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Une censure bénéfique

9 juillet 2011 - Dernier ajout 11 juillet 2011

En arpentant les rues de la cité phocéenne, la population a pu apercevoir une tente berbère noire se nomadiser dans des lieux d’attrait, dynamiques pour les uns et évocateurs pour les autres. Cette manifestation de la Smala, répond à la censure organisée par les services de la mairie de Marseille sur un des supports de communication de l’association Echelle Inconnue. Retour sur les faits.


 

A l’occasion de la dernière journée d’exposition mobile « Marseille, schéma exotérique musulman » qui répond au projet Smala, Med’in Marseille a pris la température d’un événement qui, dès le départ, a bien failli ne pas voir le jour. L’association livre ses impressions.

Med’in Marseille : Le 27 juin, l’association décide de déplacer l’exposition, programmée à la bibliothèque de l’Alcazar (bibliothèque municipale à vocation régionale), au profit de la rue. Le lieu ne vous convenait pas ?

Echelle Inconnue : Au contraire, l’emplacement de la bibliothèque était idéal. Après divers entretiens avec des musulmans pratiquants, nous avons constaté que leur religion et ce qui en découle (événements, lieux de culte...) est reléguée essentiellement en périphérie. Nous avons voulu contrer ce fait. Seulement, le 21 juin, le service communication qui doit nous faire parvenir l’affiche – présentant l’évènement - validée par le service Culture de la Mairie de Marseille, nous transmet « une affichette » qui diffère intégralement de l’originale. Le pictogramme d’une mosquée - avec un minaret - que l’on serait bien en peine de trouver sur un plan de Marseille, a tout simplement été censuré. D’abord vexés puis pris par un sentiment de colère, cette restriction a finalement fait sens. Face au silence de la direction des affaires culturelles de la Ville, nous avons donc décidé de déplacer l’exposition. Et en réponse à cette réprobation, nous avons choisi d’affirmer le plus largement possible la visibilité de notre travail en plantant les piquets dans des lieux stratégiques de la ville.

Vous avez fait escales près de 4 lieux « significatifs ». Hormis l’Hôtel de Ville et la bibliothèque de l’Alcazar où votre intention a bien été comprise, pourquoi avoir choisi de migrer au pied de Notre-Dame de la Garde et sur le site de la future mosquée de Marseille ?

Pour le site de Notre-Dame de la Garde, c’est particulier. En janvier 2010, nous avons posé nos valises pour 8 mois à la Gare Franche, dans les quartiers Nord. Ce périple s’inscrivait dans le cadre du projet Smala. Nous avons tenté d’entrevoir quelle carte de Marseille pouvait être dressée à travers l’islam. Lors de notre investigation, nous avons rencontré l’association des femmes du plan d’Aou. Dans un local modeste se côtoient main de Fatma et vierge Marie. C’est interpellant et intéressant. Souad, membre de l’association, nous a expliqué qu’elle va prier la vierge Marie à Notre-Dame de la Garde, dans la partie réservée aux musulmans. C’est pourquoi nous avons décidé d’honorer ce lieu pour notre exposition. Et puis le site de Notre-Dame de la Garde, c’est des pictogrammes sous toutes ses formes ! Concernant l’emplacement de la future mosquée, nous l’avons investi dans un contexte actuel sensible où sa construction fait débat, où l’on discute l’architecture du minaret. C’est tout un imaginaire qui est créé autour de cette controverse.

Au vu du retour que vous avez eu avec le service Culture de la Mairie de Marseille, votre parcours a-t-il été constamment semé d’embûches ? Comment qualifiez-vous le rapport de Marseille vis-à-vis de l’islam ?

Nous n’avons pas eu vraiment de difficultés mais plutôt des justifications permanentes à donner. C’est en partie pour cela que l’exposition a été annulée et déplacée. Nous avons transmis l’affiche originale, le 19 mai 2011. Un mois plus tard, nous apprenons que le pictogramme ne rentre pas dans la charte graphique. Ça a été un ras-le-bol. Et pourtant, on ne peut pas parler de Marseille sans évoquer l’islam, qui touche 1/3 de la population. Malgré ce constat, on a ressenti une réelle frilosité. Pour exemple, la salle de prières la plus ancienne au plan d’Aou a dû déménager 3 fois avec la peur de l’islam invisible, l’islam-des-caves, la « voyoucratie islamique ». Lorsque l’on ne dénombre aucun lieu de culte musulman répertorié, le rapport est assez flagrant.

Quésaco Smala ?

De 1841 à 1843, la Smala était la capitale nomade de l’Algérie, ville de tentes conçue par l’émir Abd el Kader, pour et dans la lutte contre la colonisation française. Rayée de la carte par les troupes du Duc d’Aumale, il ne restait pratiquement plus rien de cette ville hormis des toiles, un schéma, et des textes de prisonniers et d’Abd el Kader. Après sa reddition, l’émir restera près de cinq ans prisonnier en France. Presque 2 siècles plus tard, l’association Echelle Inconnue est revenue sur les pas d’Abd el Kader en invitant la population algérienne à poursuivre une réflexion autour de la tente et de l’urbanisme. Leur point de départ : la réalisation urbanistique de la Smala. Un volet qui vise à interroger les villes combattantes pour faire émerger des représentations manquantes et des villes invisibles. C’est ainsi que l’association a posé sa tente, dans chacune des villes où Abd el Kader fut emprisonné afin d’élargir un peu plus les fonds de cartes des smalas.

 

 

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