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Du bon cinéma tunisien : « A peine j’ouvre les yeux »

23 février 2016

Une autre illustration de la vitalité du cinéma tunisien. Cette fois-ci la démarche est ambitieuse, la réalisatrice Leyla Bouzid, 31 ans dont c’est le premier long métrage avait une envie : « Je voulais qu’on voit le regard d’une jeune femme sur le corps d’un homme ». La démarche peut paraître puérile quand dans « Love » de Gaspard Noé, réalisateur italo-argentin qui a été dans la sélection officielle pour le festival de Cannes 2015 nous savons que les scènes de relations sexuelles ne sont pas simulées mais bien réelles et que l’auteur a mené un combat pourque son œuvre ne soit pas interdite au moins de 18 ans. Interdiction qui a frappé « A peine j’ouvre les yeux » qui a quand même remporté le grand prix du festival d’Abou Dhabi mais avec cette censure pour « violence », nudité masculine, drogue et « bisous ». Même la mère de l’acteur principal Montassar Ayari lui a reproché de s’être montré en public. Le film qui a été montré aux rencontres cinématographiques de Carthage a eu un grand succès chez les jeunes, la salle du Colisée 1600 places était pleine


 

Hormis cela la réalisatrice voulait aussi faire passer comme message le processus de destruction de l’énergie de la jeunesse, destruction par la famille, la société et le système d’un pays. Et elle aborde cela avec l’histoire d’une femme. Montrant encore que le poids du carcan social n’est pas également réparti. Pour l’actrice Baya Medhaffar qui incarne Farah l’héroïne, il faut savoir qu’en Tunisie à part la présence de Ben Ali peu de choses ont changé : pression policière, répression de l’homosexualité, condamnation pour la consommation de cannabis et pressions sur les créateurs en utilisant leurs manquements à l’ordre social ou juridique. En décembre, un cinéaste, un peintre et un photographe ont été condamnés pour usage de cannabis dans des conditions assez floues. Payaient-ils ainsi leurs transgressions créatives ou étaient-ils soumis à la loi qui frappe monsieur tout le monde ? La réalisatrice et l’actrice principale insistent sur la difficulté de faire coexister différents systèmes de valeurs à l’intérieur de la société.

Une schizophrénie en famille, dans les groupes d’amis ou au travail. Mais en y regardant de plus près nous nous apercevons qu’ici en France la situation est la même. Parfois de pseudos us et coutumes de nos anciens colonisés, en réalité importés des pays du golf gangrènent nos valeurs : Les problèmes dans les hôpitaux où des hommes refusent que des soignants hommes s’occupent de leur femme, où la multiplication des jeunes femmes voilées intégralement est bien le symbole de la coexistence de différents systèmes de valeurs dans un même espace. Ici la différence entre liberté individuelle ou poids et regards d’une autorité morale auto érigée est mince. Le laxisme de ces dernières années dans toute l’Europe au nom du droit à la différence s’est confondu avec des entorses à la liberté, à la liberté sexuelle, à la liberté de pensée, à la liberté des femmes qui doit faire l’objet d’une lutte continue vu le chemin qui reste à parcourir pour atteindre une vraie égalité homme-femme et les manipulations communautaristes des politiques et de nombreuses structures associatives ne servent pas les efforts artistiques de Leyla Bouzid qui ne revendique que la préservation de l’énergie de la jeunesse pour bâtir une société plus libre et juste plus humaine, une énergie qui ne sera plus gaspillée à lutter souvent contre ses proches, ses voisins, ce qu’on appelle le terrible regard de l’autre. Espérons qu’avec « A peine j’ouvre les yeux », les tunisiennes, les tunisiens et nous même verrons enfin plus de bonheur ici-bas sans besoin de quête de paradis artificiels ou spirituels. Bon film et mention spéciale pour la bande son et les compositions de Khyam Allami.

Michel Bonelli

 

par Michel Bonelli - Dans > Agenda



 

 

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