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A Marseille, la mémoire d’Hocine Aït Ahmed sera honoré ce vendredi 1er Javier 2016.

28 décembre 2015

Hocine Aït Ahmed vient de nous quitter le mercredi 23 décembre 2015. Il aura consacré toute sa vie à la libération et l’émancipation de son peuple : LE PEUPLE ALGERIEN. A Marseille, un hommage lui sera rendu ce vendredi 1er janvier 2016 à 14h30 sur le vieux port. Pour mémoire, Soraya Chekkat nous fait un résumé de l’œuvre militante de ce grand résistant.


 

Hocine Aït Ahmed , un des principaux moteurs de la révolution algérienne s’en est allé à l’âge de 89 ans. Il laisse son peuple orphelin d’un mentor de l’opposition. L’Algérie décrète un deuil de 8 jours en hommage à cet opposant de toujours qui avait été condamné à mort en 1964 par un gouvernement, enfant illégitime, né post indépendance algérienne. En exil, depuis son évasion de la prison d’El Harrachen 1966, il ne cessea de prôner ses aspirations à la démocratie. Il rentre en Algérie en Octobre 1988 pour soutenir les mouvements de contestations populaires , il la quittera de nouveau en 1992 après l’ assassinat de son compagnon de lutte Mohamed Boudiaf. A croire que Hocine Aït Ahmed est né résistant : à 16 ans il est encore lycéen quand il adhèreau PPA (parti du peuple algérien), il devient alors le plus jeune membre du comité central. Il y présente en 1947 un rapport sur les stratégies à adopter pour la lutte armée et préconise la création d’une organisation spéciale (OS) : Il en obtient la direction. Pendant deux ans il organise la formation politique et militaire pour mener à bien la guerre de libération. Attaché à l’importance de sortir l’Algérie de son isolement international il part en campagne en vue d’internationaliser la lutte du peuple algérien. En 1952 il s’installe au Caire insistant sur l ’importance de la diplomatie pour donner une visibilité politique du mouvement de libération. Il assiste à cet effet à la première conférence des partis socialistes asiatiques en Birmanie, conférence d’inspiration marxiste qui aboutira sur la mise en place d’un bureau anticolonial chargé de suivre auprès de l’ ONU les revendications à l’autodétermination. En 1955 il dirige la délégation algérienne à la conférence de Bandung où des résolutions sont prises en faveur de l’ autodétermination des 3 pays du Maghreb qui ont su mener une action commune sur la base d’un mémorandum maghrébin. En 1956 il ouvre et dirige le bureau FLN à New York, c’est cette année que le problème algérien est inscrit à l’ordre du jour de l’assemblée générale des nations unies. En octobre 1956 Aït Ahmed est arrêté par les autorités françaises au coté de Mohamed Boudiaf, Mohamed Khider, Ahmed Ben Bella , Mostefa Lacheraf dans l’avion qui le conduisait à Tunis pour tenir une conférence maghrébine de la paix. De détention il en appelle à la création du GPRA (gouvernement provisoire de la république algérienne), en urgence, afin de résorber les crises internes suscitées par des responsables qui s’opposaient au congrès de la Soummam. Libéré en 1962 Aït Ahmed s’oppose immédiatement à la violence de "l’Etat des frontières" et met en garde contre les risques de guerre civile. Il dénonce le parti unique et ses méthodes. L’assemblée constituante s’étant vu confisquer ses prérogatives en matière d’établissement des bases de l ’Etat de droit Aït Ahmed et Ferhat Abbas démissionnent. Il déclare alors :"Ma démission n’est pas un abandon du combat mais un acte politique militant.C’est une option de confiance. Le peuple considère que tous les dirigeants sont responsables du marasme dans lequel nous nous trouvons il nous faut donc l’assumer et démissionner. "En 1963 le militant de toujours crée le FFS, Front des Forces Socialistes, et mène une campagne d’opposition au parti unique en Kabylie.La répression menée par Boumédienne qui dirige l’armée sera féroce. Arrêté en 1964 , le révolutionnaire, un des souffles de Novembre 54 est condamné à mort .
Il sera gracié et déporté à la prison de Lambèse. Ben Bella reconnaît l’échec de la stratégie répressive du chef d’état major Boumedienne. Le mouvement de résistance allant grandissant Ben Bella décide alors d’entamer des négociations avec le FFS qui aboutissent à un accord de principe le 16 juin 1965. Trois mois plus tard le coup d’Etat de Boumédienne met fin à toute possibilité de pluralisme politique et instaure pour longtemps le parti et la pensée unique en Algérie. En 1966 Aït Ahmed s’évade de prison et se réfugie en Suisse où il entamera des études de droit. Il ne cessera de militer pour les droits de l’ Homme et l’unité du Maghreb. En 1985 il lance avec Ben Bella, depuis Londres, un appel pour que le peuple algérien se voit restituer son droit à l ’auto-détermination pour en faire la pierre angulaire d’ une alternative démocratique. Il ne se doutait pas alors que l’ Algérie s’apprêtait à vivre une décennie sanglante...En 1987 son bras droit Ali Mecili avocat et opposant politique est assassiné . En octobre 1988 les incidences de la répression sanglante, pour étouffer les contestations populaires, sur l’ image de l’ Algérie à l’internationale pousse le gouvernement algérien à un semblant d’ouverture politique. Ainsi après 23 ans d’exil Ait Ahmed rentre en Algérie. Le parti FFS est alors reconnu. Lors de l’ annulation du processus électoral qui a vu la victoire du FIS en 1992 Aït Ahmed prévient sur les dangers d’une telle décision dénonçant un énième coup d ’Etat qui risquait cette fois de voir les armes prendre le dessus sur les urnes. Il organise alors sous la bannière du FFS la plus grande manifestation que la capitale ait connu depuis l’indépendance avec pour slogan "Ni Etat policier .Ni République intégriste". Pourtant le climat de terreur s’installe et le verrouillage politique pousse une nouvelle fois Aït Ahmed à quitter l ’Algérie. Il continuera la lutte de son exil. En 1999 il est de nouveau en Algérie et se présente aux élections présidentielles. Après une campagne électorale à travers tout le pays il se retire à la veille du scrutin comme un dernier acte de résistant pour dénoncer la fraude et la mascarade électorale qui verra Bouteflika élu avec une forte majorité Aït Ahmed continuera son combat politique jusque son dernier souffle, ces deux crédo étant : Sortir l’Algérie de l’omerta internationale et instaurer un débat démocratique pour que la base militante joue son rôle moteur en direction de la société. Le dernier fils de la Toussaint sera inhumé dans son village natale en Algérie. Il refuse lescérémonies officielles. Un dernier acte de panache interdisant dedonner au pouvoir usurpateur une bonne conscience . Jusqu’au bout,même dans sa mort, il aura choisi d ’être au coté du peuple. Nous choisissons ici de retranscrire son discours prononcé en 2008 lors du cinquantenaire de la création du GPRA :

