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Sur les traces de la légende des 7 Dormants, un mythe partagé entre Judéo-Chrétiens et Musulmans

15 novembre 2011 - Dernier ajout 25 novembre 2011

A Aubagne, dans le cadre des 18e Rencontres d’Averroès, se tient une exposition sur le thème du mythe des Sept Dormants. De la Bretagne à Ephèse (en Turquie), l’ethnologue Manoël Pénicaud a enquêté sur les traces et les reliques sacrées de ces sept moines du IIIe siècle enfermés dans une grotte et miraculeusement ressuscités près de 200 ans après. Un culte mis à jour par l’éminent islamologue Louis Massignon disparu aujourd’hui. Un voyage dans le temps et dans les religions proposé aux Pénitents Noirs, vieille chapelle située sur les hauteurs d’Aubagne, réhabilitée en lieu magique dédié à l’art.


 

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Située, comme par miracle dans une ancienne chapelle, l’exposition « La Méditerranée des 7 dormants » est un hymne à la méditation et la réflexion. Organisée dans le cadre de la 18e édition des Rencontres d’Averroès « L’Europe et L’Islam, la liberté ou la peur ? », l’exposition a comme objet de recherche : le mythe des Sept Dormants. Peu connu sous sa forme originale en Occident, il continue à être célébré avec fougue dans de nombreuses régions méditerranéennes.

L’histoire est la suivante : au troisième siècle de notre ère, sept jeunes chrétiens étaient persécutés par un empereur romain. Pour préserver leur foi, ils se réfugièrent dans une caverne, près d’Ephèse dans la Turquie actuelle. Averti de leur présence, l’empereur fit murer la grotte, les vouant à l’agonie. Mais, ô surprise, ils se réveillèrent 196 ans plus tard, bien vivants. Le monde était alors devenu chrétien. Ce miracle fut constaté en 448 par l’évêque d’Éphèse et le nouvel empereur Théodose II.

Vibrant hommage à la foi, et à une forme de transmutation de l’âme et à la résurrection des corps, ce conte a été ingéré par l’Islam qui lui donne une place dans la Sourate XVIII (dite de La Caverne) du Coran et le nomme « Les gens de la Caverne » (Al al-Kahf). Petite différence avec le mythe chrétien, côté musulman, les Dormants sont tantôt au nombre de 3, 5 ou 7, et toujours accompagnés d’un chien appelé Qitmir.

Mythe oublié en Occident

A l’Ouest, le mythe fut rapporté en Occident latin par Grégoire de Tours au VIe siècle et devint très populaire avec la Légende Dorée de Jacques de Voragine (XIIIe siècle). « La Legenda Sanctorum, "ce qui doit être lu des saints" devient rapidement la Legenda Aurea parce que, dit-on, son contenu est d’or... Cette extraordinaire vie de saints écrite par Jacques de Voragine, futur archevêque de Gênes, est, avec la Bible, le livre le plus lu, copié, enluminé, traduit dans toutes les langues. »

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Elle fut l’ouvrage de référence de tous les grands peintres. En Méditerranée, le mythe donna naissance à de très nombreux sites de dévotions aux sept saints d’Éphèse, jusqu’à ce qu’il tombe dans l’oubli à partir du XVIIIe siècle. Il aurait pourtant indirectement inspiré à notre culture le conte de la Belle au bois Dormant, celui de Blanche Neige ou encore le roman de Mark Twain, « Le voyage des Innocents ». Sans compter le film « Des Hommes et des Dieux » de Xavier Beauvois.

Menée par Manoël Pénicaud, anthropologue, écrivain, documentariste et chercheur à la Maison Méditerranéenne des Sciences de l’homme, l’exposition des Pénitents, à travers des photos, des vidéos et des sons, ainsi que des documents anciens (miniatures, icônes, calligraphies, archives) sur les Sept Dormants, nous prouve que la légende fait l’objet de cultes encore tenaces et divers aujourd’hui tout autour de la Méditerranée. Des empreintes de ce que Thierry Fabre, instigateur des rencontres d’Averroès, a appelé à la suite d’André Malraux : « le musée imaginaire de la Méditerranée ». Lien entre deux mondes, Méditerranée d’une seule rive, c’est certain les civilisations sont intimement liées.

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Ferveur musulmane

L’exposition reprend les travaux de Louis Massignon, actualisés par ceux de Manoël Pénicaud. Un voyage dans le mythe. Le spectateur se retrouve d’abord à Ephèse, en ancienne Asie Mineure, actuelle Turquie. Pour les Chrétiens, la légende a pris racine ici. Côté Musulman, la géographie est plus aléatoire, de la Syrie au Maroc, de nombreux lieux de culte se réclament être le berceau originel du mythe. L’exposition ne tranche pas, mais nous donne à voir et entendre la foi en cette histoire en divers lieux du monde.

Partout dans les lieux présentés, le culte des fameux dormants est préservé.
En Turquie, à Tarse « le plus grand pèlerinage musulman en Turquie est dédié aux Sept Dormants ». En Cappadoce, des fresques chrétiennes du V et VIe siècles témoignent en image de la même légende. Plus loin, sur la route de la Soie, à Afsin, à la frontière occidentale du Kurdistan, d’autres traces du passage du mythe perdurent. Puis le spectateur peut contempler des marques des moines à Mar Mûsa, un monastère syrien, haut-lieu du dialogue islamo-chrétien, ou encore à Damas sur les hauteurs de la ville où les chiites se recueillent dans une caverne. A Amman, en Jordanie, une ancienne église paléochrétienne est considérée par la population environnante comme la caverne des Sept Dormants.

