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Samah Benmaad-Marie : Le parcours exemplaire d’une femme de caractère

7 mai 2009

Le parcours est original, le courage et la persévérance hors-normes et toujours intacts malgré les nombreuses barrières qu’il lui a fallu franchir. Maître Samah Benmaad-Marie avocate au barreau d’Aix-en-Provence, est l’une de ces femmes dont la force de caractère aura permis de dépasser tous les obstacles. Originaire de Tunisie, elle nous raconte son arrivée en France, ses déboires et ses rêves. Une vie douloureuse semée d’embûches mais qui pour rien au monde ne l’aurait empêchée « d’illuminer le visage » de sa mère.


 

A l’heure où l’on parle de statistiques ethniques et de discrimination positive, il y’a ces exemples d’hommes et de femmes qui ont pris leur destin en main et qui pour rien au monde n’aurait voulu bénéficier de cette politique. La réussite sociale ne tient-elle qu’à cette condition ? Samah Benmaad-Marie nous prouve le contraire. « Si l’on accepte la discrimination positive cela voudrait dire que l’on accepte « d’être reléguée en deuxième division ». Les statistiques ethniques sont, quant à elles, un scandale : tant que l’on raisonne de cette manière, le culte de la différence perdurera. Est-ce qu’on doit me considérer comme une minorité visible ? Non ! Moi je suis Française ».

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Boulevard Aristide Briand, la grande artère aixoise abrite le bureau de Maître Samah Benmaad-Marie, qui a prêté serment le 3 janvier 2001. Depuis, les journées sont chargées mais peu fatigantes pour celle que l’on surnomme « Energizer ». Une énergie débordante mise au service de ses clients. « Je ne me lève pas le matin en me disant je vais travailler. J’adore mon métier ». Spécialisée dans le droit pénal et le droit des affaires, elle a choisi d’être avocate par conviction. Mais si aujourd’hui tout est calme et paisible, il faut savoir qu’il y’a quelques années, le vent a soufflé très fort jusqu’à ce que la tempête ne l’éloigne du domicile familial et de son père « qui était ma lumière ».
Rien n’allait être facile pour l’aînée de cette fratrie de 4 enfants. Née à Bizerte le 19 septembre 1971, la jeune Tunisienne arrive à Toulon en 1980 dans le cadre d’un regroupement familial. Elle est alors le seul enfant des Benmaad à être née en Tunisie. Parachutée dans la classe de 6e, elle éprouve des difficultés à comprendre la langue française. « A la maison on ne parlait qu’arabe » se souvient-elle. Le barrage de la langue était tel, qu’elle trouvera un appui auprès de Bonnes Sœurs situées à quelques pas du domicile familial. Malgré ce soutien scolaire, les années « collège » ne furent pas de tout repos. Elle y passera six ans au lieu de quatre.

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Samah accompagnée d’une partie de sa promotion en 2001. Elle a prêté serment en janvier 2001.

« Le déclic »

Elle se souvient alors parfaitement de son année de 3e et de ce jour au cours duquel son professeur principal avait convoqué Mme Benmaad. « Madame Marie a dit à ma mère que je ne ferais jamais d’études supérieures. Elle lui a même conseillée de m’orienter vers un apprentissage. Ce que ma mère a vécu comme une humiliation. Mais qu’est ce qu’on est venu faire ici. Nos enfants sont pris pour des moins que rien se disait-elle ».
Le « déclic » eu lieu lorsque Samah vit couler les larmes de sa mère. « Depuis ce jour, j’ai foncé tête baissée. Je me suis accrochée et je me suis mise à travailler plus que les autres ».
Changement de cap, la « gamine » allait prendre sa revanche. Elle a 16 ans en septembre 1987, lorsqu’elle découvre le Lycée Bonaparte de Toulon dans lequel elle fournira un travail intense pour au final ne connaître aucun redoublement, et ce malgré l’absence de son père, patron de bar. Expulsé du territoire national pour avoir fait travailler au noir « des gens de sa communauté à qui ils voulaient rendre service » ; il reviendra un an plus tard. Pendant son absence, la famille Benmaad dut lutter de toutes ses forces pour pouvoir survivre. « Livrés à nous mêmes, on s’est débrouillé en travaillant avec les forains à 5 heures du matin, en nettoyant les tombes, en trouvant des places de parking. En période de vaches maigres, « les commerçants arabes nous faisaient crédits » ajoute-elle. Une solidarité exemplaire qu’elle garde dans sa mémoire vive.

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Les Benmaad avec leur fille : Samah en Tunisie

En juin 1991, quinze jours avant de passer son examen du baccalauréat, tout bascule. « Mon père était violent et assez dur. Et comme j’étais la seule à se rebeller et à dire ce que je pensais tout haut, il m’a frappée. Ce jour là, il m’a fait comprendre que j’étais la seule à avoir une carte de résident et qu’il allait me renvoyer en Tunisie. Les voisins m’ont aidée à sortir et je me suis enfuie après avoir demandé à mon petit frère, Béchir, de me filer quelques affaires et surtout mes annabacs ».
À 6 heures du matin, elle se présente devant la grille du lycée Bonaparte. Le gardien lui présente alors l’assistante sociale qui la place dans un foyer : « Moissons Nouvelles », situé Ville de la Garde, à l’extérieur de Toulon. Elle passera les épreuves du Bac C (scientifique) avec un éducateur spécialisé et un gendarme et l’obtient à l’âge de 20 ans. « Je me demande toujours ce que j’aurais fait si je ne l’avais pas eu ». Ce précieux sésame lui permet alors d’entamer de longues années d’études à l’Université Paul Cézanne Aix-Marseille III. Ce à quoi certains professeurs ne l’avaient pas prédestinée.