"Azul felawen, Salem ouarlikoum. Un anniversaire est d’abord un moment de retrouvaille entre compagnons de lutte, camarades et amis mais aussi un moment où se rappelant un événement et en le célébrant on doit remettre sur la table, les rêves, les valeurs, les principes qui ont conduit à la fondation du GPRA (le gouvernement provisoire de la révolution algérienne). Nous avons le devoir de les rappeler afin que nul ne les oublie. Nous avons aussi le devoir de les confronter aux réalités d’aujourd’hui. Ce que je vais vous dire aujourd’hui j’ai déjà eu à l’écrire en prison à la santé à mes camarades du CCE qui fut la direction révolutionnaire de l’époque votée par le congrès de la Summam. La constitution du GPRA a été dans le cadre de la révolution la concrétisation du rêve de plusieurs générations d’algériens : l’Algérie a été voulu parles algériens comme un état représentant , incarnant, défendant les intérêts d’un peuple. Il est important de le rappeler face aux oligarches de toutes obédiences et tous les clans et autre regroupement infra ou para politique qui squattent l’espace public en privatisant l’Etat, en spoliant le peuple, en défigurant la société et surtout en la déstructurant. La question se pose aujourd’hui : Est ceque l ’Etat voulu par des générations d’algériens , par ce peuple qui a tant payé pour atteindre cet objectif est aujourd’hui bien incarné par le régime en place ? Pour répondre à cette question il faut peut être en poser une autre : Est ce que les nouvelles générations d’algériens et d’algériennes nés dans cet Etat gagné de hautes luttes grâce à la révolution considèrent ils ce pays comme le leur ? Ou est ce que l’Etat l’a à ce point éloigné de ses missions originelles c’est à dire incarner, représenter et défendre les intérêts du peuple dans toute sa composante, qu’il en a résultéun recul désastreux auprès de notre population notamment auprès denotre jeunesse dont la colère contre le régime se transforme en à cette jeunesse nous avons le devoir de leur rappeler d’véritable rejet de l’Etat. Quand on entend certains responsables faire des procès en patriotisme une part quels étaient les principes fondateurs de l’Etat algérien, d’autre part combien ils les ont bafoués quotidiennement. Pour rappel le CCE encore affirmait que la constitution d’un gouvernement est avant tout un acte politique devant pas conséquent répondre à des considérations politiques, elle ne peut être conçue à partir simplement d’évocations historiques et juridiques. Parmi les raisons qui ont conduit à la création du GPRA il est indispensable de rappeler la protection etle respect des droits de l’Homme et de faire respecter à l’époque la convention de Genève. Qu’en est il aujourd’hui de nos droits de l’Homme, de la protection de nos jeunes ? Qu’en est il aujourd’hui du droit de notre peuple à disposer de lui même ? On ne peut pas parler de la création du GPRA sans rappeler l’essentiel : le congrès de la Summam sans lequel la dynamique d’unification des forces nationales n’auraient pas eu la crédibilité nécessaire à l’échelle internationale. Le GPRA c’est aussi inscrire dans un souci de visibilité , les sacrifices des peuples dans son ensemble y compris les femmes, par devoir pour les jeunes générations il est vital, essentiel de rappeler le pourquoi et le comment du combat pour l’indépendance. Il reste encore beaucoup de chemin à faire pour que cet Etat soit l’incarnation des rêves d’un peuple et le garant de la défense de ses intérêts. Pour qu’il ne soit plus le cauchemar qui fait fuir par milliers nos jeunes et les moins jeunes. Il est vital de rappeler que chaque lutte renvoie au contexte historique et à l’environnement International qu’il sont les siens. Il s’agit d ’être clair sur les combats à mener aujourd’hui. L’Etat aujourd’hui n’est pas à confondre avec l’Etat colonial certes, mais il s’agit d’avoir la lucidité de voir que l ’Etat algérien d’aujourd’hui confisqué par une caste prédatrice ne répond plus aux aspirations du peuple et de la société, aux attentes de toutes les algériennes et de tous les algériens dans la diversité de leurs aspirations à la liberté et à la dignité. Faire œuvre utile en politique aujourd’hui c’est aussi expliquer en quoi l’histoire, la notre, c’est appuyé sur l’esprit millénaire de résistance de notre terre, cette histoire c’est aussi appuyé sur les instruments de la modernité universelle ce qui est rarissime dans le tiers monde.L’Etat moderne est au service d’un peuple dont il garantie la liberté, les droits, la sécurité et en retour le peuple devient le garant de la pérennité de cet Etat. Au moment d’évoquer cette victoire sur le colonialisme, il faut surtout en ces temps si durs et si cruels rappeler qu’avant de triompher de la colonisation nous avons d’abord vaincu nos limites
et le GPRA en a été l’expression : celle de l’unité. Le coup de force contre le GPRA a de ce fait consacré la régression, le recul en arrière, il demeure le témoignage d’une illégitimité originelle et a installé la force brute comme seul mode de gestion de la société. Je vous souhaite aujourd’hui de longs débats fertiles. Salem ouarlikoum "

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Hommage à Marseille : "Hocine Aït Ahmed a consacrés a vie au PEUPLE ALGERIEN : Ce dernier lui rendra l’hommage qu’il mérite le vendredi 1er janvier 2016 en l’accompagnant à sa dernière demeure chez lui dans son village natal en Algérie. Nous nous joignons à cet hommage populaire en vous appelant ,Le Vendredi 1erjanvier 2016 :- A 14h30 au Vieux Port pour un moment de recueillement et de prise de parole avec jet de fleurs à la mer et allumage de bougie (Prière de venir avec des fleurs et des bougies). - A 18H sur les ondes deradio Galère pour évoquer la vie et le
combat de ce militant qui a su garder le cap malgré une très longue vie d’exil.

 



 

 

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