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Entretien avec Maliza Saïd Soilihi, une autre voix de la communauté franco-comorienne de Marseille

17 août 2015

En cette période estivale nous avons suivi le retour sur la scène médiatique d’un vieux problème de colonisation que se traîne la France de 2015, Mayotte, revendiquée par l’Union des Comores. Le boycott par les athlètes des Comores des Jeux des Iles de l’Océan Indien, la célébration de l’anniversaire des trente ans de l’accession au pouvoir d’Ali Soilih organisée à Marseille et dans l’archipel et le 40ème anniversaire de l’indépendance du 6 juillet 1975 sont autant d’évènements déclencheurs qui nous ont donné envie d’aller à la rencontre de la communauté comorienne de notre ville qui compte 120 000 membres et que les intéressés nomment la « Cinquième île ». Pour en savoir plus nous avons eu un entretien avec Nouriati Djambae, appartenant à EELV, élue de la cité phocéenne et de la communauté urbaine que nous avons publié et pour respecter la pluralité des opinions nous avons interviewé Maliza Saïd Soilihi, appartenant à la majorité municipale de Jean-Claude Gaudin, Conseillère municipale déléguée, chargée des crédits européens et du site internet de la ville


 

Née au Plan d’Aou dans une famille qui a participé depuis longtemps à faire l’histoire des Comores, mais pleinement marseillaise, elle a eu un grand-père grand résistant, décoré de la Légion d’Honneur. Son cursus d’études est brillant, du Lycée Sévigné à la préparation d’une thèse sur l’organisation administrative des Comores avec un Master II de droit international dont le mémoire portait sur les opérations internationales de maintien de la paix avec comme exemple, le cas de la sécession d’Anjouan, île qui avait voulu se séparer en son temps de la République Islamique des Comores et dont le retour dans le giron de la mère patrie passa par la création de l’Union des Comores que nous connaissons aujourd’hui. Jeune trentenaire, femme active et maman, lettrée, passionnée et compétente, voilà ce que nous ressentons aux premiers abords de notre édile.

