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Rroms : passé, présent, futur

26 avril 2012 - Dernier ajout 28 avril 2012

C’est incontestable, la situation des Rroms en France, et notamment à Marseille, s’améliorera seulement lorsque les têtes politiques se renouvelleront et que la période des mesures transitoires sera abrogée. En attendant, ce sont les associations qui opèrent quotidiennement pour améliorer l’intégration de ces citoyens européens. Afin de faire émerger de nouvelles perspectives, l’association Rencontres Tsiganes et le Réseau Education Sans Frontières se sont réunis à l’Equitable Café pour une soirée-débat autour des alternatives à la situation des Rroms à Marseille. L’heure de dresser un bilan de ces dernières années et d’ouvrir le débat. Jean-Paul Kopp de Rencontres Tsiganes nous en a exposé les grandes lignes.


 

En janvier 2012, le ministre de l’Intérieur s’est targué d’avoir atteint le nombre de 32 000 expulsions d’étrangers en situation irrégulière pour 2011, dont un tiers concerne des ressortissants roumains. Des expulsions qui se sont enchaînées et déchaînées sur le territoire marseillais, notamment depuis la nomination du préfet de police Alain Gardère (le 29 août 2011), et qui n’ont donné ni répit, ni alternatives aux familles Rroms, si ce n’est un accueil dans les lieux d’hébergement d’urgence conditionné à l’acceptation de retour dans le pays d’origine : « quand elles sont expulsées d’un campement, on ne leur propose rien si ce n’est les quelques lits à l’UHU de la Madrague ville et à condition qu’elles acceptent le retour en Roumanie, ce n’est pas sérieux ! ». Désormais, la donne a changé puisque « l’on est passé du retour volontaire aux Obligations de quitter le territoire français (OQTF) systématique ». La seule solution, lorsque ces personnes sont démunies du peu qu’elles ont, restent les nuits d’hôtels financées par les associations : « surtout cet hiver avec le grand froid, on a pu mettre des femmes et des enfants en bas âge à l’abri ». Mais comment avancer sur cette problématique si les autorités en place, mairie et préfecture, ne tendent aucune oreille : « ce qui bloque en ce moment, ce sont beaucoup de choses qui relèvent des compétences de l’État et de la ville, et comme on se heurte à deux murs, on n’avance pas ». Il est de mise de rappeler la patate chaude évacuée par la mairie de Marseille depuis bientôt sept mois et réceptionnée par la préfecture, à savoir la tenue de la table-ronde, qui avait été récemment annoncée avant le 23 mars. Les échéances électorales ont dû avoir raison de cette date. Depuis que Raphaël Le Méhauté, préfet délégué pour l’Egalité des chances, a été missionné par le préfet de région pour la « mission Rroms » (étudier le sujet, rencontrer les collectivités, faire émerger de nouvelles solutions), les associations, pourtant premiers acteurs sur cette thématique, n’ont eu aucun retour.

Le principal obstacle dans le processus d’intégration de cette population, au-delà des préjugés, reste le maintien des mesures transitoires imposées lors de l’adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie à l’Union Européenne : « ces mesures les empêchent d’avoir un accès à l’emploi comme tout européen qui va dans un autre pays de l’Europe pour travailler ». L’emploi, la clé de l’insertion qui leur permettrait de construire les fondations de leur avenir. « Les personnes qui ont eu la possibilité d’avoir un emploi à Marseille avec un titre de séjour se sont parfaitement intégrées et se sont fondues dans la masse ». Si le bilan paraît bien sombre, des éclaircies laissent entrevoir des accalmies.

Laisser le temps au temps

« Par rapport à il y a deux ans, deux espaces d’hébergement ont vu le jour et ont permis de mettre une vingtaine de familles à l’abri » se félicite Jean-Paul Kopp. Effectivement, il y a d’abord eu l’Espace solidaire d’hébergement (ESH) à Plombières , inauguré le 1er septembre 2011 durant la vague d’expulsions de l’été 2011, où dix familles ont été logées : « grâce à la Région et la fondation Abbé Pierre, on a pu faire cet Espace solidaire d’hébergement ». Récemment, le 23 février 2012, l’archevêché de Marseille a mis à disposition de dix familles Rroms une bâtisse inoccupée située dans le quartier de St-Pierre : «  ça a permis de stabiliser dix familles mais qui sont sous le coup d’OQTF. Malgré le tollé que ça a fait au début, les choses se sont calmées puisqu’il ne se passe rien de particulier depuis que ces familles sont là. Il y a même des solidarités de quartier qui se sont créées ». Jean-Paul Kopp rappelle que « la position de l’archevêque, malgré tous les appels qu’il a eus pour que ça ne se fasse pas, a permis à beaucoup de citoyens de prendre conscience de la situation ». Ces deux lieux sont actuellement gérés par l’AMPIL.

