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« Créer pour résister », les PEP 13, les écoles du Vallon des Tuves et de la Savine font de la résistance

18 mai 2016

Nous savions presque tous que Marseille pendant la seconde guerre mondiale a accueilli de nombreux réfugiés juifs et opposants antinazis qui fuyaient les sbires de la Gestapo. De même que l’action de Valerian Fry, américain, qui organisa le départ pour le nouveau monde de ces parias. Lili Pastré, noble dame de l’aristocratie locale hébergea à la Campagne du même nom de nombreux actuels et artistes traqués qui attendaient le sésame, un visa ou une filière clandestine pour quitter la vieille Europe sous la botte. Mais notre collaboration avec les PEP 13 (Pupilles de l’Enseignement Public des Bouches du Rhône) qui œuvrent entres autres à l’intégration des jeunes migrants dans le système éducatif français et dont nous vous avons déjà parlé dans quelques chroniques nous a fait découvrir une histoire singulière.


 

Cette association a acquis il y a quelques années une maison à Sanary sur Mer dans le Var : Les Flots. Il s’avéra qu’elle avait un hôte célèbre dans le milieu des années 20 : l’écrivain britannique Aldous Huxley qui rédigea dans ses lieux son fameux ouvrage : « Le meilleur des mondes ». L’artiste par la suite a entretenu de nombreuses relations avec les intellectuels allemands et autres en lutte contre le nazisme et tout naturellement entre 1933 et 1944, le petit port de pêcheurs devint le point de rencontres, d’asile de personnalités célèbres qui ont marqué l’histoire et la pensée du XXème siècle. Sanary sur Mer devenait malgré elle une capitale secrète du génie humain, un haut lieu où une pléiade d’intellectuels créa pour résister. Imaginer dans ce petit bourg blotti près de la Méditerranée : Thomas Mann, Heinrich Mann, Klaus Mann, Lion Feuchtwanger, Arnold Zweig, Franz Hessel, René Schnickele, Ludwig Marcuse, Erwin Piscator, Eric Klossowski, Anton Räderscheidt, Franz Werfel, Alma Malher-Werfel, Alfred Ka,torowicz et BertolT Brecht venant visiter ses amis. Les hasards de la guerre avait crée une nouvelle capitale du génie germanique. Mais de la belle histoire au drame la frontière est diffuse. Ces grands noms étaient souvent juifs et étrangers et le gouvernement de Vichy dés l’été 40 prompt à satisfaire les désirs de l’occupant et à même les devancer avait décrété des lois scélérates antisémites et promis de livrer les opposants à Hitler présent sur son sol. La petite colonie de résistants par la pensée et la création devint un gibier de choix pour la police française scélérate acquise aux allemands et pour les agents allemands autorisés à opérer en zone libre. Pire en novembre 1942, l’artifice d’un régime français indépendant céda avec l’invasion du sud de la France par les forces armées allemandes en représailles au débarquement allié en Afrique du Nord. L’espace de pseudo-liberté de Sanary Sur Mer devenait une nasse pour ceux qui n’avaient pas pu fuir vers des terres libres. Et certains de nos réfugiés devinrent les prisonniers du célèbre Camp des Milles, près d’Aix en Provence, antichambre de la déportation comme le fut Drancy en région parisienne. Pour certains ce fut la fin de leur histoire et le début de leur malheur. Une belle exposition réalisée par la mairie de Sanary Sur Mer consultable sur le net vous donnera tous les détails sur le sujet.

