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Semaine Eco de la Méditerranée : le grand retour de l’UpM ?

18 octobre 2011 - Dernier ajout 19 octobre 2011

Pour clôturer la semaine Eco de la Méditerranée qui s’est déroulée à Marseille du 10 au 15 octobre 2011, la journée de samedi 15 au Palais du Pharo, baptisée « 7es Rendez-vous Economiques de la Méditerranée » a tenté, par la voix de prestigieux intervenants de dresser un tableau de la situation économique de l’autre rive de la grande Bleue. Quelques bilans provisoires, quelques pistes de solutions. Une déclaration finale du cercle des économistes recommande que l’UpM, l’Union pour la Méditerranée, puisse disposer d’un mandat donné par le G20 pour « coordonner les différentes actions et projets » de l’Europe vers la Méditerranée en ces temps de transition politique. Rendez-vous donc au G20 de Cannes en novembre prochain.


 

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Réunissant différentes institutions financières, et de nombreux intervenants (quarante au total) les Rendez-vous économiques de Marseille ont permis de discuter, entre autres, des modalités d’aide aux pays arabes en transition économique. Présents, de nombreux politologues, économistes et acteurs économiques des pays des deux rives de la Méditerranée ont échangé leurs visions. A l’ordre du jour, plusieurs tables rondes comme « Garantir la sécurité alimentaire et les soins, veiller à la réduction des inégalités » ou « Répondre aux attentes de la jeunesse et offrir du travail ».

L’ampleur de la tâche est titanesque. Avec une conjoncture européenne défavorable, des prix alimentaires qui vont continuer à augmenter dans les pays arabes, la prévision des spécialistes n’est pas rose pour les pays en voie de transition. Réaliste, voir cynique, Javier Albarracin, directeur de L’IEMED, L’Institut Européen de la Méditerranée (IEMed) fondé en 1989 qui est un consortium comprenant le Gouvernement Catalan, le Ministère Espagnol des Affaires Etrangères et de la Coopération ainsi que le Conseil Municipal de la ville de Barcelone, prédit qu’« à court terme, il y aura de nouveaux perdants dans le système de transition ». Quels seront-ils, combien seront-ils ? La réponse n’est pas donnée.

Radhi Meddeb, président de l’IPEMED, prenant le cas de la Tunisie a mesuré l’ampleur des reformes à accomplir. « Il s’agit de passer d’une économie de rentes, de privilèges, de proximité du pouvoir, une économie de copains et de coquins à autre chose. En Tunisie, les membres du clan Ben Ali possédaient des rentes économiques. Chaque famille, proche du pouvoir, avait sa concession automobile, sa société de téléphonie mobile, sa chaîne de grande distribution, de véritables machines à cash, à argent frais. Aujourd’hui, il faut des contre-pouvoirs effectifs. Les investissements étrangers doivent être libres. Il faut faire sauter toutes les autorisations » Même constat pour l’Egypte où, pour Javier Albarracin, « il faut des réformes en profondeur. Les syndicats doivent être réformés. Il faut élargir la base d’imposition ».

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Mot clef : régionalisation

Directement concerné, Samir Aïta, Président du cercle des économistes arabes tire la sonnette d’alarme : «  Dans ces régions, 70 % des gens sont précaires. Ils n’ont pas de sécurité sociale, pas de retraites. » Et selon lui « les Occidentaux jouent la carte de l’Islam modéré et c’est dangereux. La liberté dans ces pays est contrôlée par les médias issus du Golfe. Le problème est aussi que l’Europe a isolé les pays du Golfe de la transformation. »