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© A-A Morell

Si une légère amélioration est à relayer au niveau des structures d’hébergements, il est sans conteste notable que certaines consciences d’élus se sont réveillées : «  il y a quelques années, aucun élu n’était sur la question. Depuis quelques mois, ça a évolué d’une façon significative. Il y en a qui se sont complètement investis et qui essaient de faire bouger les choses comme Jean-Marc Coppola (PCF), Gaëlle Lenfant (PS), Jacques Lerichomme (PCF) et Patrick Menucci (PS) et d’autres (comme EELV) ». Est-ce parce que les Hommes politiques, modèle d’exemplarité, ont montré un intérêt et un investissement pour la question d’inclusion sociale et économique des Rroms qu’une partie de la conscience citoyenne s’est réveillée ? Toujours est-il que l’association Rencontres Tsiganes a dénoté « une réelle volonté de mieux connaître ces familles. On a pas mal été sollicités ces derniers mois pour aller faire des réunions, expliquer aux gens qui sont les Rroms. On est beaucoup dans ce travail de sensibilisation ». Une volonté qui a également émané du Conseil Régional qui avait, fin mars 2011, lié un partenariat avec huit associations, afin d’établir des actions concertées en direction de cette population : « avec le Conseil régional on opère auprès de lycées, qui se sont portés volontaires, pour faire un travail d’information et de sensibilisation. C’est la première année, c’est donc une expérimentation sur six lycées ».

Et maintenant ?

« Il n’y a aucune alternative au niveau de l’État et de la mairie » déplore Jean-Paul Kopp. Une lettre a alors été adressée le 25 avril 2012 au préfet de région et au maire les mettant face à leurs prérogatives. Celles de la loi de réquisition sur les logements vacants qui stipule notamment que « toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique et sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d’hébergement d’urgence. […] Toute personne accueillie dans une structure d’hébergement d’urgence doit pouvoir y bénéficier d’un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu’elle le souhaite, jusqu’à ce qu’une orientation lui soit proposée […] ». « La Ville de Marseille et l’État possèdent suffisamment de terrains ou de bâtiments vacants pour trouver des solutions, durables, humainement acceptables et de manière inconditionnelle, pour ces familles. Puisque la loi, qui les oblige à héberger les gens qui sont sans abris, n’est pas appliquée, nous, on a décidé de le faire. On a donc prévenu qu’on ferait des réquisitions citoyennes. Lorsqu’il y a des expulsions par exemple, on va continuer à réquisitionner des terrains, des logements pour mettre les familles à l’abri ». A Château-Gombert, l’association avait réquisitionné un terrain qui a permis d’abriter deux familles et de réinscrire les enfants à l’école. La SEM (société des eaux de Marseille) a même proposé et installé un accès à l’eau : « c’est plein de petites choses pour lesquelles il faut se battre mais où l’on arrive à avoir des résultats malgré l’hostilité de la mairie ».

« Malheureusement, il n’y a pas d’autres alternatives que les réquisitions. Nous, en tant qu’association on est là pour défendre les droits, on ne va pas se mettre dans l’illégalité mais là, on est contraints et forcés devant un état d’urgence ». Voici à l’heure actuelle où en sont rendues les associations. Voici les retombées sociales et humanitaires engendrées par une politique stigmatisante que doivent porter les associations.

« La situation des Rroms ne pourra pas être pire que maintenant » mesure le militant. Tout va se jouer dans les semaines à venir, l’enjeu est décisif, les retombées conséquentes. « S’il y a un changement d’interlocuteur au niveau de la ville ou de l’État, ce sera plus facile. Même si la mairie reste en retrait, avec l’État on pourra agir ». Tout est dit ! Les projets pour l’avenir n’attendent plus qu’à être écoutés par une oreille prête à accepter. « La population est demandeuse de projets mais manque d’idée, d’aide logistique, d’ingénierie de projet. Tout ça demande, au plan local, à ce que toutes les collectivités travaillent ensemble, apportent leurs connaissances, leurs compétences, voir leurs moyens. C’est une question de volonté. Une fois qu’il y a la volonté politique, c’est plus facile. On peut le voir dans d’autres villes de France, donc il n’y a pas de raison qu’à Marseille on ne puisse rien faire de ce coté là ». Et ce n’est pas la peine d’aller si loin puisqu’à 64 km de Marseille, au Secours catholique de Toulon, des projets ont été mis en place dès 2004 avec une association en Roumanie pour permettre l’insertion de ces familles dans le pays d’origine. Jean-Paul Kopp réaffirme que pour les familles a qui l’on propose ce retour, « il faut que ce soit fait dans de bonnes conditions, en lien avec des structures en Roumanie pour qu’on puisse étudier des projets là-bas par lesquels elles pourront s’insérer et pas simplement avec 300 euros ».

L’association Rencontres Tsiganes, avec Caroline Godard et Jean-Paul Kopp, prévoit d’organiser des projections-débats autour des gens du voyage, des Rroms et des Tsiganes. Si ces actions peuvent permettre de changer le regard et les mentalités du citoyen Français sur ces citoyens européens, alors l’association ne veut pas passer à côté.

 



 

 

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