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Saïd Ahamada, porte-parole du MoDem, n’appellera « personne à s’inscrire sur les listes électorales »

5 janvier 2012

A la toute fin décembre, dans un communiqué cinglant, le candidat aux législatives dans la 3e circonscription de Marseille portant les couleurs du parti de François Bayrou, disait ne pas pouvoir se «  résoudre à pousser ceux qui, comme [lui], sont issus de ces quartiers délaissés, ces zones de non droit, à aller s’inscrire sur les listes électorales et à voter en 2012 ». Il reproche le peu d’intérêt de la classe politique en général, mais aussi du MoDem pour les questions touchant aux habitants des quartiers populaires. Quelques jours après, la colère apaisée, il s’en explique.


 

Med’in Marseille : Vous avez récemment haussé le ton, y compris envers votre parti, en affirmant « Non, je n’appellerais personne à s’inscrire sur les listes électorales », rapport à toutes les initiatives allant dans ce sens qui ont eu lieu ces derniers mois en direction des habitants des quartiers populaires de Marseille. Pourquoi ce coup de gueule, et pourquoi maintenant ?

Saïd Ahamada : D’un côté, je ne voulais pas non plus casser les efforts des uns et des autres pour appeler au vote de manière générale. C’est pour ça que j’ai envoyé ce communiqué de presse dans les derniers jours de décembre (depuis le 31, il n’est plus possible de s’inscrire pour pouvoir voter aux élections en 2012, ndlr). Mais j’en ai assez qu’on stigmatise les personnes des quartiers défavorisés, par la plupart de ces appels au vote. On les prend pour des handicapés sociaux sous prétexte qu’ils ne sont pas inscrits ou qu’ils ne votent pas ; il faut absolument les appeler au vote, cela devient une démarche citoyenne quasi-obligatoire. Et puis il y a ensuite le fait qu’on ne se pose pas la question de savoir pourquoi ces gens ne votent pas. Je ne pense pas que ce soit en cassant le thermomètre ou en occultant ce dossier qu’on va le résoudre. Je pense que c’est parce qu’il y a plus de problèmes de chômage dans ces quartiers-là, qu’il y a une stigmatisation quasi-étatique de ces habitants des quartiers défavorisés et particulièrement de la population musulmane, que ces personnes ne votent pas. Je pense qu’il y a un lien de cause à effet : et ce n’est pas l’inverse, ce n’est pas parce qu’ils votent pas qu’ils sont en dehors de la société.
J’ai été de ceux qui ont appelé au vote il y a quelques années et même jusqu’à l’année dernière. On sent un ras-le-bol général, parce que c’est comme si on disait aux gens des quartiers difficiles : « allez voter et les choses vont se résoudre parce que vous avez voté ». Et c’est faux. C’est pour ça que je voulais un peu hausser le ton. Les appels au vote qu’il y a eu depuis la marche pour l’égalité et contre le racisme de 1983, aujourd’hui on n’en voit pas les bénéfices. On a même reculé : il y a des endroits où il y a 50 % de chômage, des gens qui à 30 ou 40 ans n’ont jamais travaillé leur vie. Ça ce sont aussi des réalités. Après on reproche aux gens de ne pas voter, mais à mon avis ces personnes sont beaucoup plus politisées qu’on ne le croit. Et cette absence de débat démocratique, cette absence d’implication dans le processus démocratique, c’est aussi une question qu’il ne faut pas négliger. Il y a également un problème de représentativité : les gens n’ont pas envie de participer au processus électoral pour ensuite être laissées de côté.

Vous avez des mots assez durs, pour la classe politique en général, mais aussi pour votre propre parti, le MoDem. Considérez-vous que François Bayrou n’a pas fait ce qu’il fallait faire, n’a pas suffisamment donné de signes de sa volonté d’agir pour les quartiers ?

Aujourd’hui, aucun parti ne l’a fait. J’alerte sur quelque chose que, malheureusement ou heureusement, je connais bien, et notamment dans les quartiers nord de Marseille. C’est vrai qu’actuellement, y compris au MoDem, personne n’a de réponse à apporter à ça. Il y a une prise de conscience qui commence toutefois à se faire au sein du Mouvement démocrate. Et à mon sens, l’intérêt au niveau de mon parti c’est que cette question n’est pas connotée, parce qu’il n’y a pas de passif derrière, et ensuite il n’y a pas de tentative de récupération. Il y a effectivement ce risque de dire « je m’adresse aux quartiers quelques mois avant les élections, dans une tentative de récupération de voix électorales ». Le programme du MoDem est en train de se faire. On travaille à quelques-uns pour agir sur la politique du parti sur ces sujets-là.

Avez-vous rencontré François Bayrou à ce sujet ?

Le mot que je vous ai fait passer, je l’ai également fait passer aussi au niveau national. Certains l’ont vu comme étant en contradiction avec la politique nationale d’inscription sur les listes électorales ; François Bayrou, lui, ne l’a pas perçu comme ça, mais plutôt comme une complémentarité dans le travail. Depuis nous avons monté un groupe de travail en étroite collaboration avec le bureau. Nous sommes trois, dont Fadila Mehal à Paris, à travailler sur des pistes de propositions qui permettent, sans faire de récupération, de présenter quelque chose qui est réaliste.