Analysant la situation de ces pays en termes de critères économiques internationaux, Andrew Kilpatrick, directeur du projet et de l’évaluation du secteur à la BERD, qui est l’une des institutions financières partie prenante de l’aide des pays du G8 aux pays arabes, a précisé dans quelles conditions devaient s’opérer la contribution du G8 : « Il faut une feuille de route claire, et pas de réformes mièvres ». La solution selon lui passe par « une intégration régionale et des accords bilatéraux entre pays » Et, «  il est nécessaire de voir les choses à plus long terme ». Quant à l’intervention des Etats arabes sur le processus économique de leur pays, le représentant de la BERD estime que « l’Etat doit faciliter le processus économique mais non le contrôler. La culture des subventions doit évoluer et laisser place à la concurrence ». Sur le volet de l’insécurité alimentaire, il a rappelé qu’il y avait 925 millions de pauvres dans le monde et que la région MENA (Middle East and North Africa, littéralement, Moyen-Orient et Afrique du Nord) comptait : « 27 millions de personnes en situation d’insécurité alimentaire, les populations rurales, les femmes et les enfants sont les plus touchés. » Il a, en outre, fait état de «  la faiblesse des systèmes agro-alimentaires de ces pays… L’offre en matière agricole est sujette à volatilité, ceci du aux conflits et aux problèmes climatiques ». Pour lui, il convient donc de « Mobiliser les ressources, renforcer la productivité, la recherche, l’éducation, les infrastructures comme les routes, les systèmes d’irrigation ».

Insécurité alimentaire

Toujours sur le problème de la sécurité alimentaire Vincent Dollé, directeur du CIHEAM-IAMN, (Centre International de Hautes Etudes Agronomiques Méditerranéennes - Institut Agronomique Méditerranéen de Montpellier) n’est pas optimiste : «  Dans ces pays, la nécessité est d’ajuster la production à la demande. Comme la demande alimentaire, sous la pression démographique et l’urbanisation augmente avec un accroissement de la consommation de viande qui requiert davantage de calories végétales. Les prix vont croître de façon continue. En Méditerranée, le déficit alimentaire est grandissant et l’insécurité alimentaire devient un sujet stratégique. » Sa solution ? « Produire plus et mieux dans ces pays. Il faut repenser le développement rural, créer des emplois et revenus en milieu rural. Reconstruire une politique agricole avec une vision régionale ». Et de donner les clefs de la réussite qui se résume selon lui dans le mot « JASMIN : J. comme Jeunes ruraux, A. comme Agriculture et sécurité alimentaire, S. comme Souveraineté ; M. comme Marché intérieur. I comme investissements massifs dans l’agriculture et comme Intégration régionale ». Et de citer la Turquie qui devient « une puissance agricole ». Rappelant la crise en Europe Raphaël Bello, de la direction générale du Trésor du ministère français de l’Economie, des Finances et de l’Industrie estime que ces aides doivent avoir une contribution en retour et doit être pourvoyeuse d’emplois pour le Nord aussi : « L’équilibre géopolitique de la Communauté Européenne n’est pas favorable au Sud. L’Europe doit fixer les objectifs de partenariats Nord-Sud. Il convient de mieux aider avec des financements déjà existants, par le biais de clause de développement régional et d’intégration de la population locale. »

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Effet Bulldozer du « tout éco »

Certains intervenants ont tenu à tempérer l’effet bulldozer du discours « tout éco » et tenter d’expliquer qu’intégrer le processus de développement économique ne se fait pas sans heurt. Le Président de Région, Michel Vauzelle en tête avec : « Après l’échec de l’UpM, il faut rechercher et construire et ne pas être des donneurs de leçons aux pays arabes. En matière économique, nous ne devons pas accepter la loi de la rentabilité et de la marchandisation. Nous devons trouver une autre formule. » Pour lui, la jeunesse est une des clefs avec laquelle il faut travailler. «  Il y a un véritable héroïsme de la jeunesse de ces pays qui doit être un partenaire dès aujourd’hui. Ce sont les jeunes qui sont descendus dans la rue. » Et Michel Vauzelle de tabler encore et toujours sur « la régionalisation qui fait partie de la réponse à apporter au problème de la jeunesse en Méditerranée ».

De son côté, la directrice du collège international de Tunis, Hele Beji considère, rappelant une anecdote qu’elle a vécue dans un quartier populaire de Tunis que « Le progrès économique peut aller de pair avec l’incivilité… Le progrès donne et enlève à la fois, il défait les vieilles solidarités humaines. Les économistes doivent le penser. Le discours économique est inaudible pour le peuple. L’économie n’a pas trouvé le langage du peuple ».

De toute évidence, la situation de la jeunesse dans cette zone est problématique. « 25 % des jeunes de cette zone sont au chômage aujourd’hui », a indiqué Zeine Ould Zeidane, ancien Premier Ministre de la Mauritanie. En cause la formation ? Pas seulement. Le recteur de l’académie d’Aix-Marseille, Jean-Paul de Gaudemar, s’interroge, en effet, sur l’utilité de la formation pour faire baisser le chômage des jeunes. « En Egypte ou en Tunisie, le problème n’est pas lié à l’accès à la formation, mais la qualité de cette dernière ». Il estime « que le questionnement que rencontrent ces pays est aussi le nôtre et qu’il faudrait traiter ces questions au sein de l’UpM et instaurer des outils d’évaluation des formations avec des index internationaux ».

Nouveau mandat pour l’UpM ?

En ce qui concerne la contribution internationale aux pays arabes, l’annonce a été faite en deux temps. Premier temps, mai 2011, les pays du G8 (qui compte les Etats-Unis, le Japon, l’Allemagne, la France, le Royaume Uni, l’Italie, le Canada et la Russie), réuni à Deauville, ont proposé une aide aux pays comme la Tunisie et l’Egypte pour leur transition économique. Seconde étape, le 10 septembre dernier, à Marseille. Les pays du G8 ont alors promis de doubler l’aide financière pour cette zone. L’enveloppe pourrait passer ainsi à 80 milliards de dollars entre cette année et 2013. Le partenariat de Deauville s’est élargi avec de nouveaux membres comme la Jordanie et le Maroc, tandis que la Libye s’est jointe aux travaux en qualité d’observateur et le partenariat reçoit le soutien des pays du Golfe et de la Turquie.

Côté organismes de financement : neuf institutions comme la Banque Africaine de Développement (BAD), le fonds Monétaire International, la Banque islamique de développement, le Fonds arabe pour le développement économique et social, le Fonds OPEP pour le développement international et le Fonds monétaire arabe, le Groupe Banque mondiale qui inclut la SFI (La Société financière internationale), la BEI (Banque internationale pour la reconstruction et le développement), et BERD (Banque européenne pour la reconstruction et le développement), parties prenantes du financement, ont décidé de coordonner leurs actions sous forme de plateforme chapeautée par la Banque Africaine de Développement (BAD).

Mais las des promesses non tenues du G8, certains observateurs comme le Cercle des économistes ont préféré prendre les devants. Son président Jean-Hervé Lorenzi, et Jean-Louis Reiffers, Vice-Président du tout nouveau OCEMO (Office de coopération économique pour la Méditerranée et l’Orient, basé à Marseille) et l’Institut de la Méditerranée ont estimé, en effet, samedi à l’issue des rendez-vous, dans une déclaration, « qu’au-delà des annonces sur des transferts financiers très importants, telles qu’elles ont été faites par les pays partenaires du G8 à Marseille et à Deauville, il est nécessaire que ces annonces soient prévues dans les comptes de financement des pays et des institutions qui se sont engagés. Ceci est la première condition de crédibilité. »

Déclaration du Cercle des Economistes

Cette proclamation annonce également que « la situation présente un grand degré d’urgence dans les domaines de la formation de la jeunesse, de la sécurité alimentaire, de la santé et du cadre démocratique . ». Point crucial enfin, il est mis en exergue le rôle que devrait jouer l’UpM : « Rien ne sera possible s’il n’est pas mis bon ordre rapidement dans la répartition des responsabilités entre les acteurs internationaux concernés, G8, G20, Commission européenne, UpM et les banques et institutions financières de développement. Ils en appellent au G20 réuni à Cannes début novembre pour qu’il donne mandat à l’UpM de coordonner les différentes actions et projets menés avec obligation d’en rendre compte à la prochaine réunion du G20 en juin 2012. » Sur le sort réservé à l’UpM et à son rôle dans l’aide aux pays méditerranéen : suite donc à Cannes le mois prochain…

 

 

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