Articles

Accueil > Actualités > Scandale de l’amiante : les Savinois déchantent et attaquent séance (...)

 

Scandale de l’amiante : les Savinois déchantent et attaquent séance tenante

8 décembre 2010 - Dernier ajout 9 décembre 2010

Comme d’autres cités marseillaises, la Savine est frappée de plein fouet par le fléau de l’amiante. Depuis près de quarante ans, ses habitants vivent entourés du matériau hautement cancérogène, auquel sont attribuées fibroses des poumons et difficultés respiratoires. Plus récemment, dans le cadre de la rénovation urbaine, des jeunes du quartier ont travaillé sans protection sur le chantier de destruction des bâtiments A… Qui ont été soufflés en l’absence de toute précaution environnementale. Inquiets et courroucés, les locataires se constituent en collectif et saisissent un avocat. Lancement de la procédure en janvier.


 

« Vous n’êtes pas sans droits parce que vous habitez la Savine ! ». Me Victor Gioia interpelle la cinquantaine de personnes présente dans la salle du centre social, exceptionnellement mise à disposition il y a quelques jours pour l’occasion. La Logirem, bailleur social à qui incombe la gestion de la cité haut perché des quartiers nord, a expédié il y a peu une missive à l’attention des quelque 3 000 habitants de la Savine : après analyse, il apparaît que les logements comportent des traces d’amiante, dans les sols, les murs, les plafonds. Aucun risque, rassure le propriétaire, si personne ne touche auxdits bâtis. Or « qui n’a jamais fait de travaux en plus de trente ans ? Qui n’a jamais gratté la tapisserie, poncé ? », s’enquiert Me Gioia. Beaucoup acquiescent. Inquiets, les habitants se sont constitués en un collectif qui regroupe aujourd’hui près de deux cents individus et s’apprêtent à saisir la justice. L’initiative revient à Saïda Hidri, habituellement connue pour son action au sein de l’association La Cigale et la Fourmi, mais qui agit aujourd’hui « individuellement, en tant qu’habitante de la Savine et locataire du bailleur Logirem ».

Amiante peu chère, amiantés peuchères

Alors que l’utilisation de l’amiante comme isolant a été règlementée dès le début du XXe siècle en Grande-Bretagne, ce n’est que dans les années 70 que la France s’alarme de sa nocivité, pour finalement l’interdire en 1997. Construites en 1973, les barres et tours de la Savine en contiennent plus que de raison. « L’amiante est mortel dans les beaux quartiers comme ici. Mais comme ce matériau n’était pas cher, on l’a mis dans les cités », tonne Me Gioia, qui est arrivé en retard à la réunion, ayant eu des difficultés à « trouver un taxi qui accepte de monter jusque-là ».

JPEG - 103.3 ko
La Savine, cité amiantée. ©AAM/Med’in Marseille

Du côté de la Logirem, on se refuse à tout catastrophisme. Lors de la « découverte » de présence d’amiante dans les joints des cloisons en septembre dernier, le bailleur a en effet communiqué en ce sens annonçant « un risque sanitaire statistiquement nul ». Cette affirmation se fonde sur une étude commandée par lui, et sur les conclusions tirées par le Pr Vincent – chef de service au CHU de Nice et expert auprès du Fonds d’indemnisation des victimes de l’amiante (Fiva) – qui s’était penché sur le cas de la cité des Flamants.
« Il n’y a pas d’affolement a avoir, complète le service communication de la Logirem. Si vous ne le touchez pas, vous passez à côté. Il y a ce que le ministère de la Santé préconise, qui est très alarmiste et après il y a la réalité des choses. Les effets de l’amiante ne sortent que trente ans après et il faudrait une exposition quotidienne. On suppose que les gens n’ont pas fait tous les jours des travaux gigantesques chez eux pendant des années. Et dans les appartements il y a un turn-over, donc ce ne sont pas toujours les mêmes personnes qui ont été exposées ».

Un « mensonge » potentiellement mortel ?

Si certains effectivement vont et viennent, nombre d’appartements sont occupés depuis les débuts par les mêmes locataires. Ainsi, cette femme qui fût l’une des premières à prendre possession d’un logement, en mars 1973 : « mon père, qui a travaillé à la construction de la cité comme maçon, vient de décéder de l’amiante. Ça a commencé par une toux… » « S’ils nous l’avaient dit avant, cela ferait bien longtemps que je serais partie ! », lance une autre. Problème : en 2005, un « Rapport de mission de repérage des matériaux et produits contenant de l’amiante » rapporté par la Logirem et transmis aux associations de locataires de la Savine indiquait qu’il n’avait « pas été repéré de matériaux et produits susceptibles de contenir de l’amiante, des flocages, des calorifugeages, ou/et des faux plafonds ont été repérés, ils ne contiennent pas d’amiante ». Chez le bailleur social, on explique ce décalage du fait qu’à l’époque « il n’y avait pas de recherches systématiques dans les joints des placo, mais seulement dans les lieux où l’on savait qu’il y avait des risques de trouver de l’amiante ».

