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Rroms : quelles issues à la crise humanitaire ?

18 juillet 2011

Après les expulsions de ces dernières semaines, la situation des Rroms à Marseille est devenue insoutenable. Interdits de monter des tentes malgré la pluie de ce week-end, de faire du feu, terrorisés à l’idée d’être chassés de nouveau, les Rroms sont à bout. Sans intervention urgente, nous sommes face à une situation humanitaire, sociale et sanitaire catastrophique. Lundi 18 juillet au matin, une délégation d’associations a été une nouvelle fois été reçue par des représentants de la Région. En attendant que les autre institutions lui emboîtent le pas, et malgré l’assurance de Gaëlle Lenfant, vice-présidente en charge des Solidarités, sur les bonnes intentions du Conseil régional, l’urgence court toujours.


 

Ils étaient une poignée, ce matin, devant la Région. A quelques encablures de la Porte d’Aix où un « campement » (sans tente) de fortune a été installé, suite à l’expulsion mardi du terrain de Chanterelle qui comptait une quarantaine de familles. Fatiguées, levées à 6 heures 30 pour pratiquer leur activité de chiffonniers et de revente sur le petit marché de la place - seule source de revenus - les quelques familles rroms qui attendent de connaître leur sort sont au bout du rouleau.

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Attente de la fin de réunion entre Rroms, associatifs et représentants du CR PACA. ©AAM/Med’in Marseille

Certes, les associatifs - les mêmes depuis le début - sont là pour tenter de faire entendre leur voix auprès de la seule institution publique ayant à ce jour accepté de les recevoir. Mais comme dit Nicolas Martin, co-fondateur du festival Latcho Divano faisant aussi office d’interprète de la communauté, « cela fait des mois qu’ils sont interviewés, photographiés, écoutés » et rien ne bouge pour eux. Ils vont d’expulsion en expulsion (quinze en deux mois). « Ils subissent un harcèlement permanent, une véritable torture morale, ils ont peur ». Et plusieurs centaines de personnes installées sur d’autres terrains pour bien connaître le même destin.

Cherche squat

« Ici, explique une jeune femme rrom, très en colère, à la Porte d’Aix nous sommes en insécurité, nous n’avons aucune intimité, tout le monde peut nous voir » Et, Mélania, une femme d’une soixantaine d’années qui est en France depuis deux ans avec sa famille de rajouter : « nous voulons simplement avoir le droit de dresser un campement ». Pour le reste, explique Nicolas, ils se débrouilleront. «  Ils veulent juste pouvoir s’établir quelque part, ils sont même prêts à payer l’eau ». Car leur rêve d’intégration, et ils en ont bien sûr, est bien loin derrière ; un travail, un toit pour dormir, ils n’y pensent guère plus. Les associations ont pioché dans le fonds d’urgence mis en place il y a quelques mois par le Conseil Régional, permettant à vingt-cinq personnes, accompagnées d’enfants en bas âge d’être hébergées à l’hôtel pour cinq jours. Certains bénéficieront d’une prolongation du dispositif, et de nouvelles nuitées devaient être débloquées pour mettre temporairement à l’abri femmes enceintes et jeunes mamans. Les autres retrouveront la rue.

Les Rroms de Marseille viennent pour 80 % d’entre eux de Roumanie, les autres de Serbie ou de Bulgarie. Européens, mais ne bénéficiant que d’un droit de circuler dans l’espace communautaire de trois mois, ils se retrouvent vite dans l’illégalité. Et ils ne peuvent pas espérer plus. En effet, il est très difficile à un Roumain de travailler légalement. « Un employeur devra, en gros, débourser 1000 euros pour l’embaucher, à cause de l’insertion progressive de la Roumanie dans l’Europe, et ce jusqu’en 2013 », explique le collectif d’associations. Les employeurs susceptibles de les embaucher doivent non seulement payer une taxe d’environ 900 €, monter un dossier de demande d’autorisation de travail très complexe et attendre entre 3 et 6 mois la fin de la procédure sans assurance de l’accord, mais aussi offrir un contrat à plein temps rémunéré au SMIC minimum, ce qui exclut le temps partiel. Pas de promesse d’embauche, pas de papiers. Et pas de papiers, pas d’embauche : un titre de séjour est nécessaire pour pouvoir prétendre se faire embaucher. « C’est le serpent qui se mord la queue ».

Patate chaude

« Il ne faut pas se renvoyer la patate chaude », a affirmé l’adjointe à la mairie de secteur du 1er secteur Mme Sitruck, lors de la réunion de ce matin. Une concertation est en effet nécessaire entre les différentes collectivités locales. Gaëlle Lenfant, vice-présidente de Région en charge des Solidarités, de la Prévention et de la Sécurité, et de la lutte contre les discriminations, a assuré qu’elle allait chercher des solutions concrètes auprès des autres collectivités locales.

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Gaëlle Lenfant, vice-présidente de Région, a reçu ce matin une délégation.

La représentante de l’institution a tenu, en préambule à la réunion, à rappeler la valeur symbolique de la commémoration de la rafle du Vel d’hiv’ du 16 juillet dernier, « Quand on commémore un évènement, on se souvient du passé pour construire l’avenir. » Faisant des parallèles entre la situation que vivent les Rroms aujourd’hui, et celle que certains peuples ont subi en France pendant la Seconde Guerre mondiale, victimes « d’un ostracisme d’Etat », elle a rappelé que l’état de la situation des Rroms au plan humain et sanitaire était déplorable. Pour enfin appeler à « ne pas faire de politique politicienne et à dépasser les lignes politiques droite gauche pour avancer ».

A quand le moratoire des expulsions

Des solutions à court et moyen terme doivent être trouvées. Dans l’urgence, les associatifs et la Région ont demandé un moratoire des expulsions. Ce pour quoi Michel Vauzelle avait plaidé auprès du Préfet de Région, mardi dernier. A long terme, le relogement pérenne de ces populations doit être envisagé. Premier point évoqué par la Région, les terrains d’accueil qu’il faudra négocier avec la mairie. Comme l’explique Gaëlle Lenfant « toutes les bonnes idées et initiatives sont les bienvenues ». « Le terrain de Chanterelle pourra-t-il à nouveau être investi ? », s’interrogent quelques-uns. La réponse est négative : ce terrain appartient à la mairie et devrait voir un programme immobilier s’y édifier. « Et ouvrir des gymnases ? »... « De toute façon, terrorisés comme ils le sont, ils ne voudront jamais se séparer de leur famille », ponctue Nicolas.

Au moment où nous publions, Gaëlle Lenfant s’est effectivement mobilisée, échangeant avec des élus de secteur et surtout contactant Raphaël Le Méhauté, Préfet délégué à l’Égalité des chances auprès du Préfet de Région. Ce dernier se serait dit prêt à entamer des démarches. « Il y a une urgence humanitaire vis-à-vis de cette population aujourd’hui à Marseille, » tient à conclure, pour l’heure, la vice-présidente de la Région.

 



 

 

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