Articles

Accueil > Actualités > Coup d’etat en Turquie : "Les Turcs ont été traumatisés par le pouvoir (...)

 

Coup d’etat en Turquie : "Les Turcs ont été traumatisés par le pouvoir militaire"

18 juillet 2016 - Dernier ajout 21 juillet 2016

Le premier ministre turc a dénoncé, vendredi 15 juillet 2016, une « tentative illégale » par un groupe au sein de l’armée. Ce soir là, des militaires ont pris position dans des lieux clés d’Ankara et d’Istanbul. Des tanks et des avions avaient été déployés. Peu après, les ponts sur le Bosphore ont été fermés, et la télévision publique occupée par des soldats qui tentaient un coup d’état. Une opération qui visaient, selon eux, à « rétablir la démocratie »
Le président Turc, Recep Tayyip Erdogan, réagit à la télévision via facetime, pour demander aux citoyens turcs de « résister » en descendant dans la rue. Un appel qui a été entendu. Des milliers de personnes, partisans et opposants à Erdogan, sont descendues exprimer leur refus de ce coup d’état.
Une tentative de putsch qui s’est soldée par un échec. 265 morts à Ankara et Istanbul, et 4000 personnes arrêtées, principalement militaires et magistrats.

Vincent Geisser, docteur en sciences politiques et chercheur à l’IFOP, dont les principaux thèmes de recherche et de réflexions sont les questions politiques dans le monde arabe, nous livre son analyse sur la situation en Turquie.


 

-Pourquoi cette tentative de coup d’état intervient-elle aujourd’hui ?

Traditionnellement l’armée a toujours eu un pouvoir énorme en Turquie. Elle a toujours eu un pouvoir d’intervention politique, et depuis un certain nombre d’années, elle avait tendance a être marginalisée, non pas qu’elle était totalement affaiblie, mais les forces armées avaient été plus ou moins neutralisées politiquement. Erdogan a tenté, depuis un certain nombre d’années, de reformer l’armée, et surtout de nommer des officiers supérieurs et notamment des officiers généraux, qui lui étaient favorables. Malgré une normalisation apparente des rapports entre l’armée, le chef d’état turc et son parti l’AKP, il est resté des secteurs de l’armée qui n’étaient pas acquis. Ils étaient loyalistes mais pas acquis, ils ne l’exprimaient pas publiquement, ils étaient silencieux mais silence ne valait pas adhésion.
Il est vrai que le coup d’état a été une surprise, mais qu’il faut quand même replacer dans un contexte où il y avait un certain nombre de doutes sur la fidélité et la loyauté d’une partie des forces armées qui n’apparaissaient pas évidente.
Deuxième chose, depuis un certain nombre d’années le président Erdogan évolue vers une pratique très personnelle et autoritaire de son pouvoir.

Pour cela, il est critique par des secteurs de plus en plus large de l’opposition turque, de gauche mais aussi d’une partie de l’opposition religieuse comme Fethullah Gullen, qui lui reprochent son présidentialisme, et sa volonté de main mise sur les médias. Ce climat critique a l’égard du chef de l’état turc a permis à une partie de l’armée de tenter sa chance : les militaires putschistes ont pensé qu’en développant ce projet de coup d’état, ils pourraient remporter le soutien d’une partie de l’opinion publique hostile à Erdogan et l’exercice de son pouvoir.
En fait ça n’est pas du tout ce qui s’est passe.
Ce calcul opportuniste, d’une partie des officiers de l’armée, de profiter des critiques de plus en plus vives, à la fois internes mais aussi internationales, à l’égard d’Erdogan, pour tenter de prendre le pouvoir, n’a pas marche puisque même ses plus farouches opposants ont refuse d’appuyer le coup d’état.

JPEG - 62.9 ko
Droits réservés

-Pourquoi ce coup d’état s’est il soldé par un échec ?

Il y a une société civile en Turquie. Elle est extrêmement dense, extrêmement riche et développée, avec une vraie citoyenneté, dont le président Erdogan en a aussi été un des acteurs, de vraies organisations indépendantes, de vrais contre pouvoirs ce qui n’était pas le cas de l’Égypte par exemple. On ne peut pas, comparer une société égyptienne qui sortait d’une période autoritaire et qui malgré sa volonté d’en finir avec l’autoritarisme, restait relativement craintive, et avait peu de traditions démocratiques, avec une société turque, où il y a de très forts courants démocratiques dans la société civile y compris chez les islamistes de l’AKP. Certes l’armée y est extrêmement puissante, mais la grande différence avec l’Égypte c’est la société civile !

