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De la lepénisation des esprits à la bananisation des esprits

5 décembre 2014 - Dernier ajout 6 décembre 2014

A l’occasion de l’anniversaire du collectif des Rosas, lundi 1er décembre, dans l’hémicycle du Conseil Régional, l’historien Klah Popo a analysé le processus de négrophobie ordinaire qui sévit actuellement en France. « Cette bananisation des esprits », comme il le nomme, doit être combattu par tous les moyens juridiques et éducationnels, mais également par une meilleure connaissance de l’histoire commune à l’Afrique et à la France et par une prise de conscience de sa propre valeur par le peuple noir pour lutter contre les effets pervers d’auto-dévalorisation. La solution, pour Martin Carvalho, médecin, également présent à la soirée, est de s’engager et de mener un combat politique qui ne sera « pas facile, parce qu’on ne nous laissera pas la place ».


 

L’historien Klah Popo, secrétaire Général de la ligue Panafricaine Umoja auteur, entre autres de « Histoire des traites négrières : critique afrocentrée d’une négrophobie académique » a présenté un état de lieux de la négrophobie et des discriminations. Selon lui, la négrophobie : « est une idée pure et simple d’un racisme anti noir qui se nourrit de peur, de haine et de mépris pour tout ce qui a attrait au monde noir, de la culture noire et de la personne noire ». Pour lui, la négrophobie se fonde sur deux pôles : l’altérophobie et l’égophobie. « L’altérophobie est la haine de l’autre, en l’occurrence la haine du nègre par les non nègres. Le terme nègre dépend des chapelles, mais j’assume ce terme et Je reprends la phrase d’aimé Césaire : Nègre je suis, nègre, je reste. » Et l’égophobie est l’intériorisation de la haine de soi par l’autre. Et Klah Popo décrit ce phénomène dramatique et autodestructeur d’intériorisation de la haine de soi : « A force de ressentir le mépris de l’autre sur soi, on en vient à intérioriser ce discours et à reproduire l’image négative de soi produite par l’autre. Ca a des conséquences en termes cosmétiques, capillaires ». Autre aspect, « l’altérophobie, concept de supériorité d’une race sur l’autre raciale, suppose que l’autre se sente supérieur pour concevoir un mépris de vous, l’autre considère que vous êtes un cran en dessous du point de vue de l’humanité ».

L’historien Klah Popo, à la soirée du collectif Rosas


En ce qui concerne la société française, l’historien a une formule choc : « De la lepénisation des esprits à la bananisation des esprits ». « A partir des années 1990, est apparue dans le champ politique français l’expression la lepénisation des esprits, ce discours avait du mal à franchir un espace public, or ce discours a progressivement gagné différents protagonistes. Ce discours qui était tenu par Jean- Marie Le Pen, dont tout le monde se moquait il y a trente ans, est devenu progressivement un discours accepté par tous les partis politiques, même si c’est parfois avec gêne. Mais on constate qu’il n’y a plus de citadelles imprenables à la lepénisation des esprits dans l’espace politique français. L’espace public européen est truffé d’évènements similaires aux insultes qu’a subies Christiane Taubira, une député noire a été victime des mêmes faits en Italie, à la même époque. »

La lutte contre la négrophobie passe par l’Education, la justice, les médias
Comment lutter contre la négrophobie ? Pour Klah Popo la solution implique trois axes : Education, justice, média. Selon lui, « le sentiment d’impunité qu’éprouvent les personnes coupables d’actes négrophobes les encouragent à réitérer ». Il préconise que la loi soit appliquée avec la plus grande fermeté. Sur l’éducation, il pointe le fait que « c’est la méconnaissance qui entretient cette situation. Le système éducatif doit comporter des informations qui permettent aux uns et aux autres de mieux se connaître, avec la connaissance du passé qu’on partage ensemble ». En ce qui concerne les média, l’historien considère que : « ces derniers continuent d’ignorer un phénomène aussi crucial dans la société, ils sont complices par omission de ce fléau ».

