Articles

Accueil > Actualités > Une participation citoyenne à l’œil

 

Une participation citoyenne à l’œil

12 août 2011

Pas question de tourner en rond pour l’équipe du Compas dans l’oeil qui a décidé de replacer les habitants de Saint Mauront au cœur des réflexions entourant la rénovation urbaine de leur quartier. Instrument bien affuté autour du cou, le collectif composé d’experts et d’habitants, a présenté au président du Grand Projet de Ville de Marseille une série de réflexions autour de l’aménagement de la place Arzial. Des propositions qui serviront prochainement de cahier des charges à un maître d’œuvre, dans le cadre du projet ANRU de Saint-Mauront.


 

JPEG - 119.7 ko

« Il n’est pas nécessaire d’avoir un instrument de mesure pour juger avec exactitude des distances » revendique le collectif marseillais de Saint Mauront, cette petite butte enclavée entre l’autoroute nord et les boulevards national et Ferdinand Lesseps. « Avoir un compas dans l’oeil » signifie en effet avoir un œil assez aiguisé pour pouvoir remplacer un instrument. Et quoi de mieux que l’œil des habitants eux-mêmes, pour scruter au mieux leur quartier. A l’heure de la mise en place des conventions de l’Agence nationale de la rénovation urbaine (ANRU), qui visent à réhabiliter différents quartiers marseillais, l’équipe du Compas dans l’œil tisse depuis sept ans des liens avec les habitants du quartier de Saint Mauront, afin que leur parole soit entendue par les acteurs publics.

L’idée est née, non loin de là, à la Friche, autour d’un projet « archi-radio », initié par Radio Grenouille et orchestré par Sandra Comptour, architecte et Nelly Flecher, réalisatrice sonore. Les deux instigatrices ont été contactées par le Réseau d’éducation prioritaire du quartier afin de construire, avec les habitants, un projet sur la cité Félix-Pyat, en pleine réhabilitation. « Un territoire proche du centre-ville, qui jouxte Euromed et qui a attendu sa réhabilitation pendant trente ans, commente Sandra Comptour. Il est fortement imprégné par toutes les phases d’urbanisation de la ville, il contient des marques fortes comme l’autoroute nord et des signes d’anciennes activités industrielles, un territoire intriguant avec ses immenses friches », résume la spécialiste.

Proposer une autre lecture du quartier

« Au départ, on ne savait pas trop comment traiter cette question de l’urbanisme, comment faire en sorte que les gens trouvent leur place dans ces différents projets, de plus, il y avait une pénurie associative dans ce quartier, un manque d’expression des habitants, donc cette double casquette ’archi-radio’ permettait de mettre l’expression des habitants sur l’espace public autour des transformations de leur quartier ». Puis, de file en aiguille, à force de tâtonnement et de bonne volonté, une méthodologie est apparue : « Les intrigues urbaines à Saint-Mauront ».

Dés 2003, chaque année, une thématique par rapport aux transformations du quartier a été définie. Des intrigues ont été construites avec les habitants, des sujets sensibles et parfois poétiques comme « De mon balcon, je.... », ou Les bruits qui courent ». Habitants et écoles ont pu composer autour de ces sujets : « Un travail où on fouillait le sens lié à cette thématique », commente Sandra Comptour. Des réflexions chaque fois conclues par un événement présenté sur l’espace public.

JPEG - 110.9 ko

La place Arzial comme laboratoire

Cette aventure dura de 2003 à 2008, avant que l’équipe ne décide de s’impliquer de façon plus active auprès des habitants du quartier en construisant un groupe d’ « experts habitant », force de propositions pour le quartier, objet de mutations urbaines dans le cadre du nouveau projet ANRU. Afin de mener à bien cette démarche, l’équipe s’est enrichie en 2009 de nouveaux intervenants : un paysagiste, un photographe, un sociologue et urbaniste et un philosophe, relevant le défi de créer « en posant des regards décalés mais nourris de la pratique quotidienne des habitants ». La parole des habitants considérée comme « expert d’usage de leur environnnement » a été confrontée à celle des experts. Qu’est ce que l’espace public à Saint Mauront, pour qui, pour quoi, autant de questions à poser pour déconstruire et tordre le cou à cette vision et à ce sentiment récurrent d’immobilisme et de méfiance des habitants vis à vis des politiques urbaines. La convention ANRU étant signée en décembre 2009, le collectif a décidé de faire un projet basé sur la participation des habitants et de voir comment il pouvait s’inscrire dans celui de l’ANRU. Parallèlement, le président du Grand Projet de Ville (GPV), Jérôme Bernard, a décidé de constituer un groupe de réflexion sur les espaces publics : « On arrive à être interlocuteur, un dialogue est ouvert, se réjouit Sandra Comptour. Face à tout notre investissement, le GPV s’est senti un peu obligé de le faire aussi ! ». Une participation qui ne portera cependant seulement que sur l’aménagement de l’espace public. « Une habitante a proposé de travailler à partir d’images référentes prises à Marseille et ailleurs. Notre réflexion s’est d’abord portée sur les choses à valoriser au niveau de la place Arzial et de ses abords, un aménagement inscrit dans le projet ANRU Saint-Mauront ».

