de chaque bloc se joue le même spectacle : des allers-retours incessants de consommateurs, chaque immeuble est le lieu d’un trafic de drogue ou les gens vont faire leur « course » et se ravitailler comme dans un supermarché.

A notre arrivée en bas d’une de ces tours où des jeunes sont censés nous recevoir, nous sommes frappés par le spectacle plein de vie qui s’offre à nous. Dans la cour de l’immeuble, le bruit des enfants qui jouent au ballon se mêle aux éclats de rire assourdissant des jeunes du quartier. C’est dans cet endroit plein de vie, de rire et de bruit que nous sommes accueillies.

Autour d’une table de fortune, en train de jouer à une partie de poker, six jeunes attendent notre arrivée, le regard inquisiteur et méfiant, visiblement peu rassurée par la réputation que leur font les journalistes. Ils sont âgés de 18 à 30 ans, français d’origine comorienne, cap verdienne, marocaine ou encore européenne et ils ont tous passé leur vie dans ce quartier. Après le partage d’un café et une certaine confiance installée, l’entretien peut enfin commencer mais à condition qu’on ne prenne pas de photos des jeunes.

Vous êtes nés dans le quartier, trouvez-vous qu’il y a eu une amélioration de votre situation (logement, propreté, travail etc.) ?


• Mustapha :
Ils ont repeint les murs et les façades mais c’est juste un cache-misère, tout est toujours pareil. Les logements sont insalubres alors que le droit au logement c’est vital. Il n’y a rien à faire dans le quartier et on galère encore plus à trouver un travail qu’avant. Aucun d’entre nous n’est diplômé ici à part quelques exceptions. La mission locale et l’ANPE nous traine à la chaîne comme du bétail sans jamais nous offrir de solution. C’est pour ça aussi qu’on a recours à la rue et qu’on vend de la drogue, c’est notre seul moyen de survie. La rue, c’est la seule qui nous offre quelque chose.
• Marco : C’est dur, presque impossible de trouver un travail quand on est noir, sans diplôme et que sur le CV figure l’adresse de notre quartier. Entre nous et un « Bernard », on ne va pas se mentir, on sait qui est pris par l’employeur. Le racisme et la discrimination ça nous poussent à arrêter d’essayer, on est blasé de chercher du travail et d’avoir toujours les mêmes réactions en face de nous. Alors on fait tout pour se débrouiller par nous-mêmes parce que ce pays nous a laissé seul.

Vous avez tous été déscolarisé très tôt, pouvez nous en expliquer les raisons et nous parler de votre parcours scolaire ?


• Marco :
Le parcours scolaire pour nous tous est simplement catastrophique. On est obligé d’aller en cours jusqu’à nos 14 ans donc pour la grande majorité on a tous arrêté vers cet âge là, après le collège. On est tous allés en ZEP ici, on a regroupé tous les jeunes de quartiers dans les mêmes écoles. Inutile de vous dire que c’était dur de suivre les cours dans ces conditions. Les professeurs ne nous aidaient pas vous savez, bien sûr il ne faut pas généraliser on a pu croiser des professeurs qui étaient bien mais honnêtement, il y en avait peu de braves.
• Abdel : L’école moi c’est ce qui m’a flingué. Toute ma scolarité les professeurs et les conseillères d’orientation m’ont répété que j’étais un bon à rien, on m’a même souvent dit que je finirai par vendre de la drogue alors que je n’avais que 10 ans à l’époque. On l’entend tellement à force qu’on finit par y croire, on lâche tout et on finit par quitter l’école sans diplôme comme les professeurs nous l’avaient toujours prédit. Au fond, ces gens là ont gâché mon enfance, je vous le dis comme je le pense. Au quartier, il n’y a que des talents gâchés. On aurait pu tous faire tellement de chose je pense, si quelqu’un avait pris la peine de nous dire qu’on pouvait le faire au moins une fois dans notre scolarité. On n’a pas eu les mêmes chances de réussite que les autres c’est clair.

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Quartier de l’Ariane

Avez-vous voté aux dernières élections présidentielles et/ou aux législatives ? [Sur les six jeunes présents, seul Yassine affirme avoir voté].

