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Stéphane Salord : « Je peux vous dire qu’on ne sera pas prêt de revoir un consulat des Comores à Marseille »

17 juin 2010

En mai 2008 sa nomination à la tête du consulat des Comores de Marseille avait suscité de nombreuses polémiques et divisé la diaspora comorienne marseillaise, forte d’une communauté de plus de 70 000 âmes. Le 24 avril dernier Stéphane Salord, consul honoraire des Comores depuis un an et demi, a été démis de ses fonctions. Une éviction qui intervient dans un climat de controverse aux Comores où le président Ahmed Abdallah Sambi a fait voter un prolongement de son mandat malgré un gouvernement d’opposition en exil à Marseille. Si cette crise politique n’est pas la cause de son limogeage, Stéphane Salord, ancien élu UMP de la ville d’Aix-en-Provence qui avait obtenu l’annulation des élections municipales de 2008, dit avoir été évincé pour s’être opposé au gouvernement comorien. Que s’est-il réellement passé ? Quel est l’avenir du consulat des Comores à Marseille ? Stéphane Salord revient sur cet épisode dont on connaitra réellement l’issu vendredi. Interview.


 

Quelles sont les raisons pour lesquelles vous avez été évincé du poste de consul honoraire des Comores à Marseille ?

Officiellement on ne m’en a donné aucune. J’ai reçu un simple courrier d’un ministre (ministres des affaires étrangères des Comores Ahmed Djaffar, ndlr) dans lequel il m’a dit : « merci pour tout ce que vous avez fait. Votre mission s’arrête là ». C’était en avril dernier. Ce ministre a été limogé depuis dans le cadre des remaniements constitutionnels, ça ne lui a pas porté chance.

Bon, après, quand on fait l’anatomie de la situation, c’est sûr que l’on peut trouver un certain nombre de raisons. Moi, j’en évoque toujours deux. La première c’est que je reste mordicus pour le blocus de la compagnie Yemenia tant que l’enquête internationale n’est pas terminée dans l’affaire du crash et je suis effectivement et je le dis, en désaccord avec le gouvernement comorien sur le fait qu’on redonne le droit de vol à cette compagnie qui avait fait 152 morts et puis les circonstances de l’accident n’ont toujours pas été élucidées. Donc je ne comprends pas la position du gouvernement comorien.

Deuxièmement, la communauté comorienne de Marseille est extrêmement importante. 80 000 sur Marseille, plus de 120 000 sur la région PACA. J’ai toujours demandé l’application des lois votées en 2006 par le parlement comorien donnant la possibilité aux comoriens et au franco-comoriens de la diaspora de participer aux élections nationales, de voter pour les élections comoriennes, comme le fait l’ensemble des pays du monde. J’ai demandé cela et je ne l’ai jamais obtenu. Je pense que ça a dû jouer. En réalité, il y a une très grande hypocrisie au sein des institutions comoriennes car les Comores vivent réellement de leur diaspora qui représente quasiment la moitié du produit intérieur brut du pays et c’est l’occasion de leur donner une véritable reconnaissance politique. Créer des postes de députés pour les comoriens de l’étranger et leur permettre simplement de voter pour les élections nationales parce que le pouvoir préfère probablement s’intéresser aux populations locales qui sont, on va dire, beaucoup plus maîtrisables que la diaspora, qui est plus complexe. A partir de là, je pense que c’est aussi un deuxième point de désaccord.

Je vous avoue aussi que je pouvais difficilement continuer à m’opposer au vol de la yemenia et difficilement m’opposer aussi à ce que la communauté ait une véritable représentation politique. Je veux dire à partir du moment où on a un consulat, donc un consul, on a quelqu’un qui est là pour tout porter une voix objective sur des intérêts que l’on voit et que l’on évalue au quotidien. Voilà moi ce que je retiens de la généalogie de cette crise.

Le problème ce n’est pas Stéphane Salord. Moi j’ai été limogé. Je vais vous dire, je fais autre chose et de toute façon le poste de consul honoraire est bénévole. Le problème c’est la communauté. Je n’ai pas été remplacé. Le gouvernement comorien a proposé un remplacement que l’administration française a rejeté pour des raisons de formalisme. Aujourd’hui, il n y a plus de consul. Le consulat va fermer. Ce sont des postes de consuls honoraires et dans la mesure où vous n’avez pas de titulaire du poste, le bâtiment ferme et disparaît. Donc dans les jours qui viennent, c’est une communauté de 120 000 personnes qui sera privée d’un soutien administratif et qui devra effectuer toutes les démarches administratives liées à l’état civil au pays ou auprès de l’ambassade de Paris. C’est une sanction pour toutes ces personnes et c’est une énorme bévue du gouvernement comorien d’avoir supprimé un consul honoraire. Ma foi ! J’ai peut-être démérité. J’ai peut-être fait des bêtises, je n’en sais rien c’est à vous de me dire. Mais honnêtement, c’est quand même moi qui ait crée ce consulat alors qu’il n’existait pas depuis 35 ans d’indépendance des Comores. Je n’ai pas demandé un centime à l’Etat comorien. Je l’ai fait de mes frais et avec le soutien total du maire de Marseille Jean-Claude Gaudin. Mais bon, je ne vois pas en quoi j’ai démérité. Il y a toujours eu des détracteurs qui auraient préféré un consul comorien. Peut-être. Moi j’aurai bien voulu passer la main à un consul comorien. Pourquoi pas ! Je ne suis pas propriétaire du poste. Ce que je vois c’est qu’aujourd’hui c’est 35 ans d’effort et deux ans de travail en ce qui me concerne, qui sont réduits à néant et une communauté de 120 000 personnes qui va se retrouver dans des problèmes insurmontables.