De la participation naît la collaboration

Des réunions ont débuté en juin 2010 et des propositions autour de la valorisation de la place ont pu voir le jour. Une circulation à sens unique, un aménagement paysager sur le talus SNCF à l’entrée de Félix-Pyat, un parking sécurisé rue Rivoire, autant d’idées que les habitants aimeraient voir pousser en bas de chez eux. Si au début le GPV parlait seulement de consultation citoyenne et non de participation, cette dernière a très vite pris le pas sur la première. Les habitants ont d’abord trouvé comme interlocuteurs des chargés de missions, avant de rencontrer les élus du secteur, des élus enthousiastes qui se sont engagés à utiliser ces propositions comme cahier des charges ou future maîtrise d’œuvre.

Un travail qui après trois ans touche à sa fin, même si une autre réflexion s’est déjà amorcée avec la rue Guichard Gaillard. Le temps pour le collectif de s’interroger sur cette participation citoyenne dont le bilan est plus que positif. «  Maintenant, jusqu’où sont prêts à aller les pouvoirs publics et les opérateurs car l’associatif est limité et cette implication des populations très importante » lance cependant Sandra Comptour. « Des quantités d’experts, de sociologues mènent des études dans ces quartiers, font des diagnostics sans aller au cœur des projets, ce serait davantage utile d’investir dans la construction de programmes avec les habitants, de prendre chaque fois une pause avec eux pour se repositionner. Mais les élus ont peur des habitants, des entraves aux projets, on est dans une culture de l’espace public cloisonné », regrette cette militante. A Marseille, on est malheureusement encore bien loin de la prise en compte de cette vigilance citoyenne et réflexion participative des habitants autour de la transformation de leur environnement », conclut cette dernière. Si la tendance semble plutôt être ces derniers temps aux débats citoyens et autres jurys populaires, l’expression citoyenne, dans son plus simple appareil, ne semble en effet pas toujours vue d’un très bon œil... Gageons que l’expérience de Saint Mauront arrive à faire de l’œil aux autres quartiers marseillais, eux aussi objets du projet ANRU !

 

 

Autres articles Actualités

 

Brèves Actualités

  • 6 novembre

     

    Projet de loi sur la Sécurité Sociale adopté : 4,2 milliards de restrictions demandés

    L’Assemblée nationale a adopté, mardi 31 oct 2017, le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2018. La gauche de l’Hémicycle a voté contre, dénonçant une attaque sans précédent contre le système de protection sociale. https://www.humanite.fr/le-budget-de-detricotage-de-la-securite-sociale-ete-vote-644835

     

  • 6 novembre

     

    Violences sexuelles faites au femmes, plan d’urgence demandé à Macron

    VIOLENCES SEXUELLES - Louane, Alexandra Lamy, Tatiana de Rosnay... 100 femmes demandent à Macron "un plan d’urgence contre les violences sexuelles" Elles sont les premières signataires d’une pétition en ligne pour en finir avec les violences sexuelles. "Ces violences ne sont pas une fatalité. Elles peuvent cesser". Une centaines de personnalités féminines de la société civile, artistes, comédiennes, réalisatrices, écrivaines, journalistes, médecins... ont signé une tribune adressée au président Emmanuel Macron dans le Journal du dimanche ce 5 novembre, demandant "un plan d’urgence contre les violences sexuelles". Cet appel, initié par des militantes féministes, dont Caroline de Haas, a également été (...)

     

  • 30 octobre

     

    Concert de musique arabe et européenne en soutien à SOS Méditerranée dans le cadre du festival d’Aix-en-Provence

    La série de concerts solidaires exceptionnels inaugurée en 2016 au profit de SOS MEDITERRANEE, se poursuit cet automne, sur l’initiative de Bernard Foccroulle, directeur du festival d’Aix-en-Provence et organiste, et membre du comité de soutien de SOS Méditerranée. Le prochain concert aura lieu - Vendredi 17 Novembre à 20h45 - Eglise St Jean de Malte à Aix-en-Provence "Les couleurs de l’Amour et de l’Exil" Concert de musique arabe et européenne Bernard Foccroulle Orgue Alice Foccroulle Soprano Moneim Adwan Chant et Oud Compositions de Francisco Correa de Arauxo, Alessando Grandi, François Couperin, Dietrich Buxtehude, Bernard Foccroulle, Abou Khalil El-Kabani, les frères (...)