Mais la chose la plus surprenante, c’est des similitudes de vues et d’analyse avec Nouriati Djambae sur les événements des Comores qui ont suscité nos articles. Opposées politiquement en métropole nos deux grandes dames sont pour que Mayotte rejoignent les autres îles et que l’archipel soit uni. Un nationalisme comorien tout en douceur, tout en nuance, mais ferme sur le fond. » Ce que femme veut, dieu le veut », disait le bon roi François 1er. Qu’on se le dise. Dans notre discussion j’ai rappelé que les îles n’avaient jamais été unies politiquement avant la colonisation. Maliza Saïd Soilihi a évoqué les conflits anciens ainsi que le surnom des Comores : les îles des sultans batailleurs. Elle a évoqué les mauvais rapports avec les souverains de Madagascar et nous a raconté l’histoire terrible des filles du village de sa famille : Iconi, qui préférèrent se jeter toutes d’une colline surplombant la mer plutôt que d’être capturées lors d’un raid malgache et vendues comme esclaves ou mariées de force. Histoire tragique d’une zone déjà sous tension il y a bien des siècles. Pour en revenir à la période contemporaine, elle situe le début de la rivalité entre Mayotte et le reste des Comores à un moment précis, le transfert de la capitale administrative de l’archipel de Dzaoudzi à Mayotte à Moroni sur la Grande Comore que vota le 14 mai 1958 l’Assemblée territoriale par 26 voix pour (les élus des trois îles) et 4 contre les voix des Mahorais. Je me permets de rajouter à cette analyse le décès de Georges Nahouda, créole d’une mère malgache et d’un père européen, partisan de la départementalisation avec son Union de défense des intérêts de Mayotte, formation pro-française que son neveu Marcel Henry transformera en Mouvement Populaire Mahorais refusant l’indépendance et qui mènera à la sécession de l’île. Comme quoi nous avons affaire à un problème bicéphale franco-comorien et comoro-comorien. Rien n’est facile même sous le soleil des tropiques et comme nous le disions dans l’article précédant il y un conflit entre le droit constitutionnel français et le droit international qui donne raison à la revendication territoriale de l’Union des Comores. Nous sommes partis pour une guerre de cent ans de procédure, surtout depuis la départementalisation de Mayotte. Avançant dans notre échange, Maliza m’a présenté le contenu de ses travaux de thèse, derrière la conseillère municipale de Marseille qui s’investit pleinement pour ses administrés qui lui ont fait confiance, se cache bien une chercheuse en droit constitutionnel qui œuvre entre pays de naissance et pays d’origine à fournir de la matière à réflexion aux politiques des Comores sa seconde patrie, une action humanitaire. Même si ce n’est pas le sujet aujourd’hui, je pense qu’il faudra l’interroger sur son regard qu’elle porte sur la Métropole Aix-Marseille en cours de création, à suivre… Premier constat de Mme Saïd Soilihi, c’est l’inertie politique de l’archipel provoquait par les institutions actuelles. Nous avons un président de l’Union des Comores, une Assemblée nationale de l’Union et pour chaque île un Conseil de l’île. Un gouvernement de l’Union et un gouvernement dans chaque île. Tout est dupliqué même la fonction publique. D’où des conflits de compétences permanents et une constitution floue qui laisse des interprétations larges et conflictuelles. C’est le blocage partout. Maliza Saïd suggère une réforme du pouvoir exécutif et la refonte de la constitution de 2009. Avec en ligne de mire une réduction drastique des dépenses et un pouvoir en prise réelle avec les réalités du temps. Pour l’instant nous avons 7 autorités qui se partagent le pouvoir exécutif, trois gouverneurs (quatre si Mayotte rejoint l’Union), trois vice-présidents, etc. Notre experte veut déjà fondre la fonction de gouverneur avec celle de vice-président et supprimer un échelon. Elle veut une présidence tournante de l’Union, ce mandat renforcera le sentiment national tout en préservant l’autonomie des îles. Au président national, les pouvoirs régaliens (monnaie, défense, etc.). Voilà une des solutions possibles. Saviez-vous qu’il y a quelques décennies les Comores possédaient leur compagnie aérienne et ses personnels administratifs étaient reconnus pour leurs compétences et menaient des actions de coopération dans tout l’Océan Indien et plus particulièrement aux Seychelles ou à Maurice. Les temps ont bien changé. Cette réforme c’est aussi ramener la stabilité politique et juridique pour séduire les investisseurs potentiels. De la relance de la production agricole de produits à haute valeur ajoutée jusqu’aux recherches de pétrole et de gaz off-shore les Comores ne manquent pas d’atouts, le premier étant sa situation géographique stratégique. Malgré son optimisme Maliza Saïd Soilihi pointe aussi un problème important pour changer le paysage politique aux Comores. Le manque de jeunes engagés qui hésitent à s’investir dans une formation, cela s’explique par le désenchantement d’une génération et leur désamour pour la question politique. Il y a environ 57 partis aux Comores