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Un peu de l’esprit de l’école aux Restos du cœur

5 septembre 2011

La rentrée est pour tout le monde et même pour les plus démunis. Après les trois premiers mois d’ouverture de leurs cours d’alphabétisation, les Restos du cœur poursuivent leurs actions chaque lundi dans leur local, boulevard national. Les élèves, tous adultes, viennent apprendre à lire, écrire et même parler le français. Une petite respiration dans leur difficile quotidien et un pas vers la confiance en soi et l’intégration.


 

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« Que fait-on avec les yeux ? », «  Que fait-on avec les oreilles ? », « Que fait-on avec la main ? » et Catherine, l’animatrice des cours d’alphabétisation d’esquisser un geste avec la main. Pour proposer un peu plus tard une réponse à ses élèves attentifs et souriants « On voit », « On écoute », « On touche ». Au local des Restos du cœur, boulevard national dans le IIIe arrondissement de Marseille, l’enseignement a aujourd’hui porté, entre autres sur les cinq sens. Apprendre les mots et les verbes des cinq sens et savoir les orthographier. Toujours cela de gagner pour Laura, Vardouhi, Anait ou Azniv des femmes arméniennes, demandeuses d’asile qui ne parlent pratiquement pas le français mais qui savent très bien écrire dans leur langue. En attente d’avoir le statut de réfugié politique, elles sont depuis cinq mois en France et résident au CHU, Centre d’Hébergement d’Urgence de la Madrague. Faute de pouvoir travailler en France (elles n’en n’ont pas le droit), elles viennent chercher, toutes vêtus et maquillées avec soin, un peu de cette « intégration » qu’elles espèrent tant.

Lettrés et illettrés

«  Il y a deux sortes de public ici », résume Catherine, bénévole des Restos et ancienne enseignante : « Ceux, qui ont été scolarisés dans leur pays. Ils sont instruits, ils peuvent même avoir un excellent niveau. Ce sont des gens qui sont médecins, ingénieurs, infirmières, professeurs et même pianistes ! Ces personnes ne sont pas du tout illettrées, mais elles ne savent pas parler le français, ni l’écrire. Pour elles, c’est un peu le FLE, Français Langue Etrangère, que nous devons enseigner. Puis, il existe une autre sorte de public que nous touchons ici, qui est analphabète, jamais scolarisé dans son pays ou qui connaît des difficultés à écrire notre langue. » Dans un autre coin du local, Rabia, une jeune marocaine qui vient d’arriver sur le sol de notre pays est encadrée par Brigitte, une autre bénévole. Le cours porte cette-fois sur le vocabulaire du corps humain avec un schéma pour placer les mots en français sur chaque partie du corps. Rabia est, elle, analphabète, elle n’a jamais été à l’école au Maroc et ne sait ni lire, ni écrire dans sa langue natale. Un petit cahier de brouillon lui permet donc de s’exercer à faire des lignes de lettres pour écrire un jour dans la langue de Molière. Brigitte est satisfaite des progrès de Rabia. Appliquée et concentrée, la jeune femme avance pas à pas dans son apprentissage.

Quant au soutien scolaire, les animateurs ne paraissent pas très enclins à le mettre en place. « Le problème ne se pose pas de la même façon pour les enfants qui apprennent très vite le français, surtout s’ils sont scolarisés », résume Alain, un autre bénévole.

Soixante élèves

Depuis que l’association a ouvert, en juin dernier, un espace d’alphabétisation à Marseille, expérience réussie en Ile-de-France, soixante personnes y participent.

Joseph, responsable du suivi des centres dans la cité phocéenne explique la démarche : « Après l’initiative parisienne, nous avons proposé l’idée aux bénéficiaires qui semblaient intéressés. Puis, il a fallu trouver des bénévoles, qui sont partis en formation à Paris. Aujourd’hui il y a six intervenants au total. Deux d’entre eux sont d’anciens enseignants. Mais notre local est un peu petit. Nous cherchons un nouvel emplacement. Au 426, boulevard National, nous avons constitué des groupes de niveaux et les cours s’échelonnent toute la journée du lundi. »

Un diplôme à la clef ?

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Les cours sont effectivement répartis par niveau, le matin est plutôt réservé aux FLE et l’après-midi aux autres : «  De 15h à 16h30 nous prenons des personnes qui parlent très bien le français, ils viennent surtout pour l’écriture, l’approfondissement. On travaille alors la conjugaison, la grammaire. Ils ont pu être, aussi pour une partie d’entre eux en échec scolaire en France. Je pense que deux personnes d’un des groupes sont dans ce cas. Mais ils n’en parlent pas. Ils suivent, je n’ai pas de problème particulier avec eux », constate Catherine. Et l’animatrice de souligner que « le plus facile est d’enseigner à des personnes qui n’ont pas d’a priori sur l’école, le problème survient avec ceux qui ont un réel refus de l’école. » Ce lundi, à 11 h du matin, cinq élèves étaient au rendez-vous, mais habituellement, ils viennent en plus grand nombre. « Le public est essentiellement composé d’Arméniens et de Russes. Nous avons aussi reçu une Albanaise et une personne de Tchétchénie, aussi demandeuse d’asile. Nous avons très peu de Maghrébins, juste deux ou trois. L’assiduité des participants est réelle, mais elle fluctue sans arrêt, certains n’arrivent pas à l’heure non plus. Avec les soucis quotidiens qu’ils ont, ils ratent parfois des enseignements », ont noté les membres du boulevard national.

Mais ici, c’est un petit peu de l’esprit de l’école qui se répand malgré tout. Avec son envie de réussite. L’une des grandes espérances de l’équipe est, en effet, de faire passer à ses « élèves » le DILF, Diplôme d’Initiation à la Langue Française. « Nous avons encore beaucoup de travail pour y parvenir ; en général pour obtenir ce diplôme, il faut deux ans de formation, à raison de deux heures de cours par semaine. Lorsque nous serons prêts, nous allons essayer de leur faire passer cet examen. » Etant donné le succès de cette initiative, les Restos ouvrent un autre lieu pour lutter contre l’illettrisme aux Flamants en octobre prochain. En effet, avec trois mois de recul, l’équipe est relativement satisfaite. « J’ai remarqué que pour certains, ils reprenaient confiance en eux dans la vie de tous les jours. Ils osent davantage parler aux autres », a ressenti Brigitte. « Nous avons une chance, c’est d’avoir une majorité FLE sur le site, ça aurait été un tout autre cours si nous étions en présence d’analphabètes, là il faut tout reprendre. Même apprendre à tenir un crayon. Ce sont des gens qui avaient un potentiel. Mais ils ne savaient pas le mettre en valeur. Déjà parce qu’ils vivaient entre eux. Le fait d’avoir des cours, fait ressortir leur potentiel », conclut Catherine de son côté. C’est sûr, maîtriser le français pour un étranger qui ne le parlait pas et rencontre des difficultés dans sa vie quotidienne, apporte une réelle bouffée d’air.

 



 

 

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