Mais comme vous le savez, les PEP 13 sont des ardents défenseurs de la liberté, de l’égalité et de la fraternité. Laïcs jusqu’au bout du stylo, ils ont voulu que l’histoire des Flots ne sombre pas dans les méandres de la grande histoire et dans l’oubli. Et pour cela fidèle à leur mission de transmission du savoir et de la mémoire ils inventèrent avec des enseignants des Quartiers Nord de Marseille un séjour de classe découverte inscrit dans un parcours citoyen : comprendre le passé pour agir au présent, découvrir comment art et culture constituent une forme de résistance d’où le titre de l’action que j’ai déjà cité : « Créer pour résister ». Et cela se fit avec deux classes de CM² de deux écoles qui sont dans des lieux où Med In Marseille se rend souvent pour en couvrir une actualité souvent triste : le Vallon des Tuves et la Savine. Je profite de l’occasion pour saluer les porteurs de ce projet : Mme Marie-Josée de La Cruz : Coordinatrice REP+ - M. Olivier Lyant enseignant CM² Vallon des Tuves – Mme Gisèle Granier enseignante CM² La Savine – Mme Sylvie Rémy- et les PEP 13, sa présidente et sa vice-présidente ainsi que les bénévoles et l’équipe des Flots à Sanary. Ce séjour de découverte, c’est un voyage qui part de Marseille pour Sanary Sur Mer, nous conduit au Camp d’internement des Milles et retour dans la cité phocéenne. Plusieurs jours où les élèves déjà préparés à ce périple vont découvrir sous une forme ludique d’un parcours de découverte les différents lieux dans Sanary Sur Mer qui ont donné asile à tous ces grands hommes. Ces grands hommes qui malgré la peur du lendemain, puis l’angoisse de l’arrestation restèrent des artistes droit dans leurs bottes : écrivant de la simple pensée aux feuilles de roman où à la poésie d’un instant de quiétude et de paix, peignant, réfléchissant parfois à l’élaboration d’un monde nouveau. Des artistes justes armés du stylo, de la plume ou du pinceau mais qui était une division de soldats du rêve, de soldats gardien de l’espoir, qui frappaient sans cesse les hordes des guerriers d’un Reich que son créateur voulait là pour mille ans. A travers leur exemple nos jeunes élèves souvent enfants de la diversité découvraient et comprenaient l’engrenage des intolérances, des discriminations et des racismes qui souvent les touchent dans une moindre intensité mais dont la virulence est toujours facteur de décohésion sociale et de cancer de notre société actuelle. Eux qui vivent souvent dans des cités où l’opposition à la politique scélérate de l’état d’Israël qui occupe la Palestine en violant le droit international a fait naître une forme nouvelle d’antisémitisme née de la confusion et d’un enseignement tronqué de l’histoire accèdent pendant ce séjour à une meilleure perception des origines et des conséquences du racisme, par l’analyse des phénomènes d’exclusion. Si par malheur les forces sombres qui minent notre France de 2016 accédaient au pouvoir comme le fit le régime du maréchal Pétain après la débâcle de 40 on peut imaginer que l’arabe, l’étranger, le migrant, le réfugié deviennent le bouc-émissaire de nos malheurs et le juif persécuté d’hier redeviendrai aussi gibier des zélateurs de la haine entre les communautés. D’où l’importance de ce projet, antidote à tous les racismes et à toutes les intolérances. Après Sanary, après le temps de la réflexion et de l’histoire, nos élèves partirent pour le Camp des Milles, cette antichambre de la mort où nos artistes en exil rejoignirent d’autres combattants de la liberté comme les républicains espagnols qui fuyant le franquisme tombèrent dans la nasse des fascistes français. Les Milles, une tuilerie transformée en gare de triage vers les camps de la mort. Première marche vers l’échafaud ou la chambre à gaz. Première étape du lent processus de déshumanisation mis en place par les bourreaux pour faire de l’individu un numéro, une chose dont la disparition rimera avec purification. Le Camp des Milles l’atelier des usines de la mort. Le sous-traitant du diable. Imaginez toute le doigté, toute la pédagogie déployée par les accompagnants pour conduire des enfants encore jeunes sur cet itinéraire de découverte d’une histoire cruelle et terrible. Comment par la parole, l’image, le voyage, rendre audible et compréhensible ce pan de notre histoire qui s’est déroulé entre l’Allemagne, Sanary, Les Milles et les confins germaniques et polonais. Parce que la démocratie et la liberté doivent toujours être défendus et qu’ils ne sont jamais complètement acquis merci aux enseignants et au PEP 13 pour cette initiative. Ce fut un voyage au bout de la nuit de ces intellectuels pourchassés mais qui se termina sous le soleil de l’amour entre les peuples et de la réconciliation. Vous pourrez aussi découvrir les travaux des élèves qui témoignent de leur engagement dans ce parcours de mémoire. Plus jamais cela. Un petit film d’environ 13 minutes se prépare pour relater ce séjour de classe découverte : images PEP 13 - montage M. Zoheir Sabri - assistance technique Med In Marseille. Il sera bientôt visible sur différents sites dont celui de PEP 13. Remercions ceux qui ont aidé à ce projet : le ministère de l’Education Nationale – le Conseil Départemental 13 – les PEP 13 – la Mairie du 15/16 – l’OCEE 13 – la JPA (Jeunesse au Plein Air) – la Fondation pour la mémoire de la SHOAH – le Centre Social de la Martine et le Ministère de la Défense Nationale.

Une phrase d’Edmund Burke m’est revenue à la mémoire en écrivant ces quelques lignes : « La seule chose qui permet au mal de triompher est l’inaction des hommes de bien ».

Pour plus de documentations je vous renvoie aux sites de la Mairie de Sanary sur Mer avec la présentation de la belle exposition « Exode, la vie des exilés », à celui du Camp des Milles et des PEP 13.

Extraits de chansons et de slam des élèves

Je m’appelle Auguste Landmesser

Je m’appelle Auguste Landmesser - Hitler, tu m’as mis dans la galère - Marié à une juive, j’en suis fier - Le salut, c’est pas mon affaire ! - Je n’ai pas salué Hitler - Car il crée des guerres - Par amour j’ai été en prison - Le temps m’a semblé long - Je suis sorti de détention - Avec en moi beaucoup de tensions - J’ai perdu la vie - Sans être un véritable Nazi.

Je suis l’homme qui a dit non
Je suis l’homme qui a dit non - Pour de très bonnes raisons - Tout le monde leva la main - Sauf moi, mais je n’y peux rien - Moi marié avec une juive, - J’assume mais c’est difficile,
Pourquoi la laisser tomber ? - Pourquoi ne pas résister ? - Ils ne doivent pas décider - Pour nous notre destinée - Il suffirait de courage - Et d’un petit peu de rage - Suivez moi comme vous l’ pouvez - Essayons de résister - Nous pouvons y arriver - Ensemble pour la liberté

 

 

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