Concrètement, quelles sont ces propositions ?

Sur le statut de l’élu local par exemple : mieux représenter les origines au sens très large - origines sociales et géographiques ou encore professionnelles,... - Appliquer le non-cumul des mandats, etc. Et comment, à l’échelle de cinq ou dix ans ont peut faire pour qu’il n’y ait plus de ghettos en France, en travaillant notamment sur la mixité sociale. On commence à le faire avec le volet éducation. L’école est une voie d’excellence pour progresser, rencontrer l’Autre, mais la mixité se fait aussi au niveau du logement. Je pense que c’est par là que l’on réussira à reconstruire un contrat social. Sur le fond, la représentation est importante aussi et je suis toujours l’exemple de Rachid Arhab à la télé. On a aujourd’hui un vrai problème de représentativité. On a un travail à faire sur une meilleure représentativité de la population française, que ce soient des commerçants, des ouvriers, des personnes issues de l’immigration. Nous sommes contre le système de quotas, de minorités visibles ou invisibles, mais il est nécessaire de renouveler la classe politique française.

Concernant les prochaines législatives, où en est justement le MoDem au niveau des investitures ?

Le mot d’ordre ç’était : il faut qu’on ait des personnes ancrées localement, qui ont une légitimité locale. En allant même au-delà du cadre du Mouvement démocrate, en allant chercher des gens qui ont une sensibilité centriste. Pas de parachutages ; ce mot est à la mode ! Il y a donc eu un appel à candidature qui a été fait en interne. Une analyse par circonscription est en train d’être effectuée. On aura les réponses définitives le mois prochain. Moi personnellement, je suis candidat sur la troisième circonscription, dans les 13e et 14e arrondissements de Marseille. On ne cherche pas forcément à imposer des Noirs parce qu’ils sont Noirs, des Maghrébins parce qu’ils sont Maghrébins. Par contre on est sur cette idée d’ancrage local. De ce côté-là, nous n’avons pas de leçon à recevoir : j’étais candidat tête de liste aux municipales en 2008, c’était la première fois à Marseille qu’il y avait un candidat tête de liste issu de l’immigration. Je pense qu’on a essayé de faire bouger les choses sur ce sujet, y compris en Île-de-France.

Dans un registre proche, un autre homme politique marseillais, socialiste celui-ci, a récemment lancé un appel intitulé « Nous ne marcherons plus », afin d’inciter les candidats à l’élection présidentielle à prendre en compte les problématiques que rencontrent les habitants des quartiers populaires. Vous sentez-vous proche de l’initiative de Nassurdine Haïdari ?

Cette démarche arrive peut-être avec quelques années de retard, comme la question de l’appel au vote. L’initiative est prise régulièrement à chaque fois qu’on approche d’échéances électorales. On se souvient lors des dernières municipales que Nassurdine Haïdari avait fait parler du Cran et des minorités visibles sur Marseille. Il avait d’ailleurs été pris sur une liste. Mais ce n’est pas la bonne démarche que de stigmatiser de cette manière-là les gens issus des quartiers en disant « on est à part, et quelque part on souhaite être reconnus dans le fait qu’on est complètement différents. » Il n’y a pas tellement de différence finalement entre quelqu’un qui est perdu dans son quartier et quelqu’un qui est perdu dans sa Lozère natale. Je ne suis pas pour un passage en force, qui n’a pas énormément d’impact. En termes de propositions je ne vois pas grand-chose venir. Et en terme de représentativité, là aussi j’aurais pu éventuellement adhérer si j’avais senti un mouvement de fond derrière. Sur Marseille ceux qui suivent ce type d’initiative sont très peu. Ce n’est plus de ça dont les habitants des quartiers ont besoin. Les gens ont besoin de concret, ont besoin d’avancer, d’avoir un peu plus de boulot. La République reconnaît qu’elle a des problèmes dans des endroits du territoire, que tout le monde n’a pas accès aux mêmes droits, voyons comment on peut faire ensemble pour que ça change.

Si les choses n’avancent pas comme vous le souhaitez, que ce soit au niveau de votre parti ou au sein de la classe politique en général, quelles conséquences en tireriez-vous ?

Le Mouvement démocrate bouge dans la bonne direction et l’environnement fait que François Bayrou plus particulièrement va plutôt dans le bon sens. Ce que j’ai pu voir et entendre ces derniers jours fait que je suis plus serein que lorsque j’ai écrit mon communiqué. J’attends de voir ce que prévoit le programme qui sera présenté d’ici peu. J’aurais la réponse pour savoir si mon engagement sera total ou pas. Si ce n’est pas le cas, je prendrai une décision qui sera de construire une nouvelle force sur Marseille au niveau local pour 2014, pour avoir une alternative qui soit vraiment une alternative aux réseaux, guériniste d’un côté, gaudiniste de l’autre. Systèmes qui ont montré qu’il n’y avait plus rien à attendre d’eux dans les quartiers nord. J’ai d’ailleurs commencé avec plusieurs personnes à travailler à une offre politique qui ait un sens pour les Marseillais.

 

 

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