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Vieux migrants : Où en est-t-on ? Les acteurs de terrain prennent la parole.

12 janvier 2012 - Dernier ajout 16 janvier 2012

La Fédération Régionale des Acteurs Intervenants auprès des Chibanis (Frachi) organisait le 18 novembre dernier à Marseille, un colloque autour des problématiques rencontrées par les vieux migrants des Bouches-du-Rhône. Un diagnostic, établi par l’Anthropologue Abderrahmane Moussaoui et deux doctorantes, Emilie Francez et Fella Bendjilali a été exposé aux professionnels, acteurs sociaux et institutionnels (DRJSCS, le Conseil Régional PACA et le Préfet délégué à l’égalité des chances représenté par la déléguée Mme D’Orloff) afin d’améliorer la prise en charge quotidienne (social, santé et administratif) de ces chibanis. Etaient présents : Mustapha Mohammedi, président de la Frachi, Abderrahmane MOUSSAOUI, Enseignant chercheur en Anthropologie à l’Université de Provence, Hocine BEN-SAÏD, directeur du centre social La Gavotte- Peyret à Septèmes-les-Vallons. Kader ATIA, directeur de l’AMPIL , Karima BERRICHE, Directrice du Centre social l’AGORA, Sabah BEKHEIRA, Coordinatrice « Espace méditerranéen pour les Personnes Agées » à l’AMPIL, et Arlette PAROLA, médecin gériatre, Directrice de l’ I.R.I.P.S. Voici en vidéo les différentes interventions.


 

La FRACHI est une fédération créée après les deuxièmes rencontres nationales des luttes de l’immigration. Elle est composée de travailleurs sociaux qui côtoient ces vieux migrants depuis de longues années. Les associations présentes sur le terrain sont encore trop peu nombreuses ; celles qui existent depuis des années ont déjà accompli un gros travail auprès de ces vieux migrants. Des acteurs de terrain que l’on retrouve à l’AMPIL, une associaton qui opère depuis plus de 30 ans, mais également au sein de l’association « Schebba », au « centre social Agora » dans le quartier de la Busserine, du centre « centre social la Gavotte‐Peyret » à Septèmes‐les‐Vallons, de l’association « Contacts » à Gardanne. Ce collectif tente donc de « remédier aux difficultés rencontrées par cette population ». La DRJSCS dont font partie Badra Delhoum et Isabelle Fouque, soutient particulièrement les actions portées par ce collectif. « D’autres opérateurs peuvent intégrer la FRACHI et apporter leur expérience » a précisé Mustapha Mohammedi, président de la fédération.

Ce film résumant la conférence a été réalisé grâce au soutien de la D.R.J.S.C.S

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« Arriver à mieux comprendre, pour mieux agir »

Avoir du recul pour les acteurs de terrain qui agissent quotidiennement pour améliorer le sort des chibanis, n’est pas évident. Surtout lorsque c’est dans l’urgence qu’ils tentent de venir en aide à ces chibanis, désorientés et victimes du système administratif dont il ne maitrise pas le langage et les codes. Par souci d’efficacité, les différents organismes ou associations ayant intégré la FRACHI, ont commandé une étude auprès de l’Anthropologue Abderrahmane MOUSSAOUI, Enseignant chercheur en Anthropologie à l’Université de Provence. L’objectif ? Tenter d’améliorer les pratiques de ces acteurs de terrain, en mettant en place « un plan d’action dans l’espoir de diversifier les modes d’agir en direction de cette catégorie de population ». Une population placée sous le signe de la précarité : conditions de logements difficiles, faible accès aux droits et aux prestations sociales, les chibani(a)s, invisibles et discriminé(e)s ne retiennent pas assez l’attention des pouvoirs publics. Et pourtant « ils seraient plus de 530 000 âgés de plus de 60 ans » a précisé Kader Atia directeur de l’AMPIL.

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Kader Atia (directeur de l’AMPIL)

Dans son diagnostic, Abderrahmane Moussaoui souligne la nécessité « d’adapter les prises en charge en prenant compte les spécificités culturelles de ces populations immigrées et abandonner l’obsession assimilationniste pour une véritable intégration ».
Cela passe par la facilitation des démarches administratives et des procédures d’accès aux droits. Car ces dispositifs actuels ne sont pas adaptés aux situations que vivent ces anciens travailleurs.

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Abderrahmane Moussaoui (Anthropologue)

Abderrahmane Moussaoui suggère notamment aux acteurs sociaux d’« amener la Caisse nationale d’assurance vieillesse (CNAV) à développer un partenariat et/ou des services spécialisés d’information et d’aide en direction de cette population pour faciliter l’accueil et l’accomplissement des formalités qui ouvrent les droits à la retraite ».

