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De Raqqa à Marseille, portrait d’une famille syrienne rescapée de la guerre

20 octobre 2017 - Dernier ajout 23 octobre 2017

Originaire de la ville de Deir-Ez-Zor, à l’Est de la Syrie, réfugiée à Marseille en 2013, la famille Alibrahim, vient d’ouvrir un restaurant syrien, boulevard National. Leur histoire est celle d’un peuple syrien, plongé au cœur d’un conflit sanglant, manœuvré autant par les forces de l’intérieur que les puissances étrangères, victime d’une sale guerre, à laquelle personne ne comprend rien. C’est aussi l’histoire d’une fuite précipitée pour sauver sa peau, de l’exil, de la galère en France, de chambres d’hôtel et appartements lugubres et délabrés pour Sans Papiers. L’histoire de ceux qui ont tout perdu et qui, grâce à leur culture et leur éducation, à force de volonté, soudés par des liens familiaux, ont réussi à se construire une nouvelle vie, loin de leur ville, de leur pays et de leurs racines.


 

Les parents et le fils Magd dans leur restaurant

Le restaurant Ashourya, qui signifie « Syrie » a pris place, depuis quelques mois, boulevard national, à deux pas du boulevard Longchamp, à Marseille. Proposant une délicieuse cuisine syrienne, préparée par Majda, la mère de la famille, autrefois ingénieur agronome, l’endroit est un bout de Syrie à lui tout seul. Et le meilleur de la Syrie : décoration soignée, nourriture exquise et propriétaires, cultivés, soucieux de faire connaître aux Français la culture syrienne, si riche et ancienne… et dynamiques. Car c’est à la force de travail acharné, que la famille Alibrahim, arrivée en France en 2013, a réussi à ouvrir ce restaurant qui a su trouver sa clientèle et emploie aujourd’hui, 5 salariés.

Reconversion avec un CAP de cuisine

La famille, de confession musulmane sunnite, comprend des deux parents, Majda et Ali, trois frères, Magd, Feras, Mohaned et depuis, ils ont été rejoints par un cousin et une tante. Tous travaillent dans le nouveau restaurant. Un projet, monté par Magd, l’aîné jeune homme dynamique et ambitieux, ingénieur pétrochimiste et qui avait, à Raqqa, plusieurs commerces. C’est la maman, Magda, qui fait la cuisine. Ingénieur agronome de formation, elle s’est reconvertie dans la cuisine, et a passé un CAP, dans le cadre des formations proposées par le chef Alain Ducasse, au lycée hôtelier de Marseille. Pour eux, il n’a jamais été question de rester aux RSA.

Décoration dans le restaurant

Depuis leur arrivée à Marseille, et sitôt après avoir obtenu leurs papiers, les enfants travaillent dans des restaurants. Des boulots loin de leurs niveaux de compétences professionnelles. Car ils sont tous très diplômés, deux frères sont ingénieurs en pétrochimie (plutôt exploitation), la mère et l’autre frère, sont ingénieurs agronomes. Appartenant aux couches plutôt aisées de la population syrienne, la famille Alibrahim, est originaire de la ville Deir-Ez-Zor, au Nord de la frontière irakienne. Mais ils vivent à Raqqa, à une centaine de kilomètres, une ville, selon eux… en devenir… Ils y investissent et développent des activités commerciales (ordinateurs, mobiles), dont un magasin de lingerie. Les affaires étaient fructueuses.

Les divisions religieuses entre Alaouites, Sunnites et Chrétiens sont fabriquées de toute pièce pour nous diviser

Ils tiennent à témoigner qu’en Syrie, avant-guerre, une certaine politique de la laïcité était en rigueur. Toutes les religions vivaient en bon entendement. Et que ces divisions entre Sunnites, Chiites (Alaouites) et Chrétiens, mises en avant aujourd’hui, sont fabriquées de toute pièce. « Avant, on était des frères avec toutes les catégories de religion, on vivait bien », souligne Majda. Les jeunes hommes se souviennent de leurs années d’études à Homs, vivant en colocation, ils partageaient leur quotidien avec des personnes de confessions diverses : Sunnites, Alaouites, Juifs, Chrétiens, sans problèmes. Même chose en ce qui concerne la mixité hommes-femmes à l’école et à l’université. Et même après les guerres, Madg m’explique qu’il est toujours en contact avec ses amis de religion diverses. « Même si certaines personnes ont aujourd’hui la haine, il reste beaucoup de personnes en Syrie qui sont normales, et qui se fichent de ces divisions. »

La carte de la Syrie, dessinée sur l’un des murs du restaurant

Ce que Daesh remettra en cause, à son arrivée à Raqqa, début 2013, imposant des écoles séparées hommes-femmes.

Les membres de la famille font partie d’une certaine élite. Aidé par une bourse de l’Etat syrien, le père, Ali, a fait ses études d’agronomie, dans les années 1980, en France, passant une thèse à l’Ensa ( école d’agronomie) de Toulouse. C’est là que les trois frères naissent. Ce passé leur permettra d’obtenir plus facilement une carte de séjour de 10 ans par la France, en 2013. Ils repartent en Syrie en 1987.