mais leurs candidats ont souvent la cinquantaine et ont connu la période d’Ali Soilih. En 2015, nous avons eu les premières élections municipales depuis l’indépendance. Pour cela une loi avait été votée et prévoyait une prime en siège à la liste arrivée première afin de dégager une majorité pouvant exercer pleinement le pouvoir. Entre la loi, la publication des décrets et l’inscription au Code Electoral, le texte a été modifié, supprimant cette prime en siège et rendant difficile la proclamation du résultat final pour connaître qui avait gagné avec un système d’alliances toujours fluctuant. Des élections présidentielles sont prévues dans six mois et nous savons que la diaspora qui a un énorme pouvoir économique ne peut pas voter. Même si des changements sont voulus comment faire le recensement des votants, établir des listes électorales, organiser le vote en si peu de temps. Surtout qu’il y a toujours la peur des Comoriens de là-bas voir les Comoriens de la diaspora devenir les arbitres du pouvoir, les faiseurs de rois. Marseille la « Cinquième île » risquerai de décider pour les Comores. Les besoins de réforme sont immenses et dans tous les domaines, exemple la création d’un fond comorien de la diaspora pour gérer l’argent envoyé et en faire bénéficier tout l’archipel. Pour l’instant nous n’avons que des associations qui agissent en ordre dispersé œuvrant pour une commune ou quelques communes sans coordination. A Moroni, il n’y a pas de plan d’urbanisme et la construction dépend souvent du bon vouloir des membres de la diaspora. Il faut créer un réseau national sur le monde de la tontine. Maliza Saïd Soilihi a décidé de gravir la montagne, souhaitons lui toute la réussite possible. Mais revenons à Marseille, elle nous signale qu’il a fallu attendre 1995 pour qu’un élu originaire des Comores soit conseiller d’arrondissement, 2008 ce fut la première conseillère municipale Elizabeth Saïd et en 2014 Maliza Saïd Soilihi devint conseillère municipale déléguée, Ismaïl Ali, Nouriati Djambae et Saïd Ahmada aussi eurent leur siège. Profitant de ce rappel historique, je lui ai demandé comment s’était passé sa première année de mandat. Elle a d’abord remercié Sabine Bernasconi et Dominique Tian de la confiance qui lui avaient témoigné en la plaçant en position éligible dans un secteur clef de la ville qui allait décider de la nouvelle victoire de Jean-Claude Gaudin. Pour elle ce fut un peu comme une rentrée des classes, quand on passe du primaire à la sixième. Il fallait trouver ses marques. Mais grâce à Yves Moraine, à Martine Vassal et Jean Roatta cette épreuve s’est bien passée, la jeune candidate est devenue de plus en plus une élue en prise directe avec les affaires de la cité. Elle s’est d’abord attelée à sa première délégation le site internet de la ville de Marseille et elle nous annonce qu’en septembre, au moment de la Foire de Marseille, nous pourrons découvrir le nouveau site de la ville complètement refondu. Il intégrera des nouvelles applications et surtout permettra aux marseillais d’effectuer de nouvelles démarches en ligne. Belle réalisation en si peu de temps. Puis nous avons abordé sa délégation la plus complexe celle concernant les Fonds européens ou elle travaille en étroite collaboration avec Jean Roatta. Avec comme tâche importante l’identification des fonds pouvant être éligibles pour des actions de la ville de Marseille, avec la Métropole qui arrive et la réforme régionale qui se mettre ne place après décembre 2015, c’est un exercice ardu. L’exercice budgétaire européen 2014-2020 et ses lignes de financement doivent être analysés finement. Maliza a déjà identifié des pistes exploitables au niveau des énergies renouvelables et réfléchi par exemple à comment en faire bénéficier l’éclairage de la ville ce qui représente des sommes importantes. Elle nous fait connaître son ambition de développer la coopération décentralisée sans oublier un chantier possible à mettre en œuvre en Marseille et Moroni maintenant que les maires sont démocratique élus aux Comores, nous parlons de la coopération Marseille-Dakar, de la maison des associations de Marrakech avec tout le travail réalisé par Loïc Giraudon pour la ville et des accords entre la région PACA et la région de Casamance au Sénégal ou l’association ICD-Afrique basée à Marseille et présidait par Henri Dalbiés est fortement impliquée. Elle évoque la possibilité de créer un pôle Afrique à la ville dans le domaine de la coopération décentralisée, action impulsée par Jean Roatta et réfléchie avec l’équipe de la Direction des Relations Internationales et Européennes. Mais Maliza Saïd Soilihi regarde aussi vers le nouveau monde et envisage des liens étroits avec Miami, peut-être que l’effet croisière à Marseille a-t-il un peu influencé son choix. Je la remercie de nous avoir accordé cet entretien et je suis persuadé que nous entendrons beaucoup parler de ses actions dans les mois à venir, bon mandat madame et nous attendons la soutenance de votre thèse avec impatience.

 

 

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