Articles

Accueil > Actualités > « Si se loger est un droit fondamental, doit-on le laisser à la concurrence (...)

 

« Si se loger est un droit fondamental, doit-on le laisser à la concurrence et à la loi du marché ? »

25 octobre 2010

Le logement à Aix est un sujet qui a fait couler beaucoup d’encre et qui suscite toujours autant la colère et l’incompréhension des habitants. Le plateau participatif organisé par l’association Anonymal TV a parfaitement illustré l’état d’esprit dans lequel se trouvent les habitants des quartiers de la ville. Un débat riche en interrogations et des interventions teintées d’amertume, de détresse et de colère face à une politique de construction de logements sociaux quasi inexistante. Compte rendu.


 

Il y avait du monde vendredi soir dans la salle du Bois de l’Aune du Jas de Bouffan pour parler « logement » à la veille d’un hiver qui s’annonce glacial. Le regret est de constater qu’en 2010, il y a toujours autant de citoyens « dans la rue », cherchant à se loger ou à se reloger après avoir été expulsés. Un parcours du combattant qu’il n’est pas facile d’assumer tous les jours et les témoignages du public n’ont laissé personne indifférent.

JPEG - 55.2 ko
Pierre Richter, Djamal Achour et Yannick Decara

A une certaine époque, accéder au logement social était une démarche simple, une étape intermédiaire facile à gérer dans l’espoir d’être un jour propriétaire d’un pavillon. Aujourd’hui, il n’est plus la peine d’espérer autant ; « pourvu que l’on arrive à obtenir un logement social ».

En effet, la pauvreté et la précarité ne cessent d’accroître conduisant inexorablement les familles en difficulté à opter pour un logement social. Chaque année la demande est en hausse auprès des bailleurs sociaux. Mais la concurrence est rude. Aix est une ville qui brasse des milliers d’étudiants. Selon Pierre Richter, directeur du Crous d’Aix-Marseille, « le CROUS arrive à en loger 3800, soit 10% des étudiants », il en laisse donc beaucoup d’autres sur la route. Pour espérer poursuivre leurs études, ces étudiants sont bien souvent dans l’obligation de choisir des appartements privés ou des logements sociaux qui se font rares au profit de la multiplication des studios. Une multiplication qui va de paire avec certains abus que s’autorisent des bailleurs privés. A l’image de ces loyers vertigineux imposés aux étudiants, le plus souvent contraints d’accepter l’offre de dernière minute. « 560 euros pour un studio en plein centre ville », le logement est devenu une valeur marchande qui peut rapporter gros. Et la tendance le confirme. « Depuis une trentaine d’années, les loyers n’ont cessé d’augmenter ».

Yannick Decara, conseiller municipal délégué à la maison de l’étudiant et aux associations étudiantes depuis 2008 et président des Jeunes Radicaux d’Aix-en-Provence affirme qu’une charte de moralisation va être adoptée par la municipalité dans le but d’obliger indirectement les propriétaires à avoir un logement décent qui se soumet aux normes d’hygiènes. Une charte qui ne contraint pas directement les bailleurs privés mais qui selon lui permettrait aux étudiants de connaitre les normes d’un logement décent avant de s’engager. Autre solution ? La multiplication de logements modulaires préfabriqués à des tarifs très intéressants : « 30 m2 pour 280 € par mois ». Une proposition que Yannick Decara souhaite inclure dans le plan local de l’urbanisme de la ville d’Aix. Le CROUS essaie quant à lui d’obtenir d’ici 5 ans, 1200 logements supplémentaires. La cohabitation solidaire et intergénérationnelle étant également un moyen de pallier à cette crise du logement. La mise en relation de seniors disposant d’une chambre libre à leur domicile avec des étudiants, vise également à promouvoir le lien social et l’intergénérationnel en améliorant la qualité de vie des personnes âgées et des jeunes.

JPEG - 53.9 ko
Nathalie Leconte, Djamal Achour, Hervé Elgherbi et Mireille Mantot

Pallier à la pénurie par la construction de nouveaux logements sociaux

« Il manque un million de logements sociaux en France » n’a cessé de marteler le Président du Comité inter-régional des bénévoles de la fondation Abbé Pierre, Jean Pierre Lanfrey. Les témoignages sont à ce titre, évocateurs. Il y a le témoignage de cette mère de famille, expulsée de son appartement et à qui on propose de loger dans un foyer à condition de se séparer d’une partie de ses enfants. Aucun logement social ne lui a été proposé. Où encore le cas de cette autre mère de famille, hébergée dans une résidence étudiante de 25 m2 pour 580 €.