     

  • 17 octobre

     

    La ville de Marseille a voté un plan à 1 milliard d’euros de reconstruction des écoles, par des partenariat public-privé

    Un plan massif, à un milliard d’euros, pour reconstruire les écoles de Marseille Régulièrement épinglée pour le délabrement de certaines écoles publiques, la ville de Marseille a voté lundi un plan massif de reconstruction d’un montant d’un milliard d’euros, via des partenariats public-privé (PPP) contestés par l’opposition. "Le projet que nous nous apprêtons à lancer est considérable, c’est un véritable plan Marshall qui n’a aucun équivalent ni dans l’histoire de la ville de Marseille ni dans aucune autre ville", a vanté le maire (LR) Jean-Claude Gaudin, devant le conseil municipal. Le plan prévoit la destruction de 31 établissements obsolètes des années 1960, et leur remplacement par 28 nouvelles écoles, (...)

     

  • 16 octobre

     

    MARSEILLE POUBELLE LA VIE Collectif citoyen contre l’insalubrité à Marseille lance une pétition

    MARSEILLE POUBELLE LA VIE Collectif citoyen contre l’insalubrité lance une pétition en ligne, avec une lettre ouverte à Jean-Claude Gaudin " Nous nous sommes mobilisés pour vous apporter les preuves de ce triste constat à travers le Livre Noir de Marseille : Etat des lieux de chaque quartier de la cité. Vous y observerez les rats que côtoient les usagers chaque jour. Ils s’attaquent aux câbles des voitures et pénètrent chez nous. Leurs cadavres trainent dans les rues et dans les parcs….Leur prolifération est vectrice de maladie comme la leptospirose…La gale et la teigne sont revenues dans nos parcs et nos écoles !" (...)

     

  • 9 octobre

     

    Droit de retrait reconduit ce jour au lycée Saint-Exupéry, lundi 9 oct

    Lundi 9 octobre 2017 Droit de retrait reconduit ce jour au lycée Saint-Exupéry Pour la troisième journée consécutive les personnels ont décidé d’exercer leur droit de retrait, les conditions de sécurité n’étant toujours pas assurées, ni pour nos élèves, ni pour nous. Dans un communiqué, les professeurs et personnels, leurs sections syndicales, FSU, CGT, FO, SUD, CFDT précisent :"Vendredi, la direction académique a dit réfléchir à la possibilité d’affecter à l’année 4 ou 5 AED supplémentaires sur notre lycée pour la vie scolaire. Il y a urgence ! Nos élèves doivent pouvoir reprendre les cours au plus vite, dans des conditions de sécurité restaurées. Il nous est insupportable d’être une nouvelle fois (...)

     

  • 6 octobre

     

    Lycée Saint exupéry, les enseignants font valoir leur droit de retrait, suite à des violences

    DROIT DE RETRAIT AU LYCEE SAINT-EXUPERY DE MARSEILLE "La rentrée chaotique du lycée continue … En grève le 5 septembre, les personnels dénonçaient déjà les conditions de travail fortement dégradées suite à la perte de 30 contrats aidés (CUI), assurant notamment l’encadrement des élèves et l’entretien des locaux. De façon prévisible, les 10 postes reconduits n’ont pas suffit à assurer la sérénité du travail dans l’établissement. Depuis un mois seulement, les incidents se multiplient, les actes de violence sont récurrents :- 315 exclusions de classe- 6128 absences d’élèves- 490 passages à l’infirmerie- 9 évacuations par les pompiers … Suite à une bagarre d’une violence extrême ce mercredi, l’ensemble des (...)

     

  • 4 octobre

     

    Fête de l’Automne soutien au Manba, migants 13, Marseille. dimanche

    Fête de l’Automne soutien au Manba, migants 13 Un repas de soutien au collectif Al Manba , soutien migrant-es 13 ; est organisé aux jardins partagés de l’Annonciade, quartiers nord, les Aygalades, à partir des récoltes. Discussions, musique, buvette, chaleur humaine par Collectif Soutien Migrants 13 / El Manba dim 12:00 · Chemin de la Mûre, 13015 Marseille Page FB Collectif Soutien Migrants 13 / El Manba

     

  • 4 octobre

     

    Recours au Conseil d’Etat , contre le gel des contrats aidés

    Emplois aidés : La justice va-t-elle suspendre le gel décidé par le gouvernement ? TRAVAIL Le Conseil d’Etat examine mardi 03 octobre, un recours déposé par des élus écologistes et plusieurs associations contre la remise en cause des contrats aidés décidée par l’exécutif... http://www.20minutes.fr/economie/2143331-20171003-emplois-aides-justice-va-suspendre-gel-decide-gouvernement

     

  • 25 septembre

     

    La Ville de Marseille lance une enquête sur des « comportements supposés répréhensibles » dans les musées.

    La Ville de Marseille lance une enquête sur des « comportements supposés répréhensibles » dans les musées Depuis plusieurs semaines, des agents des musées dénoncent dans des courriers anonymes des passe-droits, voire les emplois fictifs dont bénéficieraient d’autres agents. La Ville a décidé de diligenter une enquête interne de l’inspection générale des services. A lire sur marsactu https://marsactu.fr/avis-de-tempete-dans-les-musees-de-marseille/

     

Articles récents

Articles au hasard