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DANS MA TÊTE UN ROND-POINT

29 février 2016 - Dernier ajout 1er mars 2016

« Dans ma tête il y a un rond-point qui donne sur quatre-vingt-dix-neuf chemins, et je ne sais pas lequel prendre » dit Youcef, « impossible dans un rond-point il n’y a que quatre chemins » répond le Kabyle. Cet étrange échange résume à lui seul le documentaire projeté vendredi soir à l’Alhambra, très belle salle de cinéma située dans les quartiers nord de Marseille, ce film nous plonge au cœur d’un abattoir de la banlieue algéroise, ou trois générations de travailleurs se croisent et vivent dans ce décor ou se mélange, sang, amour, espoir et désespoir. Hassen Ferhani, le jeune prodige du cinéma algérien a réussi à faire oublier sa caméra pour capter les émotions au plus profond des personnages de son film.


 


Salle comble pour cette première projection du film « dans ma tête un rond-point » à Marseille, en présence de la productrice du film Narimène Mari, venue nous présenter ce documentaire algérien de 1h40. Dans un abattoir vétuste construit en 1847 ou le temps nous semble figé, travaillent et vivent deux cent bouchers et commis dans des conditions difficiles. Tout ce fait à la force des bras à « l’ancienne », de l’abattage des bêtes à leur découpage, aucun procédé mécanique, quelques ouvriers dorment dans des boxes de chevaux et les autres pas loin de l’abattoir.
Le film commence, le silence se fait sentir dans la salle. A l’écran un vieux monsieur nous récite un poème, filmé au plus près, on ressent presque son souffle haletant. Tout le long du film le réalisateur et caméraman Hassan Ferhani promène sa caméra curieuse mais jamais dans le voyeurisme, dans ce dédale ou le sang est omni présent, à la souffrance des bêtes se mêle celle des hommes, au son de cheb Hasni. Les personnages échangent entre eux et tantôt c’est Hassan qui pose ses questions sur un ton très fraternel et complice. Cette confiance, il a su la gagner par des mois de repérage et présence dans les lieux, un « cinéaste ouvrier ».
A la fin du film, le public est invité à poser ses questions à l’équipe de tournage et notamment à la productrice :

Est-ce que vous avez pris des acteurs pour le film ?
Ce film est un documentaire, aucun acteur n’est présent, les salariés se sont lâchés et ont oublié la caméra ce qui donne ce côté très spontané. Après des mois de présence dans l’abattoir, Hassan Ferhani a su se faire adopter par les différents personnages.
Le film est coproduit par le ministère de la culture algérienne, avez eu une liberté dans le montage ?
Le ministère de la culture algérienne a participé à la post production, et aucune censure n’est venue s’exercer à l’encontre de notre travail. Au contraire le film sert aujourd’hui de base pour distinguer une fiction d’un documentaire.
Le film obéit-il à une trame ?
Hassan Ferhani a scénarisé son film au fur et à mesure de sa présence dans l’abattoir, après il n’y a pas forcément une évolution chronologique dans le documentaire, car le souci premier était de décrire ce lieu et ses habitants dans un esprit de fidélité et surtout sans le dénaturé.

Le film « dans ma tête un rond-point » tourné avec très peu de moyen, continu sa tournée dans les salles de cinéma, et à chaque fois il crée la surprise, en témoigne plusieurs prix et distinctions déjà glanés, ce documentaire humain drôle et engagé, avec ses personnages attachants, son lieu mythique, son atmosphère, est un déjà un film culte.

 

 

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