• Yassine :
« Personnellement j’ai voté pour Christian Estrosi aux dernières élections régionales, il a pour adjointe au maire Mme Fatima KHALDI BOUGHROUM qui nous permet d’obtenir des appartements et des HLM plus facilement. Pour cette raison vous savez, Estrosi est bien accueilli dans le quartier. Il ne se contente pas de nous promettre des appartements, il le fait.

N’avez-vous pas l’impression qu’il s’agit la d’une forme d’achat de vote dans la mesure où vous affirmez voter pour lui car l’on vous promet des HLM ?


• Yassine :
Je n’avais jamais vu ça comme ça… Je n’ai aucune idée de la politique menée par ce Mr Estrosi, je ne sais même pas s’il est de gauche ou de droite. Tout ce que je sais c’est que son adjointe aide souvent les familles du quartier à être relogé c’est pour ça que je vote pour lui.

Pour tous les autres qui n’ont pas voté, pouvez-vous nous expliquer les raisons de cet abstentionnisme ?


• Mustapha :
Il n’y a personne pour nous représenter ou faire valoir nos droits. La gauche n’est plus ce qu’elle était, au moins durant la génération de nos parents il y avait Mitterrand et d’autres qui appliquaient une politique de gauche mais aujourd’hui il n’y a plus personne de gauche au gouvernement.
• Abdel : On ne nous prend même pas pour des français ici à cause de notre couleur de peau donc ça ne nous donne pas envie de voter ou de nous intéresser à la politique. Les politiques ne savent faire que des promesses pour rien et on sait que rien ne changera, c’est pour ça qu’on ne perd pas notre temps à voter.

On parle beaucoup dans les médias du phénomène de « radicalisation » qui gangrène les banlieues, avez-vous constaté des cas de radicalisation ou une augmentation de ce type de phénomène ?


• Sébastien
 : Honnêtement, on en parle beaucoup dans les médias mais je n’ai jamais vu personne sur l’ensemble des quartiers de Nice se radicaliser. Parfois on entend qu’un tel ou qu’un tel serait devenu salafiste mais au final il n’y a jamais de preuve ou quoi que ce soit de fondé.
• Abdel : C’est des conneries, on essaye de survivre, la plupart des jeunes vendent de la drogue ici alors vous savez on est très loin de penser à aller faire le Djihad en Syrie. La plupart des gars dans le quartier qui rentre dans la religion musulmane se range après, ils arrêtent de trainer et de vendre donc nous on le voit ici comme une bonne chose. Ça doit surement exister des gens qui se radicalisent dans les quartiers mais pas plus qu’en ville je pense car dans notre quartier et même dans les autres de Nice on a rien constaté de tout ça.

Comment voyez-vous votre avenir professionnel plus tard ? Souhaitez vous rester dans le quartier ou aspirez-vous à le quitter ?


• Yassine :
C’est la merde ici, tout le monde cherche à partir. Pas seulement du quartier mais du pays. C’est le déclin en France, je pense même à retourner dans mon pays d’origine, le Maroc. Beaucoup de jeunes retournent au bled ces derniers temps, on sent qu’on n’a plus rien à faire ici.
• Sébastien : Moi j’aimerais bien rester au quartier. Le quartier, c’est un lieu de vie ou tout le monde se connait. On y apprend le respect, l’entraide et la solidarité. Il n’y a pas que des mauvais côtés. On peut réussir et rester au quartier, l’important c’est de se poser et d’avoir un travail, enfin un travail qui soit légal (rire).
• Mustapha : On est né dans ce quartier mais on n’arrive pas à en sortir. On aimerait en sortir et que les choses s’accélèrent mais c’est compliqué. C’est vrai que j’aime mon quartier et qu’il y a des bons côtés mais soyons honnête, aucuns parents n’auraient envie de faire grandir ces enfants dans un tel endroit, moi j’aspire à m’en aller. Qu’on reste ou qu’on parte du quartier, on veut juste s’en sortir »



Ainsi va la survie pour les jeunes de la cité de l’Ariane, l’abstentionnisme de ces jeunes s’expliquent donc majoritairement par le fait qu’ils aient perdu l’espoir de remonter à la surface. Pour l’instant le fil d’Ariane, ils ne l’entrevoient toujours pas pour l’horizon 2017 !

PS : Par souci d’anonymat, les prénoms des jeunes ayant accepté de nous répondre ont été modifiés.

 



 

 

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