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A Jérusalem des icônes des sept Moines sont vendues aux pèlerins par des commerçants musulmans. Plus à l’Ouest, au Maroc, à Séfrou, une caverne fait office de lieu de culte pour les juifs qui y vénèrent le prophète Daniel et pour les musulmans qui se recueillent devant les Moines.
A Midelt, au Maroc toujours, existe « le monastère notre Dame de l’Atlas où sont venus les rescapés de Tibhirine, après l’assassinat des moines assimilés aux Sept Dormants ».
En France, on retrouve les empreintes de la légende à Marseille même, dans la crypte de l’abbaye de Saint-Victor qui recèle un tombeau avec des reliques des saints. Sans oublier la Bretagne, au Vieux-Marché, où Louis Massignon a fondé en 1954 un pèlerinage islamo-chrétien qui existe encore de nos jours « pour une paix sereine en Algérie »

Rapprochement des religions par Louis Massignon

La légende des Sept dormants, serait-t-elle un pont utile pour la réconciliation entre l’Islam et la Chrétienté ? « Quant à moi, islamisant, frappé de l’importance et de la multiplicité des lieux saints dédiés en islam aux VII Dormants, j’ai travaillé à faire ranimer leur culte pour une réconciliation sacralisée (…) entre Chrétienté et Islam. » Ces paroles sont de l’orientaliste Louis Massignon qui a consacré les dix dernières années de sa vie à l’étude de ce mythe. Ses photos et archives, retrouvées par Manoël Pénicaud, sont exposées en prélude au parcours proposé.
Considéré comme l’un des plus grands islamologues du XXe siècle, Louis Massigon (1883-1962) a œuvré toute son existence pour le rapprochement des religions, créant un dialogue entre l’Islam et l’Eglise Catholique. Le pape Pie XI ira même jusqu’à le qualifier de « catholique musulman ». Le chercheur fut également un consultant de l’ombre du concile Vatican II qui déboucha, en 1965, sur l’adoption du « Nostra Aete » par lequel l’Eglise catholique procède à l’interdiction d’accuser le peuple juif de déicide, grande révolution pour la chrétienté.

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Louis Massignon, anthropologue islamologue du début du XXe siècle.

L’exposition est donc aussi l’occasion de revenir sur la figure de ce savant, intellectuel rigoureux qui est élu en 1926 à la Chaire de sociologie et sociologie musulmane au Collège de France. « Je ne suis pas de ceux qui pensent que l’authenticité d’un savant se limite au travail de cabinet », il est aussi un infatigable voyageur et effectue de nombreux pèlerinages à la rencontre des terres d’Islam. Il a consacré une grand part de ses recherches à la mystique au sens large et la mystique musulmane plus particulièrement, dressant ainsi « une géographie spirituelle du monde »

Mystique chrétienne et musulmane

Il s’est d’abord spécialisé dans l’étude du Maroc, en menant des recherches sur Léon l’Africain, un explorateur marocain du XVe siècle. En 1906, il passe huit mois au Caire. Dans le désert irakien, sa vie va basculer : raillé pour son homosexualité, accusé d’espionnage, emprisonné, Louis Massignon tente de se suicider. Transformé par cette expérience, il se convertit alors à la foi de son enfance qu’il avait abandonnée, la religion catholique, et pratique dorénavant « l’extase de l’abandon ». Il sera même secrètement ordonné prêtre dans le rite melchite en 1950. Il écrit à Charles de Foucauld, un prêtre, béatifié en 2005, qui avait alors une grande renommée suite à la publication de son livre « Reconnaissance au Maroc (1888) ». Ce dernier deviendra son confident (Jean-François Six, « Le Grand Rêve de Charles de Foucauld et Louis Massignon, Albin Michel, 2008 »). Puis il écrit une thèse sur la vie du soufi Mansur al-Hallaj, crucifié à Bagdad en 922, mort en martyr pour avoir osé faire état d’un amour réciproque entre Dieu et l’Homme, ce que l’islam n’admet pas (« La Passion de Hallâj »). Durant la première guerre mondiale il est mobilisé sur le front d’Orient. Il reçoit la Croix de guerre et pénètre à Jérusalem aux côtés de Lawrence d’Arabie. Tout en protestant contre la trahison des Occidentaux à l’égard des Arabes, et l’effondrement du rêve arabe de créer un royaume indépendant.
Tout au long de son engagement particulier, sa position intellectuelle particulière lui vaut de nombreux détracteurs. On l’accusa d’être un savant abscons ou inexact, d’être un chrétien illuminé, un islamophile, un ennemi d’Israël, un anticolonialiste...
Lors de la création de l’Etat d’Israël, en 1946, il prend partie contre la division de la Terre sainte. En 1953, il entame une grève de la faim pour la paix en Afrique du Nord et engage une lutte non violente contre la guerre en Algérie. Plus tard, en 1958, à Paris, frappé au visage lors d’une conférence sur Charles de Foucauld, il perd son œil droit. Mais il ira pourtant, deux ans plus tard, « à un sit-in au camp de Vincennes pour protester contre le traitement infligé aux Algériens de France... ».

- Pénitents Noirs - Centre d’art
« La Méditerranée des 7 Dormants ».
Du Mardi au dimanche. Jusqu’au 24 novembre
Les Aires Saint Michel 13400 Aubagne
04 42 18 17 26 / www.aubagne.fr

 

 

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