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SDF : création d’une cellule médicale de veille à Marseille

29 août 2009 - Dernier ajout 31 août 2009

Une cellule médicale de veille spécifique pour des personnes sans domicile vient de naître ce 28 août. L’idée a germé d’une concertation de deux délégations de la Ville dont la Direction de la Santé publique et d’un groupe d’acteurs de terrain tels le Samu social municipal, la Croix-Rouge, l’association Raoul Kanazi. L’objectif de ce comité de pilotage vise à connaître davantage ces femmes et ces hommes de la rue, et tenter de leur apporter une aide moins stérile qu’aujourd’hui. Expérimentation sur trois mois de cette cellule avant un vote possible en Conseil municipal en janvier 2010.


 

Un constat déclenche aujourd’hui la mise en place provisoire de cette cellule médicale de veille. L’absence de suivi sanitaire et social des personnes sans domicile a conduit le Dr Michel Bourgat, adjoint au maire délégué à la Lutte contre l’exclusion, l’intégration, l’unité d’hébergement d’urgence (UHU), le Samu social* et le Dr Françoise Gaunet-Escarras, adjointe au maire déléguée à la Santé, l’hygiène, prévention des risques sanitaires chez l’adolescent à instaurer cette nouvelle démarche de proximité. Une de plus ? Peut-être pas. L’initiative est belle en théorie, reste à voir comment elle peut s’appliquer dans la pratique.
« Où en est-on à Marseille avec ce public ? Il nous est nécessaire de faire un repérage de la réalité des choses et en même temps, mener des actions » à destination de cette population, résume le Dr Gaunet-Escarras. Le groupe de réflexion a bien l’intention de s’ouvrir aux partenaires associatifs, collaborant tout au long de l’année avec le Samu social municipal. Dans l’immédiat, l’équipe de démarrage se compose de trois médecins, la maire-adjointe à la Santé, ses confrères le Dr Bourgat et le Dr Nicole Arrhighi et d’un docteur en psychologie, Raoul Viger, par ailleurs président de l’association Raoul Kanazi.

Cette structure humanitaire, oeuvrant pour le Niger développe en parallèle un projet annuel à Marseille avec l’opération Sakado en décembre. Cette campagne a pour but de mobiliser le grand public par une collecte d’objets de première nécessité à l’intention des SDF (des kits de vie réunis dans des sacs à dos). Raoul Viger confie ses motivations au sein de cette nouvelle cellule, « nous aurons un regard plus large, plus exhaustif sur la situation. Cela nous permettra de bien identifier certaines gens de la rue, lister leurs besoins, dresser des diagnostics et un état des lieux ». Et de poursuivre, « l’esprit Sakado sera repris, l’apport de l’expérience de notre association peut être bénéfique ».

Des médecins dans la rue

Le principe du projet : « des médecins de rue qui tournent en maraude ou sur appel (par sollicitation du Samu social). D’essayer d’établir un tableau de garde » renchérit le Dr Gaunet. « Des médecins vont délivrer des ordonnances dans la rue, cette action va déclencher certains systèmes : ouverture de droits par exemple. La présence médicale débouche sur du médical, du social. Le public sera dirigé vers le CCAS ou des permanences d’accueil médico-social d’hôpitaux publics, la Croix-Rouge », explique-t-elle. La cellule interviendrait en complément de Médecins du Monde, qui effectue une fois par semaine des permanences sur le terrain –par le biais du CASO centre d’accueil, de soins et d’orientation. Il paraît nécessaire d’investir davantage, les moyens humains sont largement insuffisants sur la médecine somatique. Selon la maire-adjointe, on estime à 25 %, les personnes sans couverture dans notre région qui pourraient obtenir une ouverture de droits (CMU, RMI). On ne fait finalement qu’appliquer la loi française.

Combien de SDF ?