Si la ville d’Aix est quasiment dans les normes vis-à-vis de la loi relative à la solidarité et au renouvellement urbain (SRU), qui oblige les communes à disposer d’un total d’au moins 20% de logements sociaux, il n’est pas difficile de constater que ce taux reste insuffisant pour une ville qui compte 145 000 habitants. Pour Mme Mireille Mantot, directrice de Pays d’Aix Habitat (5300 logements), « certains maires devront se faire à l’idée de bâtir du logement social » car les difficultés et les tensions vont s’exacerber à partir du moment où les communes voisines sont loin de respecter le quota imposé par la loi SRU, préférant payer des pénalités, au final peu dissuasives. La commune de Ventabren en est par exemple à un taux de 0% de logements sociaux.

A Aix, seulement « 1% des logements sociaux se libère » fait remarquer Nathalie Leconte de la « Confédération Nationale du Logement » (1er syndicat de locataire en France). Un temps d’attente estimé à 7 ans pour obtenir un logement social. Sauf exception. Une mère de famille présente dans le public affirme attendre depuis une quinzaine d’années. Sa fille a aujourd’hui 17 ans. Autant dire que la colère et l’amertume des aixois sont grandes. Et elles étaient visibles au cours du débat. Deux citoyens ont notamment interpellé la directrice de Pays d’Aix Habitat sur d’éventuels logements qui seraient laissés volontairement « vides ».

« Ils sont en cours de réfection entre deux attributions » répond la directrice de Pays d’Aix Habitat, peu bavarde, même s’il faut le souligner, a été la seule à avoir accepté l’invitation d’Anonymal TV. Les autres bailleurs sociaux n’ont pas daigné répondre à l’invitation. « Il faut changer les membres de la commission d’attribution » rétorque l’un d’eux, affirmant vivre dans la rue avec sa fille. «  Le vrai problème, c’est Pays d’Aix Habitat. Cela fait des années qu’il génère des bénéfices énormes sur les loyers des appartements. Je sais que personne ne va me répondre mais où est cet argent ? [...] Pays d’Aix Habitat est mal organisé. Je dis tout haut ce que tout le monde pense tout bas » lance-t-il, faisant ainsi allusion à la dégradation financière de Pays d’Aix Habitat qui s’était déjà vu pointer du doigt par un rapport du commissaire aux comptes. Mme Mireille Mantot, ancienne directrice du CCAS, nommée au début de l’année 2009, directrice de Pays d’Aix Habitat, hérite de cette situation financière calamiteuse qui ne lui permet pas de mener une politique de construction et de réhabilitation. Tout comme les cinq directeurs qui se sont succédé à la tête de Pays d’Aix Habitat depuis 2001. A cette époque, la présidente de Pays d’Aix Habitat n’était autre que le Maire actuel, Maryse Joissains.

Ces situations de précarité et de détresse ne cessent de se multiplier fait remarquer Nathalie Leconte, qui accompagne tous les jours ces personnes en difficulté. Cette dernière siège également à la commission d’attribution des logements sociaux depuis 1999 et affirme pouvoir s’exprimer librement pendant ces commissions d’attributions qui comptent des « membres sensibles ». Maurice Chazeau, président de Pays d’Aix Habitat dit être sensible à tous ces témoignages et reconnait que les cas de détresse sont nombreux et difficiles à traiter. Mais reste persuader que la solution ne peut émaner que d’une volonté et d’une politique de l’Etat.

Djamal Achour, directeur d’Anonymal TV suggère la construction de logements sur des terrains agricoles qui seraient rendus constructibles via la municipalité habilitée à livrer les permis de construire. Pour Hervé Elgherbi, chargé de mission pour l’association CGL-ALPHA (Confédération Générale du Logement) des Bouches-du-Rhône, « ces terrains sont trop excentrés et les structures de transports sont inexistantes ». C’est pourquoi « la question du logement doit être liée à la question du transport. La gratuité des transports étant indispensable » poursuit Monique Berger, présidente de l’ALPA (Association Logement Pays d’Aix) attachée aux valeurs de solidarité.

JPEG - 52.7 ko
Jean-Pierre Lanfrey, Djamal Achour et Christian Maurel


Les hébergements d’urgences sont dans l’air du temps

Il n’est donc pas étonnant de voir les centres d’hébergements d’urgence au bord du gouffre, surchargés et dans l’incapacité d’accueillir toutes les personnes qui s’y présentent. « La situation est catastrophique » insiste Fabienne Devinck directrice du relais Saint Donat (centre d’hébergement pour femmes victimes de violences conjugales). « Les femmes sont chez nous pour 3 mois ou 6 mois au maximum. [...] Il n’y a plus de places. On nous propose un marché de dupes. On nous fait croire que si les gens ne sont pas bien c’est de leur faute. Alors que c’est un problème de société qui met les gens dans des situations intenables. Les associations sont épuisées » résume-t-elle.

