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SUR LES TRACES DE NOS PAS par la Compagnie Mémoires Vives

19 décembre 2013

La compagnie Mémoires Vives présente vendredi au théâtre Toursky le spectacle « Sur la trace de nos pas ». Pluridisciplinaire, ce spectacle prend source dans un projet de trois ans mené avec des jeunes artistes de la Busserine. Il puise son inspiration dans les mémoires de l’immigration, dans l’histoire souvent occultée ou enfouie des migrants qui ont construit Marseille et la France. Aujourd’hui leurs petits fils et filles, sous l’impulsion du metteur en scène Yan Gild, donnent à voir une partie de cette mémoire.


 

Le projet de création « Sur Les Traces de Nos Pas », relate les mémoires des différentes communautés présentes à Marseille, de la colonisation française de leurs trajectoires migratoires et de leur enracinement dans la ville et son destin, à travers un art pluridisciplinaire. Il rassemble une vingtaine d’artistes professionnels ou amateurs. Débutée en 2011, l’aventure s’achève vendredi par une ultime représentation au Toursky. Au départ, le metteur en scène Yan Gild, dont les créations ont été souvent données dans les quartiers nord et notamment à la Busserine, a lancé un appel à participation auprès de jeunes habitants du quartier. Et une quinzaine a répondu à l’appel. Le sujet n’était pas, au préalable, arrêté, même si le travail de Yan Gild avec sa compagnie Mémoires Vives traverse les thèmes de l’immigration. L’écriture a été commune avec les jeunes qui ont découvert par ce biais une partie de l’histoire de leurs parents ou grands-parents qu’ils ignoraient. Le metteur en scène a, en effet, proposé, avant toute création, une semaine de recherche sur l’histoire. Au final, ils ont créé un spectacle en trois parties.

Mon armée à moi, c’est l’Afrique !

Farouk, animateur culturel et directeur du centre de loisir de la Busserine et est également comédien dans la pièce, explique la genèse du projet : « La première fois que l’on s’est rencontré, on a cherché le thème ensemble, on a vu les spectacles de Yan qui travaille beaucoup sur le thème de l’immigration. Nous avons effectué de nombreuses recherches sur l’immigration, nous avons appris beaucoup de choses. D’où venait l’immigration et pourquoi les immigrés sont-ils arrivés en France. Nous avions des vidéos, des livres, nous avons fait des recherches sur internet. A partir de là, nous sommes tombés sur une date, comme point de départ du spectacle, celle de la conférence de Yalta en février 1945, le partage du monde. A cette époque, la France était occupée par les Allemands et n’avait pas forcément de poids parmi les trois grands. Dans le spectacle, nous avons fait intervenir de manière fictive De Gaulle dans la conférence qui face aux trois autres puissances l’accusant de n’avoir aucune puissance militaire déclare : « Mon armée à moi, c’est l’Afrique ! », et le spectacle démarre là-dessus. On parle notamment des soldats d’Afrique qu’on a appelés pour libérer la France. »

La première phase du spectacle présentée en mars 2012 au théâtre de la Criée, après une résidence au Centre social Agora, aborde l’histoire des tirailleurs africains. La seconde partie relate la reconstruction de la France après la guerre et l’immigration, la présentation publique a eu lieu fin 2012, dans le cadre de la programmation culturelle de l’Espace Culturel de la Busserine. La dernière parle d’aujourd’hui, de la descendance des immigrés et sera donnée au Toursky, vendredi.

On appuie là où ça fait mal

Pour Abou, d’origine comorienne, qui est comédien dans le spectacle « Etant issu de l’immigration, c’est un thème qui m’a touché. On pointe du doigt certaines choses, on appuie là où ça fait mal, mais on le fait avec humour. » Pour Rania, d’origine tunisienne, comédienne dans le spectacle et qui a travaillé pendant cinq ans au collège de la Busserine, comme assistante d’éducation, ce spectacle porte un message sur le présent : « On aborde le problème du racisme, de l’exclusion, de la ghettoïsation, du fait que les habitants du quartier ne sortent pas vraiment du quartier. Ce projet est une manière de dire ce qu’on a envie de dire, que les immigrés ne sont pas arrivés ici par hasard, que nous aussi, nous avons notre place en France, que nous aussi, nous sommes Français et que même si on a l’apparence africaine, nos codes, nos cultures, nos valeurs sont français. » Le spectacle a, également été, pour elle, l’occasion de découvrir une histoire qu’on ne lui avait pas transmise : « J’ai vu que les Tunisiens avaient été colonisés par les Français, même si on parle de protectorat français, pour moi c’est de la colonisation. Avant je ne m’y étais pas forcément intéressée, alors qu’avec ces recherches, j’ai posé la question à mes parents. Or pour eux, ils se sentent petits par rapport à l’Europe, parce que pour eux l’Europe est supérieure à eux, ils ont encore l’esprit colonisé. »