L’Armée reste un acteur fort, un acteur puissant mais elle n’est pas suffisamment homogène, uni. Il y a une partie acquise au chef d’état turc et une partie qui n’est pas acquise mais refuse la logique putschiste et enfin une partie minoritaire putschiste qui a tente sa chance.
Ce qui est sur, c’est que malgré la montée des mécontentements, des oppositions, des désillusions de ceux qui accusent Erdogan de vouloir fermer le système, et de vouloir introduire une forme de totalitarisme en Turquie, ceux là, n’ont pas suivi les militaires.
A mon avis, les Turcs ont été traumatisés par le pouvoir militaire. Une idée que le pouvoir militaire correspondrait au passé, et même si les Turcs ne sont pas tous pro Erdogan, ils ne voulaient pas revenir aux années noires de la dictature militaire.

.L’ échec de ce coup d’état, n’a pas prouvé que l’armée était pro Erdogan, mais qu’elle était,en tout cas, respectueuse du jeu institutionnel et démocratique. Il y a une certaine tradition légaliste qui est en train de s’enraciner aujourd’hui, dans certains secteurs de l’armée turque, qui a fait que beaucoup d’officiers généraux ont refusé d’aller au putsch, ou du moins ne l’ont pas cautionné.

Droits réservés

-Le président Turc ressort-il renforcé de ces évènements ?

A court terme, ça pourrait le renforcer dans sa dérive personnelle et autoritaire. Autrement dit, il profiterait de cet échec du coup d’état militaire pour encore plus épurer et marginaliser, au sein de la haute fonction publique, militaire, policière, judiciaire et voire même au sein de la société civile, ses adversaires, en les criminalisant.
Mais sur le moyen et long terme, il devrait profiter du fait qu’une partie de l’opposition l’ait soutenu, bien qu’elle lui soit hostile, pour être dans une démarche de dialogue, et justement ouvrir le système, pour essayer d’associer davantage une partie de la société civile turque, renoncer à la dérive personnelle et autoritaire, et s’ouvrir aux universitaires.
Les prochaines semaines le diront mais en tout cas une opposition qui a su être loyale, qui a montre qu’elle savait s’opposer par le jeu institutionnel et démocratique, et qui a refuse le jeu aventuriste des militaires putschistes, peut aussi en sortir renforcer. C’est à dire, que l’attitude exemplaire de l’opposition turque peut aussi être une béquille, qui va lui servir à remonter dans l’opinion publique et faire face à Erdogan. Il faut que le chef d’etat Turc en tienne compte, sans cela, ce ne sera que partie remise !

 

par EMNA REZGUI - Dans > Actualités



 

 

Autres articles Actualités

 

Brèves Actualités

  • 6 novembre

     

    Projet de loi sur la Sécurité Sociale adopté : 4,2 milliards de restrictions demandés

    L’Assemblée nationale a adopté, mardi 31 oct 2017, le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2018. La gauche de l’Hémicycle a voté contre, dénonçant une attaque sans précédent contre le système de protection sociale. https://www.humanite.fr/le-budget-de-detricotage-de-la-securite-sociale-ete-vote-644835

     

  • 6 novembre

     

    Violences sexuelles faites au femmes, plan d’urgence demandé à Macron

    VIOLENCES SEXUELLES - Louane, Alexandra Lamy, Tatiana de Rosnay... 100 femmes demandent à Macron "un plan d’urgence contre les violences sexuelles" Elles sont les premières signataires d’une pétition en ligne pour en finir avec les violences sexuelles. "Ces violences ne sont pas une fatalité. Elles peuvent cesser". Une centaines de personnalités féminines de la société civile, artistes, comédiennes, réalisatrices, écrivaines, journalistes, médecins... ont signé une tribune adressée au président Emmanuel Macron dans le Journal du dimanche ce 5 novembre, demandant "un plan d’urgence contre les violences sexuelles". Cet appel, initié par des militantes féministes, dont Caroline de Haas, a également été (...)

     

  • 30 octobre

     

    Concert de musique arabe et européenne en soutien à SOS Méditerranée dans le cadre du festival d’Aix-en-Provence

    La série de concerts solidaires exceptionnels inaugurée en 2016 au profit de SOS MEDITERRANEE, se poursuit cet automne, sur l’initiative de Bernard Foccroulle, directeur du festival d’Aix-en-Provence et organiste, et membre du comité de soutien de SOS Méditerranée. Le prochain concert aura lieu - Vendredi 17 Novembre à 20h45 - Eglise St Jean de Malte à Aix-en-Provence "Les couleurs de l’Amour et de l’Exil" Concert de musique arabe et européenne Bernard Foccroulle Orgue Alice Foccroulle Soprano Moneim Adwan Chant et Oud Compositions de Francisco Correa de Arauxo, Alessando Grandi, François Couperin, Dietrich Buxtehude, Bernard Foccroulle, Abou Khalil El-Kabani, les frères (...)