L’hémicycle de la Région accueillait le premier anniversaire du collectif des Rosas


L’un des aspects sur lequel l’historien a insisté est la nécessaire reprise de confiance des personnes noires. « Il faut aussi se connaître soi-même car à force d’être discriminés, à force d’être méprisés, on finit par intérioriser les stéréotypes de cette discrimination ». « Il faut se reprendre en main soi-même, reprendre confiance en soi. Ce que Marcus Garvey a appelé « Back to Africa » ce qui ne signifie pas uniquement retourner géographiquement, mais, retourner vers soi-même, mobiliser ses valeurs culturelles, ne pas avoir honte de ce qu’on est, de ce qu’étaient ses parents, ses grands-parents, pour lutter contre sa propre aliénation, afin de lutter dans l’espace public contre le fléau de la négrophobie ».

La reconnaissance de nos pères et nos grands-pères

Un documentaire « Dans les tranchées, l’Afrique une histoire ambiguë » du réalisateur Florida Sa, a ouvert la soirée. Conçu à partir de témoignage de Jean-Pierre Kolta qui évoque la mémoire de son père sénégalais, parti faire la guerre de 14 en France, le film revient sur la participation de l’armée d’Afrique et des tirailleurs Sénégalais, à la grande guerre de 14-18, aux côtés des poilus. Le rôle des Africains anciennement colonisés, dans les deux guerres mondiales aux côtés de Français demeure encore trop méconnu en France, auprès des français issus de l’immigration et de tous les autres. La question se pose sérieusement aujourd’hui de plancher sur des programmes scolaires qui pourraient restituer ce pan de l’histoire de France. Ce qu’a d’ailleurs souligné Aïcha Sif, conseillère régionale et présidente de la commission culture-tourisme à la Région : « les Français et Françaises qui font une ville, nous avons défendu le drapeau français, les Français sont plus larges qu’une certaine France qui se veut replier sur elle-même. Les Français ont tous les visages, mais ils sont venus parce qu’on leur a demandé la plupart du temps de venir à côté de soldats de la France. Il faudrait revenir dans le passé et résoudre certaines questions qui n’ont pas été tout à fait résolues concernant la diversité dans notre pays. Je crois qu’il faudrait notamment travailler sur les programmes scolaires. Il faut questionner le passé et comprendre pourquoi on en est là aujourd’hui, pourquoi on a du mal à vivre ensemble dans certains quartiers. C’est un problème de reconnaissance de nos pères et de nos grands-pères, ou arrière grands-pères qui ont fait cette France d’aujourd’hui. »

Le docteur Martin Carvalho


Pour clore les débats, Martin Carvalho, ancien colistier de Robert Assante aux municipales, est revenu sur un épisode tragique de l’histoire coloniale africaine : « Au moment où les représentants de la francophonie sont à Dakar aujourd’hui, il faut se rappeler qu’il y a 70 ans aujourd’hui 70 tirailleurs sénégalais ont été abattus, dans le camp 44 à Thiaroye. En 2012, le président Hollande a dit qu’il remettrait en main propre au président sénégalais le dossier du camp 44. Un membre de ma famille a été témoin de ce massacre. Ceci pour dire que nous avons notre mot à dire dans cette nation. Je rappelle que si aujourd’hui Marseille parle français, on peut dire merci aux tirailleurs sénégalais. A Notre Dame de La Garde, on peut voir les impacts de balles allemandes et c’étaient les tirailleurs sénégalais qui étaient là pour défendre Notre dame et c’est important de le savoir, car si on ne connaît pas notre histoire, on ne peut rien revendiquer. » Martin Carvalho a, par ailleurs déploré que « La parole raciste se libère aujourd’hui ». Dans notre ville, le procès de Guy Tessier, jugé pour ces propos raciste sur « l’africanisation de Marseille » aura le 13 janvier prochain. « La parole raciste ne soit plus être libre. Nous sommes tous des Français, nous appartenons à ce peuple de France, parce que nos parents et nos grands-parents ont défendu le peuple français. »

NDLR : Le massacre de Thiaroye s’est déroulé dans un camp militaire de la périphérie de Dakar au Sénégal le 1er décembre 1944. Des gendarmes français renforcés de troupes coloniales ont tiré sur des tirailleurs sénégalais, anciens prisonniers de guerre récemment rapatriés, qui manifestaient pour le paiement de leurs indemnités et pécule promis depuis des mois. Le bilan officiel, rappelé par le président François Hollande lors d’un discours à Dakar le 12 octobre 2012, est de 35 morts. Dans un rapport du 5 décembre 1944, le général Dagnan dénombrait cependant 70 tirailleurs morts.

 



 

 

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