« Le logement est une affaire d’Etat. 10 à 15 millions de personnes souffrent du mal-logement » poursuit Jean Pierre Lanfrey de la Fondation Abbé Pierre. Or, « peut-on exister dans une société, lorsqu’on est sans toit » interroge Christian Maurel, sociologue affirmant qu’en dessous d’un certain seuil de pauvreté, la question de la citoyenneté n’a plus aucun sens.

« Si se loger est un droit fondamental, doit-on le laisser à la concurrence et à la loi du marché ? » poursuit-il. C’est assurément une question politique. Pour protéger ce droit fondamental, les associations invitent les locataires à élire leurs représentants aux prochaines élections dans les Offices Publiques de l’Habitat. Des élections qui auront lieu au mois de novembre prochain. Après ces élections, les associations de défense des locataires noueront certainement des partenariats. Ce plateau participatif ainsi que les sujets vidéos réalisés par Anonymal TV, auront une fois de plus permis de favoriser les échanges et de porter à la connaissance des responsables de structures, souvent inaccessibles, les revendications et les préoccupations des habitants.

 



 

 

Autres articles Actualités

 

Brèves Actualités

  • 17 octobre

     

    La ville de Marseille a voté un plan à 1 milliard d’euros de reconstruction des écoles, par des partenariat public-privé

    Un plan massif, à un milliard d’euros, pour reconstruire les écoles de Marseille Régulièrement épinglée pour le délabrement de certaines écoles publiques, la ville de Marseille a voté lundi un plan massif de reconstruction d’un montant d’un milliard d’euros, via des partenariats public-privé (PPP) contestés par l’opposition. "Le projet que nous nous apprêtons à lancer est considérable, c’est un véritable plan Marshall qui n’a aucun équivalent ni dans l’histoire de la ville de Marseille ni dans aucune autre ville", a vanté le maire (LR) Jean-Claude Gaudin, devant le conseil municipal. Le plan prévoit la destruction de 31 établissements obsolètes des années 1960, et leur remplacement par 28 nouvelles écoles, (...)

     

  • 16 octobre

     

    MARSEILLE POUBELLE LA VIE Collectif citoyen contre l’insalubrité à Marseille lance une pétition

    MARSEILLE POUBELLE LA VIE Collectif citoyen contre l’insalubrité lance une pétition en ligne, avec une lettre ouverte à Jean-Claude Gaudin " Nous nous sommes mobilisés pour vous apporter les preuves de ce triste constat à travers le Livre Noir de Marseille : Etat des lieux de chaque quartier de la cité. Vous y observerez les rats que côtoient les usagers chaque jour. Ils s’attaquent aux câbles des voitures et pénètrent chez nous. Leurs cadavres trainent dans les rues et dans les parcs….Leur prolifération est vectrice de maladie comme la leptospirose…La gale et la teigne sont revenues dans nos parcs et nos écoles !" (...)

     

  • 9 octobre

     

    Droit de retrait reconduit ce jour au lycée Saint-Exupéry, lundi 9 oct

    Lundi 9 octobre 2017 Droit de retrait reconduit ce jour au lycée Saint-Exupéry Pour la troisième journée consécutive les personnels ont décidé d’exercer leur droit de retrait, les conditions de sécurité n’étant toujours pas assurées, ni pour nos élèves, ni pour nous. Dans un communiqué, les professeurs et personnels, leurs sections syndicales, FSU, CGT, FO, SUD, CFDT précisent :"Vendredi, la direction académique a dit réfléchir à la possibilité d’affecter à l’année 4 ou 5 AED supplémentaires sur notre lycée pour la vie scolaire. Il y a urgence ! Nos élèves doivent pouvoir reprendre les cours au plus vite, dans des conditions de sécurité restaurées. Il nous est insupportable d’être une nouvelle fois (...)