« On est contre, tous ceux qui apportent les armes à Raqqa »

En 2009, le vent du printemps arabe souffle aussi sur la Syrie et le régime panique. A Deir-Zor, à l’Est et fin 2009, dans la ville de Dara, au Sud de la Syrie. Des manifestations d’une population demandant des réformes sont réprimées dans le sang. La famille apprend, dans la consternation, sans y croire au début, comme de nombreux Syriens, que leur président fait tirer sur la foule. Les arrestations débutent.

Devant leur restaurant

L’histoire de Raqqa se confond avec celle de la famille Alibrahim qui doit faire face à des successions ininterrompues d’hommes armés qui envahissent la ville et des bombardements. La famille n’a pris parti pour aucun camp. Leur position est claire : « On est contre, tous ceux qui apportent les armes ». Car « avec les armes, ça ne va jamais prendre fin. ». Raqqa a été, la première ville libérée par les Rebelles. En 2013, Daesh prend finalement possession de Raqqa, faisant fuir les Rebelles. Après 4 années de guerre, Daesh est perçu comme une énième occupation. Les hommes ne peuvent plus travailler dans les magasins à côté des femmes. les femmes sont contraintes de rester à la maison, toute la journée, sans pouvoir sortir.

Magd, le fils aîné, à l’initiative du projet du restaurant

Au souvenir de ces moments, Madja la maman, s’éloigne. Car, ici, la vie a repris ses droits. Pas besoin de replonger dans les horreurs. Mais ils me confient quand même qu’aujourd’hui, un trafic humain d’organes sévit en Syrie et en Turquie.
En 2013, les trois frères pour éviter de devoir rejoindre l’armée de Daesh, et les camps d’entraînement, décident alors de fuir avec la famille, in extremis. Au cours d’une traversée qui prendra un jour et demie, pour parcourir une centaine de kilomètres, ils doivent franchir plusieurs barrages, ceux de Daesh, des Rebelles, et des kurdes. N’ayant apporté aucune valise avec eux, ils négocient chaque passage, arguant qu’ils vont visiter de la famille dans la ville suivante.… Finalement, ils parviennent à rejoindre la première ville turque, après avoir abandonné tous biens et fortune, seul leur reste un peu d’argent caché qui leur servira en France. Et, ils ont pu compter sur la Chance. Passés en Turquie, ils finissent par atteindre Ankara, où l’ambassade de France les informe que leur demande d’asile a été acceptée. Ils prennent l’avion à Istanbul et atterrissent à Marseille.


A Marseille, la galère pour trouver un logement

En France, leur demande d’asile est étudiée, ils passeront des entretiens à l’OFPRA, à Paris. A Marseille, la galère commence. N’ayant aucun enfant à charge aucun organisme français ne les aide à se loger, alors qu’ils sont encore demandeurs d’asile. Ils vivent un temps, dans des hôtels, boulevard d’Athènes, et à Noailles, puis sous-louent, un appartement à quelque marchand de sommeil, trop cher. Ils finissent par obtenir, le statut de réfugiés au bout de 6 mois de présence et obtiennent tous une carte de séjour de 10 ans. « Pour nous, ce fut relativement rapide, car les trois frères sont nés sur le sol français ». De plus, ils sont très diplômés. Mais ce n’est pas leur diplôme qui leur permettra de trouver du travail. Car les entreprises pétrolières occidentales ne se risquent pas à embaucher des salariés de nationalité syrienne ou irakienne, de peur des infiltrations terroristes, même chose pour le Canada. Ainsi, ils décident de se reconvertir, et passent des diplômes d’agent de sécurité. Madg s’est même vu faire partie du staff sécurité du président Hollande, lors de ses déplacements à Nice et Marseille. Aujourd’hui, il reprend des études de SVT, à Saint-Charles.

Le restaurant Ashourya, un coin de Syrie en paix, à Marseille

L‘ouverture du restaurant de Marseille, a été possible par un prêt personnel. L’idée de faire du lieu, au delà de la cuisine, une centre culturel, avec des cours d’arabe, avec un accent parfait (!!!), des cours d’histoires et de cuisines et des projections sur la culture de la Syrie aux patrimoines archéologiques très riches. La famille aime Marseille, cette ville cosmopolite où ils ont été bien accueillis, par les Français. Une ville « ouverte avec plein de cultures et de nationalités différentes ». Ils estiment ne pas souffrir ici du racisme anti-arabe. Pour Magd, tout dépend de la façon dont on se comporte, et tout est « plutôt une question de culture que de « race »…. Ici « On recommence une nouvelle vie, on est libres et tranquilles »…

« Tant qu’il y a aura des bénéfices à se faire, la guerre ne va jamais se terminer »

Et sur l’avenir de leurs pays, ils sont pessimistes. Cette sale guerre syrienne, toute la famille en a souffert. « Tant qu’il y a aura des bénéfices, ça ne va jamais se terminer », résume le fils aîné, Magd. Et, avec la manne pétrolière, la région syrienne est évidemment riche. Et même si la paix revient, les Syriens sortent de près de 7 années de guerre. Cette sorte de guerre civile, mettra deux ou trois générations à s’apaiser, estiment-ils. Car m’expliquent-ils, les Syriens sont aujourd’hui très divisés. En attendant, libres et en sécurité, ils s’ancrent dans leur nouvelle ville, Marseille.

 



 

 

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