Construction politique du racisme

« A Mémoires Vives, nous travaillons à produire et diffuser des œuvres spectacles vivants sur l’histoire et la mémoire des immigrations », résume Yan Gild, directeur artistique et metteur en scène, auteur et interprète de la compagnie. Militant associatif et artiste, il lutte contre les discriminations. Sa réflexion l’a amenée à s’interroger sur la construction des situations discriminantes et du racisme, dans notre pays. « Je me suis rendu compte qu’il y avait une vraie construction politique du racisme, parce que la France a besoin de cela pour expliquer les bienfaits civilisateurs de la colonisation. Quand Jules Ferry déclare à la chambre des députés, à la fin du XIXème siècle, « Il est du devoir des races supérieures d’aller coloniser les races inférieures, sinon comment pourrions nous justifier la colonisation ? », nous sommes bien dans le problème de savoir comment la SFIO, ou les progressistes ont trouvé une justification à ces conquêtes territoriales et à la soumission d’autres peuples. Pour expliquer cela, il faut adhérer aux thèses eugénistes, racistes ou de hiérarchisation des races, culturelles, intellectuelles, sociologiques, biologiques, anthropologiques…. »

Déconstruire les stéréotypes par l’art

Selon lui, il est nécessaire, et il le fait à travers ses spectacles, de déconstruire cette pensée coloniale. « Nous essayons de déconstruire les stéréotypes par l’art. Les psychés ont été atteintes, car souffrir d’un complexe d’infériorité est aussi grave que souffrir d’un complexe de supériorité. Nous, les Français, nous portons ce poids de l’histoire colonial et les immigrés également. A Mémoires Vives, nous avons envie de transcender cela, de le dépasser. Nous nommons les faits, les crimes et la culpabilité de l’Etat français. Je n’accuse pas la France, ni la République, mais j’accuse l’Etat français d’avoir, pendant 130 ans ,pris Marianne en otage pour des intérêts économiques et politiques. En France, nous n’arrivons pas à assumer les périodes sombres de notre histoire. Et cela crée de purs fantasmes sur lesquels les nouvelles générations se construisent. Les mythes nationaux qu’on a construits sont des mythes exclusifs et discriminants. Moi, j’attends toujours qu’un chef d’Etat français reconnaisse les crimes coloniaux, reconnaisse que la colonisation a été une erreur fondamentale. » Il est convaincu que ce lourd héritage pèse toujours sur la situation actuelle : « Cette pensée se transmet de générations en générations, cela se fait par la philosophie, l’éducation. Il faut que le peuple français soit conscient de cela. Au lendemain de la décolonisation, il n’y a pas eu de déconstruction de cela, la France n’a pas décolonisé les institutions et les esprits. Quand on jette des bananes à Christiane Taubira, on est dans l’héritage colonial pur et simple. De même pour le discours de Dakar de Nicolas Sarkozy. Nous sommes toujours dans les mêmes clichés. Dans les publicités, ces clichés racistes ont encore cours aujourd’hui. Je ne pense pas que le racisme soit inné, c’est un racisme acquis ».

Son travail est aujourd’hui compliqué, même si sa compagnie continue à être subventionnée : « Je joue de moins en moins mes spectacles, parce que ça dérange les gens. On m’accuse d’attiser les haines et les rancœurs et de déstabiliser la République. Or, je pense que c’est dans les silences et les non-dits que les vieux démons rejaillissent. Beaucoup de salles sont aliénées, elles bénéficient de subventions publiques, on préfère le silence sur ces questions. », déplore-t-il.

Par l’art, il invite tous les Français à reprendre « Notre destinée commune en main, de se réapproprier nos histoires passées et présentes pour en faire le ciment des lendemains à construire … ensemble, inéluctablement ensemble. » Et le mot de la fin reviendra à ses interprètes : « les gens issus de l’immigration ne sont pas ici par hasard. Ils ont leur place en France autant qu’un Français de pure souche », conclut Rania. Et Farouk, se projetant dans l’avenir, tient à préciser que « Nous ne sommes pas là pour mettre de la haine, à nous de jouer un rôle, à nous de montrer qu’on peut faire quelque chose. On peut s’en sortir tous ensemble. »

Sur la trace de nos pas, direction artistique et mise en scène Yan Gilg Théâtre TOURSKY vendredi 20 décembre 2013 à 20H

 

par Claire Robert - Dans > Agenda



 

 

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