     

  • 6 octobre

     

    Lycée Saint exupéry, les enseignants font valoir leur droit d eretrait, suite à des violences

    DROIT DE RETRAIT AU LYCEE SAINT-EXUPERY DE MARSEILLE "La rentrée chaotique du lycée continue … En grève le 5 septembre, les personnels dénonçaient déjà les conditions de travail fortement dégradées suite à la perte de 30 contrats aidés (CUI), assurant notamment l’encadrement des élèves et l’entretien des locaux. De façon prévisible, les 10 postes reconduits n’ont pas suffit à assurer la sérénité du travail dans l’établissement. Depuis un mois seulement, les incidents se multiplient, les actes de violence sont récurrents :- 315 exclusions de classe- 6128 absences d’élèves- 490 passages à l’infirmerie- 9 évacuations par les pompiers … Suite à une bagarre d’une violence extrême ce mercredi, l’ensemble des (...)

     

  • 4 octobre

     

    Fête de l’Automne soutien au Manba, migants 13, Marseille. dimanche

    Fête de l’Automne soutien au Manba, migants 13 Un repas de soutien au collectif Al Manba , soutien migrant-es 13 ; est organisé aux jardins partagés de l’Annonciade, quartiers nord, les Aygalades, à partir des récoltes. Discussions, musique, buvette, chaleur humaine par Collectif Soutien Migrants 13 / El Manba dim 12:00 · Chemin de la Mûre, 13015 Marseille Page FB Collectif Soutien Migrants 13 / El Manba

     

  • 4 octobre

     

    Recours au Conseil d’Etat , contre le gel des contrats aidés

    Emplois aidés : La justice va-t-elle suspendre le gel décidé par le gouvernement ? TRAVAIL Le Conseil d’Etat examine mardi 03 octobre, un recours déposé par des élus écologistes et plusieurs associations contre la remise en cause des contrats aidés décidée par l’exécutif... http://www.20minutes.fr/economie/2143331-20171003-emplois-aides-justice-va-suspendre-gel-decide-gouvernement

     

  • 25 septembre

     

    La Ville de Marseille lance une enquête sur des « comportements supposés répréhensibles » dans les musées.

    La Ville de Marseille lance une enquête sur des « comportements supposés répréhensibles » dans les musées Depuis plusieurs semaines, des agents des musées dénoncent dans des courriers anonymes des passe-droits, voire les emplois fictifs dont bénéficieraient d’autres agents. La Ville a décidé de diligenter une enquête interne de l’inspection générale des services. A lire sur marsactu https://marsactu.fr/avis-de-tempete-dans-les-musees-de-marseille/

     

  • 25 septembre

     

    Selon la porte-parole de l’ONG Oxfam, Manon Aubry, avec les réformes fiscales engagées, "le gouvernement offre 24 milliards d’euros de cadeaux fiscaux aux plus riches".

    Réforme fiscale : "Les plus riches bénéficieront d’une hausse de revenus 18 fois plus importante que les plus pauvres" note Oxfam Selon la porte-parole de l’ONG Oxfam, Manon Aubry, avec les réformes fiscales engagées, "le gouvernement offre 24 milliards d’euros de cadeaux fiscaux aux plus riches". L’ONG de lutte contre la pauvreté Oxfam publie lundi 25 septembre, un rapport critique sur le projet de loi de finances 2018, intitulé Réforme fiscale : les pauvres en paient l’impôt cassé. Selon le rapport, les ménages les 10 % plus riches bénéficieront "d’une hausse de revenus au moins 18 fois plus importante que les 10 % les plus pauvres", alors que les 10% les plus riches possèdent déjà "56% des richesses (...)

     

  • 20 septembre

     

    CONTRE LA SUPPRESSION BRUTALE DES CONTRATS AIDES, RASSEMBLEMENT unitaire DEVANT LA PREFECTURE LE MERCREDI 20 SEPTEMBRE A 13H.

    Depuis la rentrée, l’annonce par le gouvernement de la fin programmée de tous les emplois aidés a réactivé la colère dans l’éducation, premier employeur de ces contrats. Les associations de parents d’élève se sont jointes à l’intersyndicale 1er degré en cette rentrée car elles sont bien conscientes des difficultés tant sur le plan humain que dans la dégradation de l’accueil des familles dans les écoles où les AADE sont devenues indispensables au bon fonctionnement. Le second degré de l’éducation, touché aussi par ces suppressions se joindra aussi à notre action le mercredi 20 septembre à 13h devant la Préfecture, à Marseille et l’action s’élargit en interprofessionnel. L’intersyndicale a demandé à être (...)

     

  • 14 septembre

     

    Emmaüs Pointe Rouge lance une collecte de dons pour les migarnts

    La Collecte de dons alimentaires pour les migrants de la Vallée de La Roya, est ouverte. départ du camion lundi 16 octobre. Le camion d’Emmaüs partira le lundi 16 octobre. Voir sur le site emmaus-pointerouge.com

     

Articles récents

Articles au hasard