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Samah avec son petit frère

« Mais toi ce n’est pas pareil »

Quelques mois avant sa naturalisation en janvier 1992, Samah se prépare à intégrer la Fac d’Aix. Elle obtient une bourse et une chambre universitaire mais ne connait pas la date de rentrée. Ne recevant pas le courrier à l’adresse qu’elle avait indiquée, elle tente tant bien que mal d’obtenir des informations en passant de nombreux coups de fil, mais rien n’y fait, aucun renseignement ne lui parvient. Pour ôter le doute de son esprit, elle décide alors de plier bagages et de se rendre à l’université avec toutes ses économies. « Je me rends au service de la scolarité où j’apprends que les inscriptions sont closes depuis deux jours. Là, je m’effondre en larmes. Je frappe alors à la porte de Mr Naudet, responsable du 1er cycle et j’explique, je lâche tout. Je m’en souviendrais toujours, il a pris sa carte de visite sur laquelle il a écrit : « Veuillez donner un dossier d’inscription extra-tempora à Mlle Samah Benmaad ».
Après huit années d’études supérieures, la jeune femme obtient son diplôme d’avocat en 1999. Assistante de justice « dans la nouvelle Cour d’Appel d’Aix », Samah Benmaad ne tardera pas être intégrée dans un cabinet. « C’est une profession où il y’a un brassage des cultures, je n’ai jamais eu de réflexions sur mes origines. J’ai eu de la chance, peut être parce que je suis une femme ». Ce qui, par contre, ne l’empêchera pas d’entendre parfois des réflexions désagréables sur sa communauté. « Ah les arabes, il faut dire que c’est l’une des rares communautés à ne pas s’être intégrée. Mais toi ce n’est pas pareil. Tu n’es pas comme les autres, tu réfléchis, tu raisonnes, tu t’es donnée les moyens ».
« Et tous ces jeunes vous croyez qu’ils ont choisi ? Mais qu’est ce que ça veut dire ? Ils sont en train d’insulter ma communauté et sont en train de me dire que je trahis mon peuple. Parce que je suis avocate je dois changer mon nom ? Jamais. » Marié à Nicolas Marie en 2003, Samah choisit de conserver son nom de jeune fille. Pour protéger ses deux enfants, elle leur donnera un prénom français et arabe : Melina Cheyma et Lilian Mehdi. A eux de choisir de le conserver ou pas à leur majorité. « Aujourd’hui, je vis comme une européenne avec ma culture et avec un esprit de famille tournée vers l’orient ».

Seul maître de son destin elle s’évertue chaque jour à enseigner à ses enfants leur double culture, leur double identité. « Une mère Tunisienne et Française ça n’enlève rien à leur culture ».

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Samah en pleine démonstration au Lycée Bonaparte

« Je suis fière d’avoir vu s’illuminer son visage »

Aujourd’hui, la famille Benmaad est fière de Samah, la seule à avoir poursuivi ses études. « Mes frères et sœurs n’en reviennent toujours pas. J’ai eu de la chance d’arriver à faire ce que je voulais. Ce n’était pas acquis mais je leur ai dit que j’allais le faire et je l’ai fait » dit-elle avec fierté et émotion.
Mais si elle a lutté de toutes ses forces pendant toutes ces années, c’est pour ses frères et sœurs, qui ont arrêté leurs études en classe de 5e, mais avant tout pour sa mère qui « a donné sa vie pour nous et qui nous a élevés seule. Je suis fière d’avoir vu s’illuminer son visage ».

C’est une revanche contre les préjugés et les clichés. Et elle le répète pour ceux qui n’auraient pas bien compris : « la réussite tient à tout un chacun. Les jeunes d’aujourd’hui combattent moins. Ils sont plus vers cette optique : « La société nous a rejeté, on la rejette aussi. » Un système dans lequel Samah refuse d’entrer, malgré les coups endurés et les regards qui lui faisaient « comprendre qu’elle n’était pas à sa place ».

Aujourd’hui, elle se bat aussi pour défendre la condition des femmes. « Des femmes qui sont contraintes au mariage forcé, des femmes qui subissent des violences et qui une fois arrivées en France, sont maltraitées parce qu’elles ne font pas le ménage assez vite » dit-elle avec ironie et colère.

Maître Samah Benmaad-Marie travaille toujours autant « pour durer ». C’est un travail de tous les jours » explique t’elle, mais elle savoure avant tout, la chance d’exercer le métier qu’elle aime.

 



 

  • Henriette Nhung Pertus : L’exil douloureux de la « Chinoise verte »

    une pensé a vous henriette !! j admire le courage que vous avez eux pour etre encore parmi nous apres avoir vecu les pires chose qu’il puisse exister !!toutes cette haine cette souffrance dont vous avez etait victime !!j’espere que vous avez trouvé une vie tranquille sens peur et sens crainte du lendemain je vous embrasse

    par langer le Mai 2014 à 20h06

 

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