JPEG - 128.3 ko
Le document à entête de la Logirem envoyé fin 2005 et stipulant qu’aucune trace d’amiante n’avait été détectée. ©AAM/Med’in Marseille

« Il y a eu mensonge ! », s’insurge un locataire sans âge, l’un des rares hommes présents à la réunion. Et d’autres de faire remarquer que « depuis trois ou quatre ans la Logirem fait signer un papier aux nouveaux arrivants comme quoi ils reconnaissent qu’il n’y a pas d’amiante dans leur logement ». Salima Bentadjine fait partie de ceux-là. Après six ans passés loin de la Savine, elle a tout fait pour y revenir, avec son fils. A son entrée dans l’appartement, tout avait été refait. Mais un an à peine après, « les tapisseries se décollaient », la faute à l’humidité. Son garçonnet est depuis victime de graves crises d’asthme. « Il a la poitrine soulevée en permanence » s’émeut Salima, qui consulte de longue date un pneumologue. Craignant déjà que l’état de santé du petit soit la conséquence de la présence d’amiante dans le logement, elle ne réclame qu’un « endroit sain » où vivre.

Rénovation urbaine stoppée, trop tard pour la santé ?

Assainir et rénover le quartier, la Logirem l’a entrepris, dans le cadre d’un projet ANRU. Et même si ce dernier n’a pas suscité l’adhésion de tous, à défaut d’une réelle concertation et d’une communication en direction des habitants, il a le mérite d’exister. Mais là encore, le bât blesse. Car, bien sûr, la réhabilitation urbaine connaît un coup d’arrêt du fait de la découverte d’amiante – tout comme aux Flamants. « A partir du moment où vous savez qu’il y a de l’amiante, vous êtes obligés d’effectuer des travaux dans certaines conditions de sécurité, il faut obligatoirement passer par des entreprises qui sont habilitées. Donc effectivement, tout est suspendu », explique la Logirem. Et cela s’entend parfaitement, même si – en plus du surcoût impliqué* – cela complexifie l’affaire. Quid des solutions envisagées ? Confiner les parties amiantées ? Les retirer en effectuant des travaux ? Détruire purement et simplement les bâtiments concernés ? « Nous envisageons peut-être de combiner l’ensemble de ces trois solutions, expose la chargée de communication de l’organisme. Mais pour l’instant nous n’avons pas défini ce que nous allions faire ». Personne ne sait comment et si les locataires seront relogés durant la mise aux normes.
En attendant que des experts rendent leurs préconisations, les risques sanitaires ne sont pas circonscrits. Lorsque le premier volet de la rénovation, défendue notamment par Fadela Amara – alors secrétaire d’Etat à la Politique de la Ville – s’est mis en branle, l’une des conditions imposées était l’emploi d’habitants des quartiers visés sur le chantier. C’est ainsi qu’à l’été 2009, plusieurs jeunes de la Savine travaillent dans les Bâtiments A, juste avant leur démolition. Sans protection. Quelques semaines plus tard, des équipes sous scaphandres font une visite des immeubles à raser. Enfin, « les A » sont détruits. La population n’est ni évacuée, ni prévenue des dangers encourus. Le vent a soufflé ces jours, dispersant probablement des fibres d’amiante alentour. « Vous avez assisté au « spectacle » sans aucune protection, alors qu’un réseau de surveillance devait normalement être activé », développe Me Victor Gioia. « On ne peut pas jouer avec des vies ».

Une « guerre froide » judiciaire

A la décharge de la Logirem, la présence d’amiante n’avait pas encore été établie officiellement à cette date. Cependant, l’affolement gagne l’assistance. « Il faudrait retrouver les jeunes qui ont bossé cet été-là » propose une femme, dont le fils a participé aux travaux, gagnant « 580 euros ». Oui, il faudrait les retrouver. Retrouver ceux qui ont travaillé à la construction de la Savine il y a 37 ans aussi. Et leur faire pratiquer les mêmes examens qu’aux habitants ayant rejoint le collectif. Ceux-ci sont invités à se rapprocher d’un médecin, à subir un test d’effort, une radio des poumons. Afin de déceler s’ils sont ou non touchés par le « mal de l’amiante », fibrose, cancer, difficultés respiratoires. S’il y a ou non préjudice sanitaire. Ils transmettront ensuite l’ensemble de leur dossier, accompagné d’une fiche nominative, à l’avocat. Saïda Hidri a fixé comme date butoir le 31 décembre.