     

  • 17 octobre

     

    La ville de Marseille a voté un plan à 1 milliard d’euros de reconstruction des écoles, par des partenariat public-privé

    Un plan massif, à un milliard d’euros, pour reconstruire les écoles de Marseille Régulièrement épinglée pour le délabrement de certaines écoles publiques, la ville de Marseille a voté lundi un plan massif de reconstruction d’un montant d’un milliard d’euros, via des partenariats public-privé (PPP) contestés par l’opposition. "Le projet que nous nous apprêtons à lancer est considérable, c’est un véritable plan Marshall qui n’a aucun équivalent ni dans l’histoire de la ville de Marseille ni dans aucune autre ville", a vanté le maire (LR) Jean-Claude Gaudin, devant le conseil municipal. Le plan prévoit la destruction de 31 établissements obsolètes des années 1960, et leur remplacement par 28 nouvelles écoles, (...)

     

  • 16 octobre

     

    MARSEILLE POUBELLE LA VIE Collectif citoyen contre l’insalubrité à Marseille lance une pétition

    MARSEILLE POUBELLE LA VIE Collectif citoyen contre l’insalubrité lance une pétition en ligne, avec une lettre ouverte à Jean-Claude Gaudin " Nous nous sommes mobilisés pour vous apporter les preuves de ce triste constat à travers le Livre Noir de Marseille : Etat des lieux de chaque quartier de la cité. Vous y observerez les rats que côtoient les usagers chaque jour. Ils s’attaquent aux câbles des voitures et pénètrent chez nous. Leurs cadavres trainent dans les rues et dans les parcs….Leur prolifération est vectrice de maladie comme la leptospirose…La gale et la teigne sont revenues dans nos parcs et nos écoles !" (...)

     

  • 9 octobre

     

    Droit de retrait reconduit ce jour au lycée Saint-Exupéry, lundi 9 oct

    Lundi 9 octobre 2017 Droit de retrait reconduit ce jour au lycée Saint-Exupéry Pour la troisième journée consécutive les personnels ont décidé d’exercer leur droit de retrait, les conditions de sécurité n’étant toujours pas assurées, ni pour nos élèves, ni pour nous. Dans un communiqué, les professeurs et personnels, leurs sections syndicales, FSU, CGT, FO, SUD, CFDT précisent :"Vendredi, la direction académique a dit réfléchir à la possibilité d’affecter à l’année 4 ou 5 AED supplémentaires sur notre lycée pour la vie scolaire. Il y a urgence ! Nos élèves doivent pouvoir reprendre les cours au plus vite, dans des conditions de sécurité restaurées. Il nous est insupportable d’être une nouvelle fois (...)

     

  • 6 octobre

     

    Lycée Saint exupéry, les enseignants font valoir leur droit de retrait, suite à des violences

    DROIT DE RETRAIT AU LYCEE SAINT-EXUPERY DE MARSEILLE "La rentrée chaotique du lycée continue … En grève le 5 septembre, les personnels dénonçaient déjà les conditions de travail fortement dégradées suite à la perte de 30 contrats aidés (CUI), assurant notamment l’encadrement des élèves et l’entretien des locaux. De façon prévisible, les 10 postes reconduits n’ont pas suffit à assurer la sérénité du travail dans l’établissement. Depuis un mois seulement, les incidents se multiplient, les actes de violence sont récurrents :- 315 exclusions de classe- 6128 absences d’élèves- 490 passages à l’infirmerie- 9 évacuations par les pompiers … Suite à une bagarre d’une violence extrême ce mercredi, l’ensemble des (...)

     

  • 4 octobre

     

    Fête de l’Automne soutien au Manba, migants 13, Marseille. dimanche

    Fête de l’Automne soutien au Manba, migants 13 Un repas de soutien au collectif Al Manba , soutien migrant-es 13 ; est organisé aux jardins partagés de l’Annonciade, quartiers nord, les Aygalades, à partir des récoltes. Discussions, musique, buvette, chaleur humaine par Collectif Soutien Migrants 13 / El Manba dim 12:00 · Chemin de la Mûre, 13015 Marseille Page FB Collectif Soutien Migrants 13 / El Manba

     

  • 4 octobre

     

    Recours au Conseil d’Etat , contre le gel des contrats aidés

    Emplois aidés : La justice va-t-elle suspendre le gel décidé par le gouvernement ? TRAVAIL Le Conseil d’Etat examine mardi 03 octobre, un recours déposé par des élus écologistes et plusieurs associations contre la remise en cause des contrats aidés décidée par l’exécutif... http://www.20minutes.fr/economie/2143331-20171003-emplois-aides-justice-va-suspendre-gel-decide-gouvernement

     

  • 25 septembre

     

    La Ville de Marseille lance une enquête sur des « comportements supposés répréhensibles » dans les musées.

    La Ville de Marseille lance une enquête sur des « comportements supposés répréhensibles » dans les musées Depuis plusieurs semaines, des agents des musées dénoncent dans des courriers anonymes des passe-droits, voire les emplois fictifs dont bénéficieraient d’autres agents. La Ville a décidé de diligenter une enquête interne de l’inspection générale des services. A lire sur marsactu https://marsactu.fr/avis-de-tempete-dans-les-musees-de-marseille/

     

Articles récents

Articles au hasard