Leur nombre est bien difficile à établir. Des chiffres évaluent à un millier de personnes vivant dans les squats. Et environ 800 sont en rupture de vie : sans logement, au chômage ou sans famille. Ces personnes s’orientent de plus en plus vers le Samu social. Selon son directeur, René Giancarli, on assiste à un véritable changement de sociologie du public accueilli. Les stéréotypes sont dépassés voire obsolètes. Les visiteurs du Samu social sont pour « 40 % bien habillés, propres sur eux, muni d’un portable. Ils touchent vraisemblablement le RMI, bénéficient de la CMU. Mais l’hébergement leur fait défaut ». Les apparences changent donc, un nouveau public est ainsi fragilisé. La crise accentue cette tendance. « Ces gens s’assument, se protègent, gardent leur dignité », observe le Dr Gaunet. Ils viennent « montrer » à la structure municipale que le milieu SDF « est très mouvant, il est en train de changer à grande vitesse. C’est la raison pour laquelle on décide d’intervenir par une aide médicale urgente ». Intervenir en amont afin d’éviter les dérapages et le constat final bien souvent « le SDF ne veut pas du logement proposé car il développe une culture de rue ». Les problèmes sanitaires sont légion, sa propre santé n’est pas la priorité pour lui.

Espérance de vie alarmante

On se retrouve par conséquent avec des pathologies très fortes, « l’espérance de vie d’un SDF tourne autour de 50 ans ». On reconnaît volontiers une insuffisance des structures de santé mentale. Actuellement, trois équipes mobiles cohabitent dans la rue : l’une est pilotée par l’hôpital psychiatrique Edouard Toulouse, les deux autres par le service du Pr Naudin de l’hôpital Ste-Marguerite. Les troubles psychiatriques sont considérés profonds, « 50 % relèvent de la psychiatrie réelle et 50 % de souffrance mentale aiguë ou chronique (due notamment à l’alcoolisation) » explique le Dr Gaunet. Leurs conditions de vie aggravent leur santé physiologique, et on diagnostique des troubles musculo-squelettiques sévères, provoqués par une sous-alimentation, des problématiques inhérentes à l’absence d’hygiène (maladies de peau, le fait de dormir dans la rue).

La cellule médicale de veille –avec des moyens très modestes au départ- viendrait soulager le Samu social, qui « n’a pas suffisamment de temps à dédier (au public de rue) pour une aide psychologique ou somatique ». Cette expérimentation de trois mois se réalise simultanément à une étude sur la santé des sans abri, qui serait une approche concrète pour les aider, les accompagner dans leur parcours santé. Il s’agit à l’issue de cette période de construire un système pérenne, présenté à l’agence régionale de santé en fin d’année. Cette mise en œuvre nécessitera notamment un audit par le Samu social et l’UHU, un programme triennal à soumettre à la Ville et à l’Etat via le GRSP (groupement régional de santé publique) et une nouvelle organisation du 115 (N° national d’appel).

Souhait de mieux protéger les SDF

La cellule fait ses premiers pas. Le comité de pilotage semble convaincu que les médecins peuvent obtenir très vite la confiance des SDF, selon Raoul Viger. « Il faudra ensuite qu’on obtienne la bénédiction des administrations. Cela nous permet de présenter (au terme de l’expérience) des premiers résultats » ajoute-t-il. S’ensuivront ensuite la consolidation de ce nouveau service envers les plus démunis, la budgétisation. Une délibération sera présentée en conseil municipal probablement en décembre 2009 voire janvier 2010 pour faire vivre durablement la cellule médicale de veille.

Néanmoins, le Dr Gaunet est bien consciente au regard des statistiques, hélas « beaucoup (de SDF) ne s’en sortent pas. (Le public est si fragilisé) C’est pour cette raison qu’il faut aller vers » ces femmes, ces hommes.

*Le Samu social municipal, fondé en 2001 compte 65 agents. Il assure sur Marseille, l’assistance, l’accompagnement et le transport de personnes en errance vers notamment l’Unité d’hébergement d’urgence (UHU), créée par la Ville. La structure d’accueil a une capacité permanente de 300 places, pouvant aller à 372.

Samu social, 10 bd Ferdinand-de-Lesseps, 13003 Marseille, tél 04 95 04 58 50/ PC Samu 04 95 04 58 53 ou N° vert national 115. UHU, 110 chemin de la Madrague Ville, 13015 Marseille.

 



 

 

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