JPEG - 90.5 ko
Maître Gioia a accepté de prendre la défense des locataires savinois constitués en collectif. ©AAM/Med’in Marseille

Après il sera temps pour l’avocat choisi de lancer la procédure, a priori dès janvier 2011. Une « guerre froide » commence, commente l’instigatrice de la réunion. Me Gioia, spécialisé dans les dommages corporels, rassure : « j’ai défendu plusieurs affaires d’amiante, un peu partout en France, et je les ai toutes gagnées. On va forcer les institutions à agir. Qu’elles ne vous laissent pas crever ». Certes, toutes les responsabilités ne peuvent être imputées dans leur entièreté au bailleur Logirem. Les collectivités locales et l’Etat auront à répondre de leur implication, ou plutôt de leur désengagement du dossier, si le préjudice devait être établi.
Dans la salle où la morosité le dispute à la combativité, des voix s’élèvent. « On entend parler d’argent, de dédommagements, mais ce qui compte, c’est notre santé à tous ». Victor Gioia espère un procès relativement court. « Dix-huit mois » peut-être. Souhaitons qu’aucun cancer ne se déclare d’ici là. Ni après.

* Nous renvoyons à l’article de La Provence, fort bien documenté et chiffré quant au coût impliqué par le désamiantage. Ce qui nous intéresse ici principalement est de recueillir le sentiment des habitants.

 

 

Autres articles Actualités

 

Brèves Actualités

  • 17 octobre

     

    La ville de Marseille a voté un plan à 1 milliard d’euros de reconstruction des écoles, par des partenariat public-privé

    Un plan massif, à un milliard d’euros, pour reconstruire les écoles de Marseille Régulièrement épinglée pour le délabrement de certaines écoles publiques, la ville de Marseille a voté lundi un plan massif de reconstruction d’un montant d’un milliard d’euros, via des partenariats public-privé (PPP) contestés par l’opposition. "Le projet que nous nous apprêtons à lancer est considérable, c’est un véritable plan Marshall qui n’a aucun équivalent ni dans l’histoire de la ville de Marseille ni dans aucune autre ville", a vanté le maire (LR) Jean-Claude Gaudin, devant le conseil municipal. Le plan prévoit la destruction de 31 établissements obsolètes des années 1960, et leur remplacement par 28 nouvelles écoles, (...)

     

  • 16 octobre

     

    MARSEILLE POUBELLE LA VIE Collectif citoyen contre l’insalubrité à Marseille lance une pétition

    MARSEILLE POUBELLE LA VIE Collectif citoyen contre l’insalubrité lance une pétition en ligne, avec une lettre ouverte à Jean-Claude Gaudin " Nous nous sommes mobilisés pour vous apporter les preuves de ce triste constat à travers le Livre Noir de Marseille : Etat des lieux de chaque quartier de la cité. Vous y observerez les rats que côtoient les usagers chaque jour. Ils s’attaquent aux câbles des voitures et pénètrent chez nous. Leurs cadavres trainent dans les rues et dans les parcs….Leur prolifération est vectrice de maladie comme la leptospirose…La gale et la teigne sont revenues dans nos parcs et nos écoles !" (...)

     

  • 9 octobre

     

    Droit de retrait reconduit ce jour au lycée Saint-Exupéry, lundi 9 oct

    Lundi 9 octobre 2017 Droit de retrait reconduit ce jour au lycée Saint-Exupéry Pour la troisième journée consécutive les personnels ont décidé d’exercer leur droit de retrait, les conditions de sécurité n’étant toujours pas assurées, ni pour nos élèves, ni pour nous. Dans un communiqué, les professeurs et personnels, leurs sections syndicales, FSU, CGT, FO, SUD, CFDT précisent :"Vendredi, la direction académique a dit réfléchir à la possibilité d’affecter à l’année 4 ou 5 AED supplémentaires sur notre lycée pour la vie scolaire. Il y a urgence ! Nos élèves doivent pouvoir reprendre les cours au plus vite, dans des conditions de sécurité restaurées. Il nous est insupportable d’être une nouvelle fois (...)

