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Sur la route, en terre d’Afrique

21 octobre 2008 - Dernier ajout 24 octobre 2008

Port de Sète. Embarquement à bord du « Marrakech Express » à destination de Tanger. Début de la route, que nous suivrons en voiture et qui nous mènera, à travers le Maroc, la Mauritanie, le Sénégal, le Mali et le Burkina Faso, jusqu’au Bénin. Journaliste à Med’in Marseille, j’entreprends ce périple avec mon amie, à la rencontre de cultures dont bon nombre font la richesse de Marseille. Quelle place accordée à la cité phocéenne en Afrique de l’Ouest ? De quelle immigration parlons-nous ? Recherche d’identité, quête de culture et de rencontre… Cap sur l’étranger qui ne le sera bientôt plus.


 

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Les cotes marocaines se rapprochent et bientôt nous serons chez eux. Les langues comme les coutumes et le temps vont changer. Je me sens soudain vulnérable et repérable, dans le même temps, la curiosité et le plaisir de la découverte vont croissant. Pour l’heure nous sommes sur le bateau, sur le trait d’union qui relie le projet à sa réalité. Demain sera l’heure de la rencontre avec Tanger, les premiers pas de l’aventure. J’ai hâte, tout en savourant ce temps qui passe, conscient que nous nous préparons, dans une certaine mesure, au voyage qui a déjà commencé.

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Le premier contact avec l’administration marocaine donne le ton. Les formalités de douane et de police effectuées, c’est avec neuf heures de retard que nous entrons enfin dans la ville. Dans la cohue de l’enregistrement, un Marocain d’âge mûr, lache épuisé : « C’est pour ça que j’ai quitté le Maroc pour votre pays… Le poids de l’administration ! ». Il est dix-neuf heures en France, dix-huit à Tanger. Le soleil termine sa course à l’horizon, la nuit ne va pas tarder à tomber. Nous décidons de ne pas nous attarder et de rouler jusqu’à Rabat, la capitale. De là, nous pourrons y faire établir les visas pour la Mauritanie car le consulat de Casablanca a fermé, suite à un récent coup d’état au pays des Targuis.
L’autoroute défile, la nuit s’épaissit comme le mystère concernant notre couchage. Nous sommes en 4x4, armé pour le bivouac, avec une tente à dresser sur le toit et l’arrière fourré, comme une dinde de Noël, de matériel et cadeaux divers. Les nuits en ville ne sont pas, sur le papier, notre élément favori ! Arrêt à une station-service, il s’agit de faire le point, à 120 kilomètres de notre destination. Camping ? Hôtel ? Que faire de la voiture ?
L’accueil et l’hospitalité légendaire marocaine se vérifient sur ce parking, en la personne de Larbi Talbi. Venu s’acheter un paquet de cigarettes, avec lesquelles il semble vivre une relation des plus étroite, il tente de répondre à nos questions concernant les possibilités de couchage à Rabat. Son Français est aussi riche que notre Arabe. Mais très vite il comprend et nous propose aussitôt sa maison pour la nuit. Très touchés, nous déclinons cependant l’invitation, pour notre première nuit dans le royaume, il serait peut-être préférable de garder quelques indépendances, nous laissant ainsi le temps de l’adaptation. Qu’à cela ne tienne, par signe, il se propose d’être notre guide et de nous trouver un hôtel. La route jusqu’à la capitale se poursuit et comme convenu, Larbi déniche l’hôtel adéquat (bon marché) et négocie même, pour 10 dirhams (1 euro) un gardien pour la voiture. « Bienvenue » dit-il et ajoute « Le Maroc, à Rabat, Marrakech, Agadir… C’est comme ça, c’est confiance ! » Pour tout remerciement, il veut que, sur la route du retour, nous faisions halte chez lui et honneur à son couscous. Par Allah, la légende ne mentait pas !

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Rabat, capitale du Maroc. Il pleut. Des trombes d’eau ! Mais comme sous les tropiques, elles sont aussi courtes que violentes. Plongée dans le « trafic jam » marocain. La Canebière une fin d’après-midi de septembre, puissance dix ! La rue est une jungle, ses cris, des klaxons. Au volant, chacun semble très calme, mais ça file à tout va. A droite, à gauche, devant, derrière ! Des cyclos, des vélos… Au feu, le premier avertisseur retentit cinq secondes avant le vert. Le tout sous l’œil des policiers postés à chaque rond-point, parfois cachés dans les buissons, prêts à bondir sur la première infraction. La sortie vite ! Dans un bouchon, un Marocain cependant nous interpelle : « Français ? Bravo pour votre pays, très beau, mais surtout vous aimez la science et ça c’est de l’or ! » Le temps pour lui de préciser qu’il est professeur à l’université et accompagné d’un musicologue hors pair et nos chemins se séparent.
Sur l’autoroute flambant neuve, ralliant la ville du roi à Marrakech, la circulation se tarit considérablement. Son tarif en est probablement la cause.
Après la capitale, des champs, puis d’étranges bidonvilles et des barres d’immeubles criant la pauvreté. Là, un drôle d’assemblage tout de pylône et de câble d’acier, ici un vieil homme, traversant un pont enjambant l’autoroute, sur un attelage tiré par un âne centenaire… Des vallons de toute beauté, des oueds asséchés, des mosquées blanches au milieu de nulle part, des zones entières en chantier, des bâtiments en construction, comme si le pays se préparait à une grande mutation. Puis le désert… De sable et de pierre. Des villages, plutôt des groupements de maisons, très anciennes, en briques rouges ou en terre. Pas d’électricité, presque pas d’eau... À côté de ce ruban de bitume, qui semble vanter, de l’éclat de ses bandes blanches, un progrès inaccessible et lointain, des bergers en djellaba de laine surveillent des troupeaux de moutons épars. Ils semblent dire qu’ici, le temps est autre et qu’il faudra plus qu’une bande d’asphalte pour changer les choses.
Le soleil rougeoie au-dessus des palmiers, Marrakech paraît.

 

 

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