Quel est votre sentiment aujourd’hui ?

Je ne supporte pas ce gâchis. Je suis vraiment écœuré, dégoûté de ce qui est fait, pas contre moi, parce que moi je vais vous dire j’en ai eu d’autres, comme vous devez peut-être le savoir, mais c’est surtout une insulte pour la communauté. Ce sont des petits travailleurs, ce sont des gens qui ont une existence difficile. Avec le consulat ils avaient un soutien juridique qu’ils n’ont plus. Les voilà sanctionnés alors qu’ils n’ont rien fait. On ne m’enlèvera pas le fait que c’est moi qui suis le consul fondateur de ce consulat et franchement j’en veux vraiment à ce ministre farfelu qui était le ministre Djaffar, qui le paie d’ailleurs très cher puisqu’aujourd’hui tous les blogs du pays s’acharnent sur lui. Je ne supporte pas ces gens qui ont des fonctions politiques importantes et qui les agitent de n’importe quelle manière. Vous vous rendez compte, la dernière décision qu’il ait pris (ministre des affaires étrangères et de la diaspora, ndlr) avant de quitter son ministère c’est de supprimer le principal outil de la diaspora. C’est complètement fou ! S’il veut me virer, à la limite c’est son problème mais au moins qu’il me remplace. C’est d’une très très grande perversion que de prendre son propre peuple dans l’étau et de lui faire du mal.

Concrètement, quelles ont été les actions du consulat en faveur des familles comoriennes victimes du crash de l’A 310 ?

On a mis en place une cellule de crise, on a fait de l’assistance et du soutien aux familles. On a aidé au relogement de 107 personnes. On a fait de l’assistance et du soutien juridique. C’est permanent et ça continue de toute façon. Mais qui va s’occuper d’eux maintenant ?

Avez-vous eu des soutiens ?

Oui j’ai énormément de soutiens individuels, de soutiens associatifs et même de gens qui ne m’aimaient pas et qui disent aujourd’hui : « lui au moins il a fait le boulot et lui au moins il était là. Et maintenant on n’a plus rien ».

Quelle a été la réaction de la communauté comorienne ? Avez-vous eu des retours ?

Ils ont peur. Ils ont très très peur. Et ils vont se sentir extrêmement seuls. Vous savez, je ne me suis jamais mêlé de l’organisation de la communauté comorienne parce qu’elle est complexe et elle est basée sur des traditions. Je me suis surtout occupé d’homogénéiser l’action administrative à son profit. Les structures associatives c’est bien, mais ça ne fait pas tout. Le consulat était là pour vraiment donner le cadre d’une organisation administrative culturelle qui serait capable de pérenniser et de donner vraiment la visibilité d’une forte identité ; et moi j’étais content parce qu’en 2009 on a eu entre la télévision française et les télévisons d’Europe, une quinzaine d’émissions, des moyens et des longs métrages sur la communauté de Marseille. C’était en train de donner un nom à la force de l’identité de cette communauté. C’était un exemple qui était de toute façon lié à l’action du consulat en termes de reconnaissance culturelle. Vous savez un marseillais sur dix est comorien. Je ne sais pas si vous vous imaginez. C’est une communauté qui est restée longtemps dans l’anonymat. Elle en est sortie par le drame du crash de la Yemenia et elle commençait aussi à avoir une véritable reconnaissance de ses traditions, de sa culture et de son patrimoine dans Marseille. Et là je pense à la fermeture du consulat, qui n’est pas inéluctable mais enfin je veux dire que si le nouveau ministre des affaires étrangères que j’ai eu en ligne hier ne me prolonge pas dans mes fonctions, sous 48 heures, le consulat sera fermé.

Vous aurez donc une réponse définitive dans 48 heures (vendredi) ?

Non. Dans 48 heures le consulat ferme définitivement, c’est sûr. Par contre, j’ai eu hier le nouveau ministre des affaires étrangères qui est un monsieur qui m’a l’air extrêmement cohérent, qui est à l’écoute et qui est inquiet de la situation à Marseille. La seule solution pour ne pas que ce poste disparaisse, c’est qu’effectivement je sois prolongé dans mes fonctions, soit jusqu’à mon remplacement, soit plus. Si ce n’est pas le cas, vendredi midi, l’aventure st terminée. Je peux vous dire qu’on ne sera pas prêt de revoir un consulat des Comores à Marseille.

Quels sont les projets que vous avez pu développer au cours de votre mandat consulaire ?

Aujourd’hui je reste attaché indépendamment de mon rôle de consul à trois domaines sur lesquels j’ai maintenant une expertise après un an et demi au poste de consul. Le premier domaine c’est la question de l’illettrisme à Marseille qui m’inquiète beaucoup. Je compte continuer ce combat à travers un certain nombre de structures que je soutiens ou que j’ai créées. Le deuxième combat c’est que je garde la présidence du club de foot qui est le club de football des jeunes comoriens et franco-comoriens de Marseille. On à pas de regret c’est une formidable aventure humaine. Et enfin la troisième aventure à laquelle je suis tout aussi attaché, la question médicale. Aujourd’hui j’ai des contacts qui sont plus qu’avancés avec un grand hôpital marseillais et une clinique privée aux Comores pour mettre en place une opération de télémédecine de très grande envergure dans l’année qui vient. A l’origine, ce sont trois projets qui ont été portés par le consul et moi j’estime qu’aujourd’hui en matière de valorisation des droits humains et en matière de responsabilité personnelle, il faut que je continue à mener ces combats. Et indépendamment du fait que je ne suis plus consul, j’ai tout à fait aujourd’hui l’ambition et assez d’amis en France et dans la communauté pour continuer ces trois combats

 



 

 

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