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Entretien avec Isabelle Bonnet, tête de liste Lutte Ouvrière pour les régionales de décembre 2015

2 novembre 2015 - Dernier ajout 3 novembre 2015

Il y a des jours où cela fait plaisir de rencontrer des femmes politiques qui vous ressemble, j’oserai dire même si le mot n’est plus en odeur de présidentialité : « normale ». Isabelle Bonnet exerce une profession, elle est enseignante à Marseille dans un lycée professionnel à la Barasse. Elle est immergé dans un secteur qui dépend en grande parie du pouvoir régional pour son fonctionnement et son entretien. Elle est aux premières loges pour que la crise s’aggrave. Un peu comme une vigie sociale elle voit et ressent le mal être qui s’amplifie. Aucune amélioration en vue. Elle vit dans le 3ème arrondissement autre haut lieu de la souffrance dans notre ville et fort de sa natalité importante elle constate que les écoles primaires et les crèches sont surchargées à l’extrême. On a recours souvent à des préfabriqués que l’on installe à la va vite dans les casernes désaffectées du secteur. Classes de maternelles et de primaires comptent plus de 28 enfants en moyenne. C’est un recul, un abandon du service public de l’enseignement. C’est les mêmes enfants très tôt en échec scolaire qui arriveront un jour dans sa classe.


 


Elle pointe que l’école ne joue plus son rôle d’accès à la culture et ne génère même plus un appétit de culture chez les enfants. Pourtant tout se joue à la maternelle, surtout quand la langue de la famille n’est pas le français. En plus quand elle attend les politiques insister sur le fait de former les enfants et les adolescents, elle pose la terrible question : « Pour quel travail ! » Parce que des emplois il n’y en a pas. Le chômage des jeunes c’est 25% de moyenne et beaucoup plus dans les quartiers défavorisés. C’est ce manque d’emploi qui est à l’origine de biens des maux de la société. C’est effrayant. Et à la matière ce n’est pas la région même avec des pouvoirs élargis qui pourra grand-chose. La finance et les grands patrons ont le vrai pouvoir. Les politiques même locaux ne sont que des serviteurs des nantis, obéissant aux injonctions patronales. Les millions distribués ne servent à rien. Le nombre des chômeurs ne fait qu’augmenter. C’est la multiplication des emplois aidés et de la précarité. A Marseille où se multiplient les centres commerciaux on multiplie les emplois à temps partiel et les salaires de misère. Le patronat veut faire du dimanche un jour comme les autres pour ne plus avoir de majoration à payer quand les gens travailleront ce jour là. Elle a vu dans l’est marseillais les fermetures d’entreprises remplacées par rien. Tout un tissu industriel est détruit. Le fléau est national. Il faut l’interdiction des licenciements et cela sous la pression populaire et partager le travail. Les attaques contre les 35 h sont un rideau de fumée des patrons. La crise de 2008 est passée et les profits ont augmenté de 38% pour les poids lourds du CAC 40 au premier trimestre 2015. Ils accroissent leurs bénéfices en usant les travailleurs jusqu’à la corde. L’accord sur les retraites complémentaires qui vient d’être signé n’entérine qu’un allongement du temps de travail. Les experts disent que pour vivre à minima il faut un salaire de 1400,00 € nets soit 300,00 € de plus que le salaire minimum actuel.
Tout est dit. Sous Giscard d’Estaing qui n’avait rien d’un ami des travailleurs, l’impôt sur les sociétés était de 50%, tous les gouvernements confondus de droite et de gauche l’ont fait chuter à 37%. Partout les grands groupes font jouer l’optimisation fiscale qui s’appuie sur les lois votées par le parlement. Entendant son discours qui a un accent très marqué par la politique nationale je lui pose la question sur la candidature de sa liste aux régionales, lui demandant ce qu’elle en entend en dehors d’une candidature témoignage de la présence de son parti dans ce scrutin.

Pour elle, elle veut représenter une fraction de la population qui en a assez d’être sacrifiée. Elle veut les faire voter pour qu’ils puissent exprimer des revendications qui sont essentielles à la dignité de l’individu. Une élection pour faire remonter la colère, cette colère consciente qui doit aider pour marquer un coup d’arrêt à une politique qui conduit notre société dans le mur. Voter permet d’exprimer les choses le plus clairement possible : on doit intensifier la lutte des classes et le dialogue social actuel est bidon. Elle revient sur le cas d’Air France et dénonce la classe médiatique qui a parlé d’un lynchage de dirigeants pour une chemise déchirée. Elle rappelle que Marion Maréchal Le Pen, tête de liste FN en PACA, défend les patrons. Il y a partout beaucoup de violence sociale qui ne débouchent que très peu sur de la violence physique. Mais il faut multiplier les coups de colère et se mobiliser. La violence est dénoncée que quand elle vient des travailleurs. Tout ce qui remet en cause le pouvoir capitaliste est combattu sans pitié. Elle dénonce la désorientation du monde du travail et le vol de tout espoir de changement par les notables socialistes. L’alternance gauche droite ne change rien. A la présidentielle de 2012 Nathalie Artaud n’a pas appelé à voter François Hollande parce que son programme ne s’attaquait pas à la crise. Il avait choisi déjà le camp des patrons. Avec le gouvernement actuel le patronat arrive à ce qu’il veut. Dans la situation actuelle, je lui dis que je m’étonne que sa formation ne recueille pas plus de voix et je lui fais part du besoin pour certains électeurs populaires qu’elle clarifie sa position sur les flux migratoires et l’immigration une des causes du basculement d’une partie du corps électoral de la gauche vers le Front National. Elle reconnaît que nous avons laissé des cités se transformer en ghetto, que les violences ne sont le fruit que des actions d’une minorité de personnes et que l’adversaire à combattre reste le chômage de masse. Pour en revenir aux régionales et à son programme, elle veut que la région cesse de subventionner les entreprises capitalistes. L’argent public doit être pour les services publics. Elle insiste par exemple sur le dysfonctionnement des chemins de fer en PACA ou des trains sont annulés faute de cheminots. Elle dénonce le faible nombre de kilomètres de voies ferrées par habitants. Un sous-équipement manifeste. Sans compter les retards et la faiblesse de la vitesse moyenne des trains ainsi que les tarifs. Sur le plan de la formation elle ne tient pas à favoriser l’apprentissage dans les CFA comme ils fonctionnent actuellement étant des pourvoyeurs de main d’œuvre pas cher pour les patrons. Elle est pour aider mieux l’enseignement professionnel public. Elle signale le manquement criant de personnel technique dans les établissements sous la tutelle de la région.

Elle veut que ce soit la Région qui soit en charge directement de la rénovation et de la construction des établissements et pas les géants du BTP qui en profitent pour faire des gains énormes et prendre des marges outrancières sur les chantiers publics. Elle nous fait souvenir du scandale de corruption sur les marchés des lycées en Ile de France déjà dirigée par M. Huchon où on avait vu les grandes entreprises du secteur de la construction mettre en place un pacte occulte pour court-circuiter les appels d’offres. Enfin nous terminons sur la composition de sa liste. Soucieux de savoir si la diversité était présente chez LO, elle me répond qu’avant tout c’est une liste qui laisse la place aux salariés, aux ouvriers, aux employés, aux personnels hospitaliers, une liste de travailleuses et de travailleurs. Elle insiste qu’avec les faibles moyens de sa formation ils feront une campagne basée sur le bénévolat et la mobilisation des militants. Merci Isabelle Bonnet.

 

 

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