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« Vivo li Novi »

27 novembre 2008

Qui dit mariage provençal dit mariage folklorique. En l’occurrence ce genre de folklore se manifeste sous diverses formes, toutes plus incroyables les unes que les autres. Rien de très surprenant à ce qu’une région du sud de la France ait des coutumes et des rites à connotation machiste mais il est à souligner que la cérémonie provençale revêt sous certains aspects des caractères difficilement compatible avec la parité homme femme.


 

Force est de constater que les jeunes hommes et les jeunes femmes n’ont pas les mêmes privilèges pour leurs enterrements de vie de garçon et de vie de jeune fille.
La soirée du jeune provençal ressemble à de nombreux égards à celle encore pratiquée aujourd’hui. L’usage prévoit la réunion des amis du futur marié autour d’un repas. La notion d’enterrement prend ici tout son sens car bon nombre des jeunes hommes présents considèrent perdre définitivement un des leurs. En Haute Provence, les funérailles du futur marié sont simulées. Ses amis, cravatés par un lacet de cuir, portent une boîte qui tient de cercueil à travers les rues du village, jusqu’au domicile du marié. Là, une soirée copieusement arrosée débute et marque le début des festivités.
La future mariée enterre sa vie de jeune fille de façon beaucoup plus sobre. Elle ne choisit pas ce moment qui de nos jours s’apparente à un véritable lâchage collectif. Le dimanche précédant le mariage lui est réservé. A cette occasion elle invite ses amies à partager une collation de gâteaux et de fruits et leurs fait découvrir son trousseau.
L’aspect « macho » de l’enterrement de la vie de garçon se retrouve dans la déclaration d’amour et la demande en mariage. Un échange de foulards entre les jeunes provençaux leur permettait de dévoiler leurs sentiments sans avoir à parler. Le jeune homme dérobait le foulard de sa prétendante pour la demander en mariage. Si cette dernière ne montrait aucun désappointement, elle portait le foulard du garçon pour lui faire connaître ses sentiments.
La cérémonie religieuse reste traditionnelle et se déroule à l’église du village. Les futurs époux sont mariés par un prêtre catholique. Deux jeunes femmes tiennent la voilure de la mariée. Cette coutume provient de l’Ancien Testament : « Toute femme qui prie ou prophétise la tête découverte fait un affront à son chef ».
Au cours de la célébration, le jeune marié s’agenouille devant sa future femme. Si son genou se pose sur la robe, il aura le pouvoir de décision au sein de son couple, par contre si la future épouse ne l’entend pas ainsi, elle rétractera son doigt au moment de passer son alliance.

Romantisme

La sortie de l’église se veut assez romantique. Les novi (les jeunes mariés) passent sous un arceau fleuri, bras dessus bras dessous. L’époux remet à sa femme les clés de leur demeure et la jeune épouse jette sur ses beaux-parents une coupe de blé, symbole de prospérité. Cette coupe de blé pourrait s’apparenter de nos jours au bouquet lancé aux invités par la mariée.
Enfin le saut d’une barre fleurie, ou d’un ruban, par le jeune couple, correspond à leur entrée dans une nouvelle vie. « Cette barre vous invite à la sauter, joyeux, unis, vous en trouverez tant dans la vie, courage, amour, union et vive l’avenir ».
Les festivités se poursuivent dans un état d’esprit joyeux et de partage. Le repas de noce en est le point d’orgue. D’une durée assez longue, allant parfois jusqu’au lendemain matin, il est rythmé par des danses et des chants. Une des seules obligations de ce repas, finalement peu codifié, est celle pour les mariés de manger dans la même assiette. Les invités remettent trois pains à la mariée qui en donne deux à sa famille et un à ses amis. Ce don définit la volonté de l’épouse d’être économe, de nourrir correctement sa famille sans oublier ses amis.
L’épisode de la jarretière est un évènement très attendu par une assemblée toujours friande de moments coquins. Le garçon d’honneur fait ensuite la quête avec la chaussure de la mariée dans laquelle la jarretière a été glissée.

Superstitions provençales

Pays de croyances, la Provence multiplie les précautions pour réaliser un mariage heureux.
Le choix de la date de la cérémonie revêt une importance capitale. Le chiffre 9 porte malheur et aucune cérémonie n’avait lieu les 9, 19 et 29 du mois.
D’autre part, les mois de mai, juillet, septembre et novembre n’étaient pas conseillés. Par contre les jours fastes comme le mardi, le jeudi et le samedi présageaient d’une heureuse union. Ces contraintes calendaires paraissent aujourd’hui farfelues mais ce ne sont pas les plus étranges. En effet, le mariage provençal n’est pas partageur. Une union simultanée de deux frères ou de deux sœurs portait malheur.
Les mauvais esprits sont éloignés par du sel placé à la fois dans la poche du costume du marié et dans les chaussures de la mariée.

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Le costume traditionnel de la mariée.
Extrait du livre de Nicole Niel « L’art du costume d’Arles ».

Jupe en forme ronde
Eso : corsage près du corps à manches étroites, décolleté sur la poitrine et dans le cou, rentre dans la jupe et reçoit les éléments de la chapelle.
Chapelle : ensemble des quatre pièces montées sur le buste : plastron, guimpe, fichu de dessous, fichu de dessus.
Devant d’estomac ou plastron : Trapèze de tissu brodé ou recouvert de dentelle tuyautée ou volantée qui cache l’ouverture de l’Eso devant.
Guimpe ou tour de chapelle : pièce de lingerie en forme de « U » dont le côté intérieur est brodé ou bordé de dentelle et qui encadre le cou et le plastron sur la poitrine.
Fichu de gaze : grand carré de tissu léger toujours blanc, plié dur la diagonale et entièrement plissé qui reçoit le fichu du dessus.
Pèlerine : remplace le fichu dans le costume de mariée. Elle laisse apparaître au moins les trois premiers plis du fichu du dessous.
Ruban : ruban de velours de soie à motifs décoratifs multiples sur fond satiné. Il s’enroule autour du peigne caché du dessus de coiffe en tulle brodé.
Ganse : bande de dentelle cousue et dont les extrémités sont soutenues par un fil de laiton enrubanné.

 

 

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