En effet, l’accès à certains droits est souvent entravé par des restrictions telles que les restrictions de nationalité ou encore l’obligation de résidence de 6 mois sur le sol français. L’accomplissement de toutes les formalités administratives auraient été impossibles pour ces chibanis, sans l’aide de l’AMPIL dont le directeur, Kader Atia, a énoncé les nombreuses difficultés et pièges auxquels sont exposées ces personnes vieillissantes. L’exemple le plus frappant reste l’accès aux droits de retraite et notamment le « minimum vieillesse ». Comme l’a expliqué Kader Atia :

« Jusqu’en 2006, un retraité au minimum vieillesse ne pouvait pas recevoir une retraite du régime général inférieure à environ 250€ par mois, ce qu’on appelait dans le jargon la « majoration de l’article L.814-2 du code de la sécurité sociale ». Ceci signifiait en pratique qu’une toute petite partie du « minimum vieillesse » était quand même exportable (au maximum 250 € donc). Toutefois parmi les nombreux étrangers retournés au pays, beaucoup avaient liquidé leur retraite sans demander l’application de la majoration de cet article L.814-2. Or les caisses de retraite se gardaient bien de leur donner cette information sur leur droit, alors même qu’elles sont tenues par la loi à une obligation d’information et alors même que ce droit à la majoration aurait pu leur être accordé automatiquement ».

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Hocine BEN-SAÏD (directeur du centre social La Gavotte- Peyret à Septèmes-les-Vallons)

L’accès au logement relève également du parcours du combattant. Avec de faibles ressources, les migrants se contentent très souvent d’occuper « un hébergement précaire et insalubre jusqu’à l’installation durable dans un studio ou un hôtel meublé non moins précaires » a poursuivi le directeur de l’AMPIL.

« Une des actions à mener serait d’innover en la matière en construisant une Maison du chibani et en l’organisant comme un vrai foyer d’accueil » a suggéré Abderrahmane Moussaoui pour qui « l’AMPIL pourrait (par exemple) gérer le fichier des locataires au plus près de la réalité avec une souplesse tenant compte des va et vient. (…) Une maison expérimentale dotée de chambres adaptées à la perte d’autonomie, devrait pouvoir accueillir en priorité les cas les plus vulnérables avec un personnel formé aux questions des soins gérontologiques. »

De son côté, Malika D’Orloff, représentante du préfet délégué à l’égalité des chances a réaffirmé l’engagement de l’Etat en évoquant le programme régional d’intégration des populations immigrées (PRIPI) avec la déclinaison dans chaque département d’un programme départemental d’intégration. Ce qui a notamment interpellé Mohamed Bensaada, président de l’association « Quartiers Nord/Quartiers Forts » pour qui « la république n’a jamais cherché à les intégrer. Aujourd’hui, quand on discute de leur vie, alors qu’ils ont des difficultés à se lever, à marcher, on va leur demander de s’intégrer ? Est-ce que l’intégration signifie domestication sur la fin de vie ? » a-t-il lancé.

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Malika D’Orloff (Délégué à l’égalité des chances)

L’accès aux services de santé reste aussi très difficile, aussi bien pour les chibanis que les chibanias, à qui l’on diagnostique des maladies qui auraient pu être évitées » a notamment expliqué Sabah BEKEIRA, Coordinatrice « Espace méditerranéen pour les Personnes Agées » à l’AMPIL. Pour ne plus que cela se reproduise, Abderrahmane Moussaoui, préconiserait qu’une action comme celle du petit déjeuner (AMPIL) soit couplée à une auscultation médicale pour prévenir et orienter les cas susceptibles de développer une maladie. Mais aussi favoriser la création de permanences d’infirmeries dans les foyers. Pour Arlette Parola, médecin gériatre et directrice de l’IRIPS, centre de prévention de santé spécialisé dans le vieillissement, « il faudrait multiplier les accompagnements individuels pour ces populations vieillissantes et souffrantes. Or, c’est quelque chose d’absolument indispensable » a-t-elle souhaité préciser.

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Sabah BEKEIRA (Coordinatrice « Espace méditerranéen pour les Personnes Agées » à l’AMPIL)

Face à toutes ces difficultés, les chibani(a)s sont solidaires. A Septèmes-les-Vallons, « ils participents souvent à la mise en place d’action mettant en avant la solidarité et l’entraide » a résumé Hocine BEN-SAÏD, directeur du centre social La Gavotte- Peyret. De son côté, Karima Berriche, Directrice du Centre social l’AGORA tient à mettre en avant l’action des chibanias, très impliquées dans le développement local du grand Saint-Barthélémy, « du fait de leurs expertises sur diverses questions. Toute action sérieuse ne peut se faire qu’avec elles. En tout cas c’est le choix de notre posture professionnelle que nous partageons avec l’ensemble des acteurs inscrits dans les actions de la Frachi » a-t-elle conclu.

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Karima Berriche (Directrice du Centre social l’AGORA)

 



 

 

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