     

  • 6 octobre

     

    Lycée Saint exupéry, les enseignants font valoir leur droit d eretrait, suite à des violences

    DROIT DE RETRAIT AU LYCEE SAINT-EXUPERY DE MARSEILLE "La rentrée chaotique du lycée continue … En grève le 5 septembre, les personnels dénonçaient déjà les conditions de travail fortement dégradées suite à la perte de 30 contrats aidés (CUI), assurant notamment l’encadrement des élèves et l’entretien des locaux. De façon prévisible, les 10 postes reconduits n’ont pas suffit à assurer la sérénité du travail dans l’établissement. Depuis un mois seulement, les incidents se multiplient, les actes de violence sont récurrents :- 315 exclusions de classe- 6128 absences d’élèves- 490 passages à l’infirmerie- 9 évacuations par les pompiers … Suite à une bagarre d’une violence extrême ce mercredi, l’ensemble des (...)

     

  • 4 octobre

     

    Fête de l’Automne soutien au Manba, migants 13, Marseille. dimanche

    Fête de l’Automne soutien au Manba, migants 13 Un repas de soutien au collectif Al Manba , soutien migrant-es 13 ; est organisé aux jardins partagés de l’Annonciade, quartiers nord, les Aygalades, à partir des récoltes. Discussions, musique, buvette, chaleur humaine par Collectif Soutien Migrants 13 / El Manba dim 12:00 · Chemin de la Mûre, 13015 Marseille Page FB Collectif Soutien Migrants 13 / El Manba

     

  • 4 octobre

     

    Recours au Conseil d’Etat , contre le gel des contrats aidés

    Emplois aidés : La justice va-t-elle suspendre le gel décidé par le gouvernement ? TRAVAIL Le Conseil d’Etat examine mardi 03 octobre, un recours déposé par des élus écologistes et plusieurs associations contre la remise en cause des contrats aidés décidée par l’exécutif... http://www.20minutes.fr/economie/2143331-20171003-emplois-aides-justice-va-suspendre-gel-decide-gouvernement

     

  • 25 septembre

     

    La Ville de Marseille lance une enquête sur des « comportements supposés répréhensibles » dans les musées.

    La Ville de Marseille lance une enquête sur des « comportements supposés répréhensibles » dans les musées Depuis plusieurs semaines, des agents des musées dénoncent dans des courriers anonymes des passe-droits, voire les emplois fictifs dont bénéficieraient d’autres agents. La Ville a décidé de diligenter une enquête interne de l’inspection générale des services. A lire sur marsactu https://marsactu.fr/avis-de-tempete-dans-les-musees-de-marseille/

     

  • 25 septembre

     

    Selon la porte-parole de l’ONG Oxfam, Manon Aubry, avec les réformes fiscales engagées, "le gouvernement offre 24 milliards d’euros de cadeaux fiscaux aux plus riches".

    Réforme fiscale : "Les plus riches bénéficieront d’une hausse de revenus 18 fois plus importante que les plus pauvres" note Oxfam Selon la porte-parole de l’ONG Oxfam, Manon Aubry, avec les réformes fiscales engagées, "le gouvernement offre 24 milliards d’euros de cadeaux fiscaux aux plus riches". L’ONG de lutte contre la pauvreté Oxfam publie lundi 25 septembre, un rapport critique sur le projet de loi de finances 2018, intitulé Réforme fiscale : les pauvres en paient l’impôt cassé. Selon le rapport, les ménages les 10 % plus riches bénéficieront "d’une hausse de revenus au moins 18 fois plus importante que les 10 % les plus pauvres", alors que les 10% les plus riches possèdent déjà "56% des richesses (...)

     

  • 20 septembre

     

    CONTRE LA SUPPRESSION BRUTALE DES CONTRATS AIDES, RASSEMBLEMENT unitaire DEVANT LA PREFECTURE LE MERCREDI 20 SEPTEMBRE A 13H.

    Depuis la rentrée, l’annonce par le gouvernement de la fin programmée de tous les emplois aidés a réactivé la colère dans l’éducation, premier employeur de ces contrats. Les associations de parents d’élève se sont jointes à l’intersyndicale 1er degré en cette rentrée car elles sont bien conscientes des difficultés tant sur le plan humain que dans la dégradation de l’accueil des familles dans les écoles où les AADE sont devenues indispensables au bon fonctionnement. Le second degré de l’éducation, touché aussi par ces suppressions se joindra aussi à notre action le mercredi 20 septembre à 13h devant la Préfecture, à Marseille et l’action s’élargit en interprofessionnel. L’intersyndicale a demandé à être (...)

     

  • 14 septembre

     

    Emmaüs Pointe Rouge lance une collecte de dons pour les migarnts

    La Collecte de dons alimentaires pour les migrants de la Vallée de La Roya, est ouverte. départ du camion lundi 16 octobre. Le camion d’Emmaüs partira le lundi 16 octobre. Voir sur le site emmaus-pointerouge.com

     